Barri, interpréte afghan pour les forces britanniques, une odyssée qui finit mal

La presse et l’opinion britanniques se passionnent pour une bien triste histoire, venue tout droit d’Afghanistan. Un interprète qui a accepté de collaborer avec les forces a vu sa famille tuée en représailles par les talibans. Sa seule récompense sera de rester coincé dans un centre pour réfugiés, quelque part au fin fond de l’Allemagne.

Au centre de la photo, le spécialiste Jahan Acheson, un Iranien qui a fuit son pays et rejoint l'armée américaine. Les interprètes sont des ressources clefs pour les armées occidentales. ©US Army

Au centre de la photo, le spécialiste Jahan Acheson, un Iranien qui a fuit son pays et rejoint l’armée américaine. Les interprètes sont des ressources clefs pour les armées occidentales. ©US Army

Le dicton «traduire c’est trahir» va souvent au delà de la simple méfiance envers qui est au service de «l’étranger», jusqu’à mener à une véritable violence, trop souvent silencieuse et donc négligée. L’histoire de Baryalai Shams, mieux connu comme «Barri», relatée par la BBC, montre combien, encore aujourd’hui, dans certaines régions du monde, le travail de traducteur et d’interprète est assimilé à une forme de trahison et expose à des représailles.

Employé comme traducteur, interprète au service de l’armée britannique pendant huit mois de 2008 à 2009, Barri a subi rapidement des menaces. Travailler pour les forces de la coalition est considéré comme un acte de trahison et de collaboration avec l’infidèle. Pour protéger sa famille, Barri décide alors de quitter son poste et les avantages de celui-ci (1800 dollars par mois). Malheureusement cela n’a pas suffit.

Pour défendre son fils, le père de Barri a souligné que les forces de la coalition étaient là pour améliorer le sort de l’Afghanistan. La goutte de trop pour les talibans : il a été exécuté quelques jours plus tard. Ensuite, c’est au frère de Barri que les talibans s’en prennent, le condamnant lui aussi à mort. Afin de protéger les autres membres de sa famille – mère, sœur et un frère cadet –,  l’ancien interprète décide de vendre sa voiture et de payer une entrée illégale pour ses proches en Europe. Un voyage tragique au cours duquel sa mère et sa sœur sont mortes noyées pendant la traversée entre la Grèce et l’Italie.

Lui sera arrêté à Munich à cause de ses faux-papiers. Depuis, son enfer s’est transformé en un limbe dans un centre pour immigrés clandestins en Allemagne. Sa demande d’asile a été refusée et il ne peut pas rejoindre le Royaume-Uni, malgré sa collaboration avec l’armée britannique. Il n’est pas non plus envisageable pour lui de rentrer en Afghanistan.

Son histoire aurait pu continuer à rester méconnue si Barri n’avait pas contacté le major James Driscoll, avec lequel il avait partagé ses huit mois en tant qu’interprète. James a fait tout son possible pour faire connaître l’histoire de Barri et l’a portée à l’attention des plus hautes institutions.

Le ministre de la Défense Philip Hammond a déclaré, cette semaine, que de nouvelles procédures de protection des traducteurs et interprètes de l’armée allaient s’appliquer ; en faisant plus en particulier allusion à ceux qui ont travaillé dans des « positions dangereuses ou difficiles » et qui pourraient donc bénéficier de la possibilité de réaménagement au Royaume-Uni.

Malheureusement pour Barri, ces dispositions semblent concerner seulement les traducteurs et interprètes en service depuis décembre dernier. D’après le ministre de la Défense britannique, l’armée offre déjà protection à ces locaux qui collaborent avec l’armée afin de les protéger jusqu’à envisager de les accueillir au Royaume-Uni. Sa déclaration laisse néanmoins comprendre que, d’après le droit international, les demandeurs d’asile doivent demander protection dans le premier pays sûr dans lequel ils se trouvent.

Le cas de Barri est représentatif des difficultés persistantes dans la reconnaissance des contions de travail pour ceux qui risquent leurs vies pour être « les yeux et les oreilles » des armées occidentales. Barri est aujourd’hui dans un centre pour clandestins en Allemagne où il attend des papiers qui probablement n’arriveront jamais.

A propos de l'auteur

Giulia Galeano est interprète de conférence. Elle s'intéresse aux questions géopolitiques et au rôle des interprètes en temps de guerre.

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