Economie de défense : vers la réalisation de devis avant les guerres ?
Combien coûte la guerre ? Combien coûte l’arme nucléaire ? Combien coûte notre armée ? Combien coûte l’heure de vol d’un Rafale ? Les réponses à ces questions ne sont pas toujours parfaitement fiables et claires. Et si l’on développait une filière d’études d’économie de défense ?
Quatrième poste de dépense de l’Etat, la Défense coûte cher. 500 euros par habitant, nous rappelle François Chauvancy sur son blog. Un investissement qui est pourtant générateur d’activité industrielle, d’emploi et d’exportation : « La France compte 4 000 PME de défense. Le secteur représente 165 000 emplois. L’industrie d’armement représente 15 milliards de chiffres d’affaire. En 2011, la France, quatrième exportateur mondial d’armements, a engrangé 6,5 milliards d’euros de prises de commandes et a livré pour 3,7 milliards de matériels militaires.«
Mais du coup, la Défense nous coûte t-elle si cher que cela ? Pas évident, nous fait remarquer François Chauvancy en citant une étude de l’industriel MBDA : « une dépense de défense d’1€ assurée par l’Etat entraîne un gain de 3€ mais cela ne revient pas au ministère de la défense. L’économie nationale est donc bénéficiaire« .
Reste que tout ce qui touche aux dépenses militaires reste flou. Les médias et le public s’interrogent régulièrement sur le coût de leurs armées, des matériels, des opérations militaires qui sont menées. Dans des milieux plus avertis, les débats font rage, notamment sur les questions d’externalisation. Faute d’études conséquentes menées en nombre suffisant en France, il est difficile de se reposer sur des faits pour se prononcer. C’est pour ces raisons que François Chauvancy milite pour le développement d’études de l’économie de défense :
« Les études sur l’économie de défense visent donc à fournir cette aide à la décision sur les conséquences positives ou négatives, dans le long terme, du poids des dépenses de défense dans l’économie de l’Etat.«
Une approche qui pourrait même amener jusqu’à poser très concrètement, avant toute intervention, le coût d’une guerre :
« Estimer avant un conflit son coût, sa préparation, sa conduite, la remise en condition des forces, la reconstruction du pays où s’est déroulé le conflit amène une approche transverse et pourrait devenir un critère sur l’entrée ou pas dans une guerre. Cette question fondamentale peut aussi être évoquée : combien peut coûter le fait de ne pas faire la guerre ? Sujet certes particulièrement ambitieux et sensible mais qui semble requérir des études sérieuses dont on ne peut s’affranchir dans une société démocratique.«
Vallin
A noter qu’une spécialisation « Defense and Security Economics » existe à Sciences Po Paris à PSIA (l’école des affaires internationales de l’IEP). Néanmoins la spécialisation est encore très récente et demeure beaucoup trop générale pour bien saisir la complexité de ce sujet passionnant.
Un étudiant du Master de sécurité internationale.