Quand Bismarck misait sur les Républicains pour neutraliser les catholiques … et la France
Un petit rappel de l’histoire, offert par Otto von Bismarck dans une correspondance envoyée au comte Von Arnim, alors ambassadeur du Reich en France. Sa relecture peut amener à diverses réflexions aujourd’hui. A chacun d’y méditer ! Merci au général Jean-François Delochre, président de l’Epaulette pour quelques jours encore, de l’avoir remarqué.
Proclamation de l’empire allemand à Versailles, le 18 janvier 1871, par l’empereur Guillaume Ier. Bismarck est aux premières loges.
« […] Nous devons enfin désirer le maintien de la République en France pour une deuxième raison qui est majeure : la France monarchique était et sera toujours catholique ; sa politique lui donnait une grande influence en Europe, en Orient et jusqu’en Extrême-Orient. Un moyen de contrecarrer son influence au profit de la nôtre, c’est d’abaisser le catholicisme et la papauté qui en est la tête.
Si nous pouvons atteindre ce but, la France est à jamais annihilée. La monarchie nous entraverait dans ces tentatives. La République nous aidera… J’entreprends contre l’Église catholique une guerre qui sera longue et, peut-être, terrible ! On m’accusera de persécution et j’y serai peut-être conduit, mais il le faut pour achever d’abaisser la France et établir notre suprématie religieuse et diplomatique, comme notre suprématie militaire.
Et bien ! Je le répète : ici encore les républicains m’aideront ; ils joueront notre jeu ; ce que j’attaque par politique, ils l’attaquent par formalisme antireligieux. Leur concours est assuré. Entretenez dans les feuilles radicales françaises à notre dévotion la peur de l’épouvantail clérical, en faisant propager les calomnies ou les préjugés qui font naître cette peur… Faites aussi parler, dans ces feuilles, des dangers de la réaction…, des crimes de l’absolutisme, des empiétements du clergé.
Ces balivernes ne manquent jamais leur effet sur la masse ignorante. Oui ! Mettez tous vos soins à entretenir cet échange de services mutuels entre les républicains et la Prusse !
C’est la France qui paiera les frais ! … »
Le 16 novembre 1871
Peinture : Anton von Werner
G.
Très intéressant, merci.
Un autre exemple qui me conforte dans ma petite vision des choses selon laquelle la religion (tout courant confondu, y compris l’ « anti- » ) n’est qu’un autre outil – mais parmi les plus efficaces – dans le but de contrôler ( « guider » ) la foule…
Justine RK
À comparer avec une note des autorités allemandes d’occupation en date du 29 décembre 1941 (aux Archives nationales sous la cote F7 14897) :
« Les autorités d’occupation ne négligent aucun moyen d’aggraver la division politique des Français. Un haut fonctionnaire de la Gestapo pouvait se féliciter de la propagande gaulliste en évoquant les sommes colossales qu’eurent dû dépenser les autorités allemandes pour obtenir une division aussi profonde et un trouble aussi désordonné de l’opinion française. »
Dès le 17 août 1940, ces mêmes autorités donnaient pour directives : « De toute manière, tout doit être entrepris du côté allemand pour favoriser la désunion intérieure et partant la faiblesse de la France. Il faut appuyer maintenant plutôt les forces nécessaires pour entretenir la désunion. »
Documents cités, avec leurs références, par Guy Bousquet dans son livre « René Bousquet, cet inconnu », p.52.
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Une double erreur s’est glissée dans la note sur Bismarck : le chancelier de fer n’a pas attendu 1870 pour œuvrer non pas à la « réunification » (ça, c’est pour 1989-1990) mais à l’ « unification » de l’Allemagne.