L’assassinat du chef militaire du Hamas signe le retour des violences à Gaza
A Gaza, sept Palestiniens ont été tués mercredi, dont le chef des opérations militaires du Hamas dans plus de 20 raids israéliens. Benyamin Netanyahou se dit prêt à « étendre l’opération » tandis que le Hamas annonce qu’« Israël a ouvert les portes de l’enfer ».
Le portrait rougi d’Ahmed al-Jabaari, communiqué par Tsahal qui se félicite d’avoir éliminé un terroriste, fait le tour des réseaux sociaux.
Le chef des opérations militaires du Hamas, Ahmad Jaabari, a été tué mercredi après-midi à Gaza lors un raid aérien israélien. Il est le chef militaire palestinien le plus important à avoir été frappé par une « élimination ciblée » depuis l’offensive israélienne de janvier 2009. Au total, 29 raids de ce type ont été menés dans toute la bande de Gaza, faisant encore six morts supplémentaires.
Ces frappes interviennent après trois jours d’affrontements qui avaient déjà fait sept morts palestiniens (quatre civils et trois combattants) et 8 blessés dont 4 soldats israéliens. Mardi matin, une roquette a été tirée depuis la bande de Gaza vers le sud d’Israël, atteignant la ville d’Ashdod au sud de Tel-Aviv, sans faire ni blessé ni dégâts. La veille, les principaux mouvements palestiniens de Gaza, dont le Hamas, s’étaient pourtant dits prêts à rétablir une trêve à condition qu’Israël ne « cesse son agression » contre ce territoire.
Les brigades Ezzedine al-Qassam, l’aile militaire du Hamas, se sont rassemblées avant même l’annonce officielle de la mort de leur chef et sont engagés « à continuer sur le chemin de la résistance », assurant que « l’occupant a ouvert sur lui-même les portes de l’enfer ».
Quant à Benyamin Netanyahou, il justifie ces interventions par la nécessité de protéger les citoyens israéliens, menacés par les tirs de roquettes. Le ministre de la Défense Ehud Barak affirme qu’Israël « ne veut pas de guerre mais les provocations du Hamas ces dernières semaines nous ont forcés à agir durement et avec détermination ».
A deux mois des élections législatives en Israël, le Premier ministre est donc monté au créneau. Une manière de se présenter comme l’homme fort du moment… quitte à se brouiller avec l’Egypte, présidée par un Frère musulman, allié du Hamas. Mohamed Morsi a décidé de rappeler l’ambassadeur d’Egypte en Israël et a demandé au ministre des Affaires étrangères de convoquer l’ambassadeur israélien au Caire. Il a aussi demandé à la Ligue arabe d’organiser une réunion d’urgence des ministres des Affaires étrangères arabes.
A chaque flambée de violence, l’Egypte joue les intermédiaires entre Israël et le mouvement palestinien du Hamas qui contrôle dans les faits la bande de Gaza. Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, est très affaibli et cette affaire ne l’aidera pas à obtenir le statut d’Etat membre de l’ONU systématiquement refusé par les Etats-Unis.
Les réactions occidentales n’ont pas tardé. « Nous sommes solidaires de notre partenaire israélien dans son droit de se défendre contre le terrorisme » a déclaré l’Union Européenne. Quant à Washington, il défend également l’Etat hébreu.
Photos : Tsahal & Al Qassam

Tonio Simon
« L’assassinat » le terme me parait quelque peu gros quand on considère la centaine d’attentats dont cet homme était le commanditaire direct. Sans oublier le fait que quoiqu’on puisse en dire, le Hamas, reste et demeure un groupe terroriste dont la charte place l’élimination des juifs comme l’un des principe fondateur.
Parle t-on d’assassinat quand on relate l’élimination de Ben laden par les forces spéciales ? Non.
Il n’y a bien que les média Européens pour considérer le Hamas comme un groupe politique démocratique et légitime.
Romain Mielcarek
Un camarade d’AGS m’a fait la même remarque sur Facebook : il me semble au contraire que c’est le mot adéquate. Si j’avais voulu induire l’idée que sa mort soit injustifiable, j’aurais parlé de meurtre.
Je suis d’accord pour dire que la situation donnerait au mot meurtre une connotation. Il me semble que l’usage d’assassinat est pertinent. On pourrait lui préférer élimination, qui serait encore plus neutre … mais il me semble malgré tout que cet homme n’a pas été présenté à la justice.
Tonio Simon
Je n’ai pas souvenance que les Talibans tombés sous le feux des troupes Française ou de l’OTAN aient bénéficié également d’une justice, dans le sens institutionnel ou vous le sous entendez. Pour autant personne ne remet en cause la sentence. Elle intervient dans le cadre d’une guerre ( oups pardon Pacification ) . En quoi la situation du Hamas ne peut elle être comparée aux terroristes Talibans ? Bombes, attentats suicides, IED, roquettes sur des populations civiles d’un pays Souverain et Démocratique et on peut continuer sur les enfants soldats et j’en passe.
Quand au jugement et a la sentence elle a été appliquée par la justice d’un pays souverain à l’encontre d’un chef terroriste condamné….donc là…pardonnez moi si je ne comprend plus le deux poids deux mesures.
Mais j’ai compris votre volonté d’utiliser un terme neutre.
Romain Mielcarek
Résumer le conflit israélo-palestinien à des actes immondes perpétrés par de dangereux terroristes contre un Etat souverain poussé dans les retranchements de la légitime défense me paraît un peu simpliste. Je pense que les deux belligérants de ce conflit sont imbriqués dans une guerre qui est particulièrement complexe, surtout dès lors qu’on la regarde sous le spectre de la justice, nationale ou internationale.
Je ne suis pas là pour juger. Les Français qui interviennent en Afghanistan sont les premiers à être soumis à une décision de faire feu particulièrement complexe et contraignante. On est loin d’un tir de drone sur un chef ennemi se déplaçant dans sa voiture. Au contraire, les militaires français devaient chaque fois être surs d’avoir affaire à des insurgés et même souvent attendre d’être pris pour cible. On est à la limite de la légitime défense.
A l’inverse, dans le cas des attaques menées par les Américains via des commandos des Forces spéciales ou des drones, visant à éliminer des chefs talibans ou insurgés, le terme assassinat ou assassinat ciblé a régulièrement été utilisé. Nous sommes dans deux contextes bien différents.
Je ne vois pas deux poids deux mesures ici. Ahmed Jabaari a bien été assassiné par ses adversaires. Je n’utilise ce mot avec aucun à priori moral : il faut le lire sans jugement de valeur sur l’action en elle-même.
Tout comme je me méfie souvent de l’usage du mot terroriste. Sa connotation, particulièrement moralisatrice aujourd’hui, semble oublier qu’elle qualifia un temps les résistants français qui firent sauter les chemins de fer. On l’accorde à tout un tas d’acteurs et d’actions sans aucun lien entre eux. Ici par exemple, les combattants du Hamas, qui pourront être qualifiés par un camp de résistants et de terroristes ou d’insurgés par l’autre, n’ont pas grand chose à voir avec les kamikazes d’Al Qaeda ou avec les insurgés rémunérés au coup de feu des montagnes afghanes.
L’acceptation de nombreuses définitions du mot terrorisme, qui veut qu’il consiste en une action violente reposant sur l’expression de la terreur chez l’autre afin d’atteindre un but politique, peut facilement être récupérée par les détracteurs d’Israël.
Pour ma part, sans avoir d’avis sur ce conflit, si ce n’est le constat d’un terrible gâchis humain, je me permettrai tout de même de remarquer que d’associer le qualificatif « démocratique » à l’action israélienne sur les territoires palestiniens me paraît malheureuse.
Tonio Simon
Au contraire, pour moi il est important de rappeler la légitimité de cette action militaire qui intervient dans un contexte démocratique. Tsahal ne peut intervenir qu’après une décision politique, décision émanant d’un gouvernement démocratiquement élu. Après au regard du droit international….c’est flou car il n’y a pas deux états impliqués. Cela sous entendrai qu’il existe un état palestinien, chose qui dans les faits n’existe pas. Etat=nation=territoire. cqfd (les territoires dirigés par le Hamas et l’Autorité palestinienne ne répondent pas a ces définitions )
Que cette action soit légitime ou non, cela est bien entendu une question de point de vue, qui ne peut être tranchée si on ne l’a pas vécu. Et je me doute que vous n’y répondrez pas, ce n’est pas votre rôle
Vous parlez de légitime défense concernant les forces Française, je suis bien sur d’accord mais comment considérer le fait que 2000 roquettes en moins de deux mois s’abattent sur les populations civiles d’un pays Souverain ? Comment réagir ? Par L’ONU ? Par la médiation ? Donc négocier avec des mouvements terroristes ?
Un gouvernement élu a le devoir et l’obligation de protéger sa population.
Par la même l’Otan intervient en Afghanistan dans le but de protéger l’Europe et le monde du danger qu’un pays ne devienne un camp d’entrainement géant pour les terroristes du monde entier.
« n’ont pas grand chose à voir avec les kamikazes d’Al Qaeda »
Je sais que l’information repose sur l’actualité mais les attentats suicides a Jérusalem, Tel-Aviv, aux postes frontières ( qu’on se garde en occident de montrer ) sont-ils si loin pour vous ? Ils étaient le fait du Hamas et des groupuscules armés que ce mouvement abrite en son sein. C’est une réalité a laquelle les populations israéliennes sont confrontées depuis plus de 30 ans.
La comparaison me parait absolument bonne.
Quand au fait que se sont les population civiles qui subissent, on ne peut effectivement qu’être d’accord, c’est un incroyable gâchis. Mais en même temps qui a amené le Hamas au pouvoir ? Les palestiniens eux même. Ils ont ruiné ce qui avait été fait.
Bon je vais arrêter là je crois que sinon nous en aurions pour des heures et des pages
Tonio Simon
Je n’imaginais pas en écrivant mon précédent post qu’il serai éclairé ce jour d’un probable attentat suicide dans un bus de Tel-Aviv…
Romain Mielcarek
L’actualité ne facilite pas mon argumentaire, effectivement …
Je persiste tout de même à croire que d’affilier les actions et discours du Hamas à ceux d’Al Qaeda est peu judicieux. C’est confondre un activisme et un militantisme local avec ses cousins globalisants. Les combats, les raisons de ces combats et leur justification ne sont pas les mêmes.
Mais je vous l’accorde, il y a des similitudes dans les armes employées.
Revenir sur les attentats du Hamas ? Pourquoi pas. Faut-il aussi revenir, sans trop remonter dans l’histoire, sur les exactions commises par l’armée israélienne pendant la totalité de l’opération Plomb Durci ? Les discours et les exécutions sommaires dont viennent de se rendre responsables les hommes du Hamas aussi sont dramatiquement inhumains. Mais qu’en est-il des humiliations de prisonniers commises par les soldats de Tsahal, certains allant jusqu’à exhiber les photos sur la toile ?
C’est toute l’horreur du conflit israélo-palestinien : plus de 60 ans de construction sur les rancoeurs et les tensions qui s’accumulent, sans jamais trouver de portes de sortie. Sur le plan juridique, la souveraineté d’Israël est contestée même par la liberté reconnue par les Nations unies des peuples à disposer d’eux mêmes. Sur le plan des Droits de l’Homme, les roquettes du Hamas et la pression psychologique et morale permanente exercées par l’armée israélienne se répondent. Sur le plan stratégique, les rapports de forces des grandes puissances ne font rien pour chercher une solution, l’Iran ayant, comme d’autres, tout intérêt à nourrir le venin de cette situation. Sur les plans médiatique et politique, la difficulté à entretenir un débat constructif et apaisé sert les approches les plus radicales.
Israël, comme d’autres grandes démocraties, a des efforts à faire dans la gestion des menaces sécuritaires. Malgré une impressionnante précision, neutraliser une menace terroriste à coups de roquettes sur des zones d’habitation civiles est tout de même loin des canons de la contre insurrection moderne. Je ne dis pas que les autres – nous en tête – font mieux. Je dis que depuis le temps, on pourrait commencer à s’interroger sur l’efficacité de ces méthodes, qui ne font qu’entraîner avec les morts et destructions collatérales, autant de haines et de velléités de vengeance.
De l’art de la diplomatie entre les bombes, les roquettes, et les dénonciations du premier qui a commencé ou du premier qui était là …