Iran, Israël et Etats-Unis avancent leurs pions en Syrie

Ces derniers jours, Washington, Téhéran et Jérusalem ont avancé des cartes, parfois très concrètes, dans le conflit syrien. La guerre civile qui secoue ce pays prend des allures de crise régionale.

Plusieurs incidents, cette semaine, montrent l’imbrication inévitable de trois acteurs clefs dans la guerre en Syrie. Israël, Etats-Unis et Iran peinent à maintenir leurs distances et pourraient être amenés à soutenir plus directement le camp qu’ils ont choisit dans les combats qui opposent le régime de Damas à l’insurrection révolutionnaire.

Israël

Pas de confirmations officielles côté israélien. Seules quelques sources, militaires et diplomatiques, ont confirmé sous couvert d’anonymat une vague d’opérations aériennes sur le territoire syrien au cours du week-end, via le Liban. Les cibles : des installations militaires syriennes accusées d’apporter un soutien logistique ou du matériel, notamment des missiles, aux combattants du Hezbollah… ou de simples représailles.

Le centre de recherche de Jamarya fait partie des cibles notables. Sa destruction représente à la fois une percée du dispositif qui fait pression sur les insurgés syriens de la région de Damas ; et rappelle l’avertissement des Israéliens à Bachar al-Assad : s’il continue de soutenir le Hezbollah, l’armée israélienne interviendra pour assurer sa propre sécurité. Israël vient de montrer sa capacité à intervenir sans grandes difficultés au coeur de la Syrie, pour détruire des installations stratégiques.

Iran

Dans la foulée des opérations israéliennes, l’Iran fait aussi entendre sa voix. C’est le général Ahmad-Reza Pourdastan, commandant de l’armée de terre, qui a pris la parole grâce à l’agence de presse officielle. « Nous sommes aux côtés de la Syrie et s’il y a besoin, nous sommes prêts à lui fournir l’entraînement nécessaire », a-t-il rappelé.

Un avertissement aux Occidentaux qui pourraient vouloir intervenir en Syrie : l’Iran n’entend pas laisser tomber si facilement le régime de Bachar al-Assad. Jusqu’ici, le soutien s’exerce en coulisses, avec du renseignement et des livraisons d’armes. Il n’est toujours pas question pour Téhéran de déployer des troupes dans ce conflit : la menace doit suffire à tenir à distance certains acteurs étrangers.

Etats-Unis

Le risque d’escalade en conflit régional est certainement l’une des principales raisons, pour les Etats-Unis, ne garder ses distances avec les rebelles syriens. Si Washington avait promis une intervention en cas d’utilisation par Damas d’armes chimiques, cela n’aura finalement pas suffit à faire bouger l’armée américaine. Barack Obama a pourtant fini par accepter, cette semaine, d’envisager des livraisons d’armes aux rebelles syriens.

Considérée comme « la moins mauvaise solution », cette approche vise à inverser le rapport de force entre l’armée syrienne et les rebelles. Washington envisagerait aussi de soutenir l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne, qui permettrait d’assurer la sécurité des dispositifs de l’insurrection dans une région précise, lui garantissant ainsi la mise en place d’un vrai sanctuaire.

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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