De Gaza à Damas, le Qatar se construit une stature régionale

Si les concurrences sont rudes pour se tailler une place internationale dans le monde arabo-musulman, le Qatar semble tirer son épingle du jeu. De la Palestine à la Syrie, le petit émirat du Golfe construit un jeu d’alliances politiques complexe et souvent remis en question. Ce pourrait cependant être pour l’émirat le moyen de venir jouer dans la cours des grands.

Dans la ville de Bayda, un hommage au « martyr » Ali Hassan al-Jaber, cadreur d »Al Jazeera alors qu’il couvrait la guerre en Libye pour la chaîne qatarie.

Le Premier ministre qatari, Cheikh Hamad Ben Jassem Al Thami a appelé le 9 décembre dernier les pays arabes à revoir le plan de paix au Proche-Orient. Et ce dernier d’ajouter que les pays arabes devraient définir leur feuille de route à l’aune des changements successifs dans la région, faisant de facto allusion aux Printemps arabes. « Nous ne voulons pas d’une paix à n’importe quel prix. Pour nous la paix ne signifie pas reddition », avait-il lancé, lors de la réunion ministérielle du comité de suivi de l’initiative arabe pour la paix à Doha.

Pour mémoire, lancé en 2002, ce plan de paix d’inspiration saoudienne, offre à l’Etat d’Israël une normalisation des relations en échange des territoires arabes occupés en 1967. Si Israël avait jugé certains éléments positifs, il n’a pour autant jamais accepté cette initiative. Le Cheikh Hamad a en outre vivement critiqué le quartette (Etats-Unis, Union européenne, Russie et ONU), dont il estime qu’il a prouvé son échec : « Il faut revoir la mission du quartette et étudier l’opportunité de son maintien ». Dans le même temps, le ministre des Affaires étrangères égyptien, Dr Kamal Amr, a lui aussi dénoncé ce fameux quartette.

Chacun sait que Doha entretient des relations plus que privilégiées avec les Frères musulmans qui font figure de courant dominant tant en Tunisie qu’en Egypte ou dans la bande de Gazza par l’intermédiaire du Hamas. Dans ce contexte, Doha leur a ainsi offert une assistance économique conséquente. A la lumière des évènements récents survenus dans la région, le Qatar a déterminé son attitude en fonction des sympathies éprouvées. La chaîne d’information Al Jazzeera ne s’est-elle pas illustrée au travers de ses viviers de journalistes et correspondants comme un relais puissant et efficace des Frères musulmans ? De même, l’émirat, en dépit de son intégration frénétique à la mondialisation, demeure une société islamique très conservatrice.

Comme l’indiquent Paul Salem (directeur de la fondation Carnegie) et Huib de Zeeuw (chercheur en relations internationales à l’université d’Amsterdam), le prédicateur égyptien Youssef al-Qaradawi et l’imam libyen Ali-Al Salabi, ont longtemps séjourné au Qatar. C’est donc tout naturellement que ce pays est venu prêter main forte aux groupes et aux partis des Frères musulmans à l’époque où ses régimes autoritaires s’effondraient un à un tels des châteaux de cartes.

On soulignera que l’émirat a aussi armé l’opposition syrienne et ainsi parié sur la défaite de Bachar Al Assad. Dans ce contexte, Doha tenterait-il de construire un réseau d’alliances pan-régional des Frères musulmans ? Ou appuierait-il cette confrérie pour contrer le soutien de l’Arabie Saoudite aux salafistes ? Pour l’heure, le Qatar ne serait-il pas tout simplement en train de se construire une influence avec ses moyens, dans l’espoir de devenir un acteur important au Moyen-Orient et d’avoir somme toute une emprise sur les partis politiques comme celui des Frères musulmans pour réussir à stabiliser ces Etats et à reconstruire leur prospérité, tout en profitant de la perte d’influence des Etats-Unis dans la région ?

De fait, le Qatar n’est-il pas devenu l’un des acteurs les plus influents du monde arabe, au même titre que la Turquie ou l’Arabie Saoudite ? Qu’un si petit Etat (11.586 km²) réussisse à s’affirmer sur la scène internationale, notamment grâce à sa chaîne de télévision, cela mérite l’étonnement. Mais après tout Singapour ou la République de Venise en son temps n’ont-ils pas eu aussi leur heure de gloire ?

Photo : DR

A propos de l'auteur

Olivier d'Auzon est juriste, consultant auprès de la Banque africaine pour le développement, de la Banque mondiale ou encore de l'Union européenne. Il a participé à la rédaction de "L'Afrique des nouvelles convoitises" (Ellipses / 2011) et est l'auteur de plusieurs ouvrages juridiques.

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