Guerre des propagandes en Syrie

Les Observateurs de France 24 font le point sur la bataille de la communication, en Syrie. Si les dérives médiatiques du régime ont été dénoncées depuis le début du conflit, la crédibilité des documents fournis par l’insurrection sont plus que jamais soumis à caution. Les rebelles ont largement réorganisé leur méthodes dans ce domaine et s’inspirent largement des usages d’autres armées, un peu partout dans le monde.

L’enthousiasme suscité au début de l’insurrection syrienne par les images amateurs, tournées par de simples civils pour montrer leur quotidien et dénoncer les actions du gouvernement semble s’être essoufflé dans les rédactions occidentales. Plus que jamais, reporters et journalistes étrangers sont soumis à leur dépendance vis-à-vis des rebelles. Ils sont le seul moyen d’entrer dans le pays, d’accéder au terrain et aux victimes de ce conflit. Pour beaucoup de médias, les images vidéos et les photographies produites par l’insurrection sont l’une des rares sources visuelles sur cette guerre.

Au départ, le dialogue entre militants et agences de presse étrangères avaient permis d’aller vers du mieux : les cadreurs devaient indiquer, voire justifier le lieu et la date où étaient tournées les images. De petites pancartes avec ces informations se sont ainsi multipliées au début des vidéos postées sur le net. Les auteurs sont malheureusement beaucoup plus difficiles à joindre depuis quelques semaines du fait de l’homogénéisation et de la hiérarchisation de la communication rebelle.

Avec la création de bureaux de communications militaires, les rebelles ont mis la main sur la production d’images. Il ne s’agit plus tant d’informer que de convaincre et d’émouvoir un public interpellé de plus en plus directement par des porte-paroles désignés pour ce rôle. Ces derniers deviennent les interlocuteurs uniques de la presse étrangère qui ne peut dès lors plus recouper les données qu’elle obtient. Ces images semblent de plus en plus souvent sorties de leur contexte et utilisées à des fins politiques ou stratégiques.

« Ce ne sont pas les personnes qui filment qui les postent : ces dernières nous les remettent et nous nous occupons de les poster une fois que nous sommes sûrs que l’opération a été un succès, que la zone est sécurisée et qu’il n’y a plus de risque pour la troupe qui est filmée », explique le responsable de l’un de ces bureaux, à Alep, aux journalistes de France 24. « Nous suivons de manière assidue ce que les médias d’État diffusent afin de répondre à leurs accusations par nos propres images. Le but de cette couverture est, certes, d’informer des opérations de l’ASL, mais il ne faut pas oublier que la guerre est aussi médiatique. »

Cette approche est très semblable à ce que l’on peut trouver dans la plupart des armées conventionnelles. On fixe comme seule limite la protection des combattants en refusant de communiquer sur les armements et les opérations et surtout, on oublie pas la propagande de l’adversaire, qu’il s’agit de décrédibiliser.

Si les armées occidentales ont largement assimilé le risque qu’il y a à communiquer des informations fausses ou déformées, les insurgés syriens semblent sombrer dans cet écueil. Il est légitime de se demander si leurs bases sont les seules choses sur lesquelles ils optent pour la discrétion : la présence de djihadistes dans les combats pourrait d’autant plus être occultée que l’Armée syrienne libre est consciente de la méfiance que ces combattants suscite chez les Occidentaux.

L’un des cadreurs qui travaille pour l’insurrection témoigne auprès des Observateurs de sa liberté d’action au cours des opérations. Si les combattants lui désignent ce qu’il doit filmer, il assure pouvoir choisir ses angles et ses décisions in fine. Reste qu’en fin de chaîne, c’est le bureau communication militaire qui trie et choisit les images, selon ses propres objectifs.

Si les insurgés insistent pour expliquer qu’ils ne font, par ces moyens, que répondre à la propagande du régime, force est de constatée que leurs documents sont de moins en moins utilisables pour les médias internationaux. De même que la communication de Bachar al-Assad est systématiquement remise en question, celle des insurgés est de plus en plus prise avec des pincettes. Le conflit, qui aurait fait plus de 40 000 morts, est plus difficile que jamais à couvrir : les reporters sont bloqués d’un côté par les visas, de l’autre par la faible liberté d’action que leur impose les rebelles.

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