Choc post-traumatique : faux tabou, vraie faillite médicale
Désengagement afghan oblige, la presse s’intéresse de plus en plus sérieusement aux blessés français. La question psychologique est enfin évoquée avec beaucoup d’attention. Si parler d’un « tabou » est un peu exagéré, l’Armée de terre se retrouve ici confrontée à une dure réalité : les mesures prises pour lutter contre les blessures de l’esprit sont largement insuffisantes et le manque de transparence ne sert en rien la cause.
Le « tabou« . Les « soldats oubliés » de la France. France 3 – comme beaucoup d’autres médias nationaux ces dernières semaines – décide mercredi soir de lever le voile sur la questions des traumatismes psychologiques des militaires déployés en Afghanistan. Le sujet n’est pourtant pas un secret et nombreux sont ceux à s’interroger de manière plus ou moins approfondie sur ces questions depuis l’embuscade d’Uzbin … et la publication du livre Sans blessures apparentes, de Jean-Paul Mari, qui amena en son temps de nombreux journalistes à s’interroger sur le sujet.
La question des conséquences psychologiques est en réalité un véritable leitmotiv au sein de l’Armée de terre depuis près de cinq ans. En augmentant son investissement sur ce théâtre, la France a aussi augmenté le nombre de soldats exposés aux combats, à la mort et à toutes sortes de blessures, psychologiques comprises. C’est face à cette problématique qui, si elle n’est pas nouvelle, s’impose dans un volume nouveau, que se développent des solutions nouvelles. Les hommes sont sensibilisés aux symptômes du PTSD, le fameux choc post-traumatique. Dès 2009, chaque retour d’Afghanistan s’accompagne d’un sas de décompression via Chypre. Les psychologues interviennent de plus en plus spontanément, y compris pour accompagner des soldats dont les camarades ont été blessés ou tués au combat. La chasse au diagnostic s’accélère.
Mais s’il est relativement évident de repérer un traumatisé présent lors d’un combat particulièrement violent, d’autres soldats reviennent sans être indemnes et en masquant de leur mieux leurs symptômes. La peur de se retrouver sur la touche reste un frein majeur, malgré les tentatives de la hiérarchie de rassurer. Comme pour les blessures physiques, il est de bon ton de souffrir en silence tant que la douleur est supportable. Le diagnostic est d’autant plus difficile que certains symptômes peuvent être plus ou moins marqués. L’alcoolisme, l’agressivité, le sentiment d’ennui et l’envie de retourner au combat ne sont pas toujours rattachés par les hommes à la réalité qu’ils peuvent indiquer. Difficile aussi, souvent, de dire si ces symptômes sont les conséquences ou le mélange d’un retour de théâtre d’opérations ou d’une vie personnelle et professionnelle parfois accidentées.
L’HEURE DU BILAN
Sur le site de l’armée allemande, la documentation sur les PTSD en évidence entre les informations sur l’Afghanistan et les plans de carrière.
Avec la fin de l’intervention française en Afghanistan, arrive l’heure de faire les comptes. Les reportages pour réaliser un bilan humain se multiplient. Au cours de l’été dernier, un certain nombre ont été consacrés aux blessures physiques. C’est à présent l’heure de celles de l’esprit. En septembre, un officier de la communication de l’Armée de terre anticipait la séquence médiatique avec cynisme : « Cet hiver, les journalistes vont se réveiller et se poser la question des traumatismes psychiques. Il faut que nous anticipions cela en préparant une bonne couverture du sujet. »
Cette perspicacité se retrouve dans l’intervention du ministre de la Défense en plateau mercredi soir. Pour couper court à la polémique, Jean-Yves le Drian décide de prendre le problème à bras le corps. Mise en place d’un numéro vert, visibilité plus grande du sujet sur les sites de l’institution, dialogue renforcé avec les soldats et leurs familles … Les mesures semblent être une réponse directe au contenu du reportage de France 3 : la France pourrait – enfin – s’inspirer de la Bundeswehr allemande, citée en exemple par le document.
Mieux vaut tard que jamais. Les services de santé et l’Armée de terre semblent sincères dans leur volonté de lutter contre ce phénomène. C’est en tout cas l’image qu’ils renvoient dans les différentes rencontres, conférences et colloques régulièrement consacrés à ce sujet. Reste la question de la transparence : comme le souligne le reportage de France 3, les Allemands déclarent 900 traumatisés (3% des effectifs déployés en Afghanistan) contre 400 pour la France (environ 1%). Les journalistes, qui ont pu se fournir un document à paraître dans les prochains mois, annonçant un plan PTSD, remarquent ainsi que des médecins militaires évaluent à 15% le nombre des hommes qui devraient pouvoir bénéficier d’un suivi psychologique.
Photos : ECPAD & Bundeswehr

pichon
il n’y a pas assez d’information des familles et surtout des conjoints des risques traumatiques après la guerre cela met des femmes en situation de conflit avec leur conjoint au lieu de les aider , le retour est encore plus difficile surtout après une 1ère mission