Moudjahidines du Peuple, ex terroristes désormais fréquentables
L’Organisation des Moudjahidines du Peuple a été retirée par Washington de la liste des mouvements terroristes. Après 15 ans sur liste noire, la résistance iranienne retrouve sa légitimité. Elle espère désormais faire entendre sa voix, pour un Iran libre et démocratique, bien loin du régime des Mollahs.
Le 28 septembre dernier, Washington a officiellement retiré l’Organisation des Moudjahidines du Peuple Iranien (OMPI) de sa liste des mouvements terroristes. Une victoire pour la résistance iranienne qui souhaite désormais se « concentrer sur le renversement du régime des Mollah et l’avenir d’un Iran libre et démocratique » explique Maryam Radjavi, sa présidente élue, réfugiée en France depuis 1982.
Fondée en 1965 par un groupe de jeunes intellectuels iraniens, l’OMPI se réclame d’un islam libéral et progressiste. Il s’oppose dès les années 1970 à l’ayatollah Khomeini. En 1981, George Ball, ex-sous-secrétaire d’Etat américain, écrivait : « Cette habitude de la presse de condamner les Moudjahidine en tant que « gauchistes » a aggravé sérieusement le problème. Son intention est de remplacer l’actuel régime islamique rétrograde par un islam chiite moderne tirant ses principes égalitaires des sources coraniques, et non de Marx. »
En Iran, Mohammed Khatami, présenté comme un réformateur, est élu président au mois de mai 1997. Six mois plus tard, en signe de bonne volonté, les Etats-Unis inscrivent l’OMPI, ennemi juré du régime des Mollah, sur leur liste des organisations terroristes. Durant 15 ans, pour plaire au régime de Téhéran, la résistance iranienne a systématiquement été condamnée partout en Europe et aux États-Unis.
L’Union Européenne a retiré l’OMPI de sa liste des organisations terroristes le 26 janvier 2009, suite à une condamnation des Etats Européens par la CJCE.
Selon Thierry Coville, spécialiste de l’Iran à l’IRIS, le changement de position des Etats-Unis sur l’OMPI est notamment lié aux tensions avec l’Iran sur le nucléaire. « Le fait que les États-Unis déclarent les Moudjahidine du peuple désormais fréquentables, n’est pas anodin à l’heure où Washington et Israël érigent l’Iran comme le grand ennemi planétaire ». Et cela va plus loin puisque, d’après le chercheur, « les Moudjahidines ont collaboré efficacement avec les services secrets américains en donnant des informations glanées de leurs contacts dans le pays sur le programme nucléaire iranien, mais encore aujourd’hui sur l’aide de l’Iran à Bachar al-Assad ».
De plus, « les régimes occidentaux ne peuvent pas arrêter le régime des Mollahs. La seule solution est un changement démocratique par le peuple iranien et sa résistance démocratique » selon Maryam Radjavi, présidente élue de la résistance iranienne.
C’est quoi un terroriste ?
Cette décision pose des questions cruciales : quelle légitimité accorder à la liste des organisations terroristes ? Mais surtout, où se trouve la limite entre organisation terroriste et résistance ? Selon Sémelin, professeur à Science Po et chercheur CERI, il y aurait 3 différences majeures entre le terrorisme et la résistance.
Le premier est le rapport à la population locale et le soutien, contraint ou spontané qu’elle apporte à l’organisation. « Un mouvement de résistance est l’expression d’une volonté collective qui s’appuie toujours sur une base populaire dont il tire une légitimité ». Contrairement au terrorisme, minoritaire et déconnecté des attentes de la population. Pourtant, si la résistance est privée de ses soutiens, elle peut se radicaliser pour obtenir l’adhésion et se rapproche ainsi du terrorisme.
Le deuxième critère est le choix de la cible. Selon lui, les terroristes frappent au hasard, dans le but de semer la panique et de rallier la population à leur cause, par la peur. A contrario, la résistance cible ses victimes afin de déstabiliser le pouvoir en place.
Enfin, le type de propagande utilisée peut distinguer les deux mouvements. « Le terrorisme cherchant à susciter un maximum de terreur, il vise des innocents afin d’atteindre les médias et de bénéficier ainsi d’une meilleure caisse de résonance via le vecteur extrêmement porteur de l’émotion » tandis que la résistance « joue elle aussi avec les médias mais dans une logique d’action moins psychologique, le but restant de l’emporter par le nombre et non en créant un traumatisme. Si bien que, là où le terroriste pose une bombe et se repose sur l’effet que celle-ci va produire pour faire progresser sa cause, le résistant va livrer des batailles de terrain », résume-t-il.
D’ailleurs, selon Yves Bonnet, président du Centre International de Recherches et d’Etudes sur le Terrorisme et l’Aide aux victimes du Terrorisme (CIRET-AVT), l’OMPI « n’a JAMAIS visé de cibles civiles mais seulement des objectifs gouvernementaux ou militaires » et « n’a JAMAIS commis d’attentat en dehors du territoire iranien même si ses propres membres étaient la cible d’actions violentes perpétrées par les services officiels iraniens. »
Force est de constater que le terroriste, c’est toujours l’autre. Personne ne se qualifie de terroriste. Qualifier un mouvement de terroriste, c’est une manière de le décrédibiliser, de lui enlever toute légitimité à la parole, à l’affirmation de son combat.
Photos : Alborz Taha & DR

