Mali : des centaines d’islamistes tués … cela en fait combien ?

Le ministre de la Défense fait un premier bilan de l’opération Serval : beaucoup de matériels détruits et des centaines d’islamistes tués. C’est vague, mais « significatif » assure t-il.

Les avions de l'armée de l'air et les hélicoptères de l'armée de terre ont réalisé le gros du bilan offensif.

Les avions de l’armée de l’air et les hélicoptères de l’armée de terre ont réalisé le gros du bilan offensif.

« Beaucoup de dégâts humains et matériels. » Jean-Yves Le Drian a profité d’un passage sur BFM TV mardi soir pour proposer un premier bilan des combats au Mali. « On ne le dit pas assez », remarque le ministre de la Défense, avant de préciser que l‘on parle bien de « plusieurs centaines » de tués. Plusieurs centaines, cela veut dire tout et pas grand chose. Le chiffre impressionne : il donne une impression de volume et d’efficacité en rupture avec celle qui régnait jusqu’ici d’une absence de résistance de la part des islamistes.

Des centaines de morts c’est beaucoup. Selon les sources, on évalue que les activistes de groupes à proprement parler terroristes, AQMI et le Mujao, aligneraient environ 300 combattants dans le nord Mali. De leur côté, les mouvements touaregs indépendantiste, le MNLA d’une part et Ansar Dine d’autre part, compteraient chacun quelques milliers de militants. Les estimations les plus pessimistes montent à 10 000 hommes au sein d’Ansar Dine. A noter que le MNLA serait actuellement en train de négocier une sortie de conflit.

Des centaines de morts, c’est beaucoup. Ces dernières semaines, l’Etat-major des Armées se contentait d’évoquer quelques dizaines d’islamistes tués, presque exclusivement au cours de frappes aériennes. La conquête de Gao et Tombouctou s’était soldée par environ 25 « terroristes » tués, un blindé, quelques pick-up et quelques bâtiments détruits. Un bilan humain beaucoup plus lourd pourrait tout de même avoir été réalisé à Konna : « nous avons fait des dizaines de morts, même une centaine de morts parmi les islamistes », annonçait le 10 janvier un officier malien. Une poignée encore (au moins 5) avait été tuée à Diabaly. La somme confirme les propos de Jean-Yves Le Drian : « un nombre significatif » d’islamistes ont été tués.

Plus significatif, sont certainement les pertes encaissées sur le plan matériel. Chassés des villes et ne pouvant défendre leur matériel contre les frappes aériennes françaises, les rebelles ont du en grande partie se disperser. Certains pourraient s’être fondu dans la population, comme le craint l’Etat-major des armées depuis le début de l’opération Serval. D’autres seraient réfugiés dans les montagnes du nord du pays, où les forces spéciales françaises seraient déjà passées à l’action.

Mission accomplie

Mais le message que veut faire passer le ministre, encore une fois, c’est que la mission a été remplie. Il annonce d’ailleurs les premiers départs de l’armée française dès le mois de mars. Une opération exemplaire : alors que certains s’inquiétait d’un possible enlisement dans les premiers jours du déploiement français, Jean-Yves Le Drian promet de lever le camp en à peine trois mois. Rendez-vous en mars pour préciser ces propos, en fonction du contexte et de l’environnement.

Photo : Armée de l’air

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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