Liban : les arbres de la guerre

Le ton est monté entre le Liban et Israël hier matin et un échange de coups de feu a eu lieu. Côté libannais, deux soldats et un journaliste tués. Côté israélien, un officier supérieur est mort. L’enjeu du combat : un arbre.

La Finul est directement concernée par cet incident puisque le soutien aux forces libanaise fait partie de son mandat.

La géopolitique et les conflits tiennent parfois à peu de choses. En l’occurrence, il a suffit d’un arbre pour que la violence explose de nouveau le long d’une frontière plutôt calme depuis 4 ans. Hier matin, des coups de feu ont été échangés entre des militaires libanais et israéliens.

Pour l’instant, mais l’enquête est toujours en cours, les différentes informations laissent penser que des soldats israéliens ont commencé à déraciner un arbre le long de la frontière afin de « dégager la vue ». Les soldats libanais, interprétant le geste comme une menace, ont exigé, avec l’appui de la Finul, qu’ils s’arrêtent immédiatement avant d’ouvrir le feu avec des fusils d’assaut et des RPG. Riposte immédiate des Israéliens qui dénoncent une « embuscade préméditée ».

Bilan : deux soldats ainsi qu’un journaliste libanais sont morts. Cinq autres soldats et un civil auraient été blessés selon Beyrouth. En face, le lieutenant colonel Dov Harari a été tué et deux autres officiers sont blessés.

Aujourd’hui, la Finul confirmait que l’arbre était bien du côté israélien. Tsahal, après avoir achevé d’arracher l’arbre concerné, a promis de continuer d’en enlever pour garder une visibilité sur la frontière. Côté libanais, l’opinion publique et la presse s’insurgent.

Conséquences

Ni le Liban ni Israël n’ont le moindre intérêt à relancer une guerre gelée en 2006. Les premiers n’ont pas les moyens de mener des opérations militaires d’envergures contre leur voisin, que ce soit d’un point de vue tactique et stratégique ou d’un point de vue politique. Les seconds sont suffisamment occupés avec l’Iran et la bande de Gaza où ils ne parviennent absolument pas à désamorcer le conflit.

La première des conséquences est une augmentation de la tension sur cette zone. L’armée israélienne a redéployé des effectifs le long de la frontière pour prévenir toute nouvelle attaque. Ils ont mis en place des moyens plus lourds pour déraciner les arbres avec notamment une grue et en ont détruit plusieurs sous les yeux de soldats libanais et de la Finul.

La Finul est directement concernée puisqu’hier elle n’a pas pu réagir. Elle passe d’emblée pour impuissante. Sans savoir qui était à l’origine de l’agression, les soldats de la paix n’ont pas pris part au combat. Une passivité dénoncée par la presse libanaise qui y voit le signe d’une « passivité » de l’ONU déjà vue à maintes reprises. Les casques bleus vont devoir continuer leur travail de médiation dans des conditions tendues.

Les Libanais se retrouvent dans une position délicate. Ils ont également mis leurs soldats en alerte et doivent maintenant trouver un moyen de désamorcer la situation. Le Hezbollah a d’ores et déjà sauté sur cette aubaine en publiant plusieurs communiqués dénonçant tant Israël que les casques bleus.

Cet accrochage peut-il découler sur un conflit ouvert ? Difficile à dire. Les différents partis, s’ils montrent les dents, semblent vouloir calmer les choses, sans toute fois perdre la face ouvertement. Il ne faut cependant pas oublier que la paix le long de cette frontière tient à peu de choses. Cet arbre qui a fait office de « caporal stratégique » en est la preuve.

Photo : Nations unies / Jorge Aramburu

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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Commentaires (12)

  • bridoulot

    si il est vrai que l’armée libanaise est prise entre deux feux!!! que dire de la finul qui est elle prise entre le marteau et l’enclume!!sans vouloir donner raison systématiquement à israel,il faut bien reconnaitre que ASAN NASRALLAH fait tout ce qu’il peut pour oeuvrer a la destruction de l’état juif et dont c’est le but ultime avec ses petits camarades pasdarans iraniens, et parfois aussi avec l’ami bachar el assad.
    dans le cas présent le hesbollah n’est pas intervenu en raison de l’accusation dont il va « bénéficier » dans le procès harriri!!il un secret de polichinelle que la neutralisation de monsieur harriri est due aux services de l’ami bachar qui se sont bien gardés d’intervenir eux même, et qui ont fait effectuer le travail par leurs amis du hezbollah!!dans le cas présent, l’armée libanaise qui passe son temps à ménager la chèvre et le chou,puisqu’elle a en son sein des affidés du parti chiite,a sans doute voulu montrer ses gros bras à tsaal ce qui à mon humble avis n’est pas la meilleure façon de calmer les choses!on ne pourra pas dire que le cèdre du liban ce soit transformé en arbre de paix!!il pourrait très bien déclancher quelques tirs de roquettes d’un coté et de l’autre l’arrivée d ‘une escadrille de f 16!!comme d’habitude, la finul servira de bouc émissaire,et fera partie des dégats collatéraux en cas de besoin!!! elle a l’habitude,puisque ses militaires ont le devoir de garder la paix,mais aussi de recevoir les coups sans répondre!!!
    mon conseil, qui n’engage que moi, plier les gaules dans les plus brefs délais et laisser les belligérants s’expliquer!! ça arrivera de toute façons.

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  • Charlie Bravo

    L’enjeu du combat n’est pas « un arbre »! Ou sinon faudrait-il dire que cet est celui qui cache la forêt et non le « caporal stratégique »! Quel est le sens de cet expression ramené à un arbre? En quoi un arbre peut-il jouer le rôle de « caporal stratégique »? Je me demande si l’auteur du post sait de quoi il parle au final, et sans vouloir insulter son intelligence, il y a un vrai problème d’écriture.

    Cet arbre n’a aucune importance en tant qu’arbre mais davantage en tant que le symbole territorial qu’il représente, à savoir un litige frontalier dans un contexte de guerre larvée – du moins de non paix – entre Israël et le Liban depuis au moins 2006.

    Ce n’est pas l’arbre et l’incident qui s’est déroulé autour qui va déclencher ou non une reprise des hostilités, mais les problèmes de fond habituels de cette région: la reconnaissance ou non du droit à l’existence d’Israël, le problème des frontières, celui de l’eau. Cela s’appelle la géopolitique, et je trouve que ce n’est pas faire oeuvre de journalisme – fut-il intéressé par les questions de Défense -, que de donner des grilles de lecture aussi simpliste faisant fi de la complexité des enjeux géopolitiques de cette région.

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    • Romain Mielcarek

      Le « caporal stratégique » influe de manière décisive par sa présence et son action sur l’issue d’une bataille (voir d’une guerre). Bon c’est vrai, l’action de cet arbre a été limitée mais sa simple présence en arrive à causer un combat et surtout, des morts.

      Bien sur que l’arbre n’est pas la raison pour laquelle des soldats se tirent dessus. Bien sur il y a toute une histoire, un contexte politique et géopolitique. Mais en l’occurence, pour cet incident, cet arbre s’est retrouvé en plein coeur des tensions.

      Il devient l’espace d’un instant le motif et un enjeu. On parle ici d’actualité à un point précis de la chronologie, pas d’une réflexion d’historien sur le long terme.

      Et oui cet arbre est un enjeu. Des hommes se sont tirés dessus et sont morts pour cet arbre. Il y a des évenements qui ont mené à ces tirs. Et d’autres qui en découleront. Mais les deux bélligérants ont fait de cet arbre un enjeu dans la mesure où les uns et les autres ont déployés leurs soldats autour. Au cas où les choses empirent oui.

      Si Israël a déployé dans la foulée aujourd’hui hommes et matériels pour enlever non seulement des arbres mais aussi d’autres, ce n’est pas innocent.

      Si Tsahal a déclaré « nous continueront de déraciner des arbres », ce n’est pas un hasard non plus.

      Je comprend que vous me reprochiez de ne pas revenir sur l’ensemble du contexte mais je ne peux malheureusement pas le faire pour chaque billet. Mais en l’occurence, ce déchainement de violence pour un arbre à la frontière me paraît tout de même intéressant en lui même.

      Cordialement,

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  • Charlie Bravo

    Romain,

    L’explication historique ou du moins contextuelle, c’est ce que demandent nos contemporains complètement déboussolés par les flux d’informations! Que ce soit pour un arbre ou un IED ailleurs, comment pouvez-vous en faire l’économie pour ensuite regretter qu’il y ait des problèmes de doctrine, de conflit mal vendu ou autre expression reflétant le fossé qu’il existe entre la gravité de nos engagements militaires et la légèreté de nos contemporains, voire leur indifférence?

    C’est le travail de ceux qui fabrique l’information de donner un minimum d’éléments contextuels, surtout en ce qui concerne le Proche-Orient!

    Ce n’est pas à vous que je jette particulièrement la pierre mais, là, votre billet prêtait le flanc.

    Amicalement.

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    • Romain Mielcarek

      Non je sais bien, et d’ailleurs sur le chemin du retour depuis le bureau j’étais en train de me dire que je n’avais pas fait amende honorable dans ma réponse.

      C’est vrai qu’il faudrait pouvoir à chaque fois tout resituer. C’est d’ailleurs l’un des défis que j’ai souhaité me lancer avec ce blog : apporter à la fois les éléments pour construire sa réflexion (info pure) et ceux pour mieux comprendre (contexte). Le tout en évitant des billets de plusieurs kilomètres.

      Ce n’est pas toujours évident, ça ne fonctionne que rarement et visiblement sur cet article là c’est raté.

      J’en prend note ;)

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  • bridoulot

    je me demande qui a pu croire un seul instant que cet arbre était l’enjeu réel du conflit arabo israelien!!!toutes les nations qui entourent israel souhatent sa destruction!! ce n’est pas moi qui le dit ce sont elles!!a part bien sur la jordanie et l’égypte.
    l’image de cet arbre provoquant un conflit et faisant des morts est symptomatique de l’éta d’esprit qui règne dan la région.mais la suite des évenements nous dira ce qu’il adviendra des uns et des autres.

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    • Romain Mielcarek

      Déjà la bonne nouvelle c’est que tout le monde a fait des efforts pour étouffer l’arbre dans l’oeuf.
      Même le Hezbollah appelle au calme, c’est plutôt bon signe.

      La violence de ce qui restera un fait divers montre en tout cas à quelle point les esprits sont échauffés en 2010 le long de la ligne bleue.

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  • bridoulot

    il y une très bonne raison pour que le hezbollah reste calme!!! il est fortement soupçonné d’être l’exécutant de l’assassinat hariri et il essaie actuellement de retourner l’accusation(peu crédible) que l’acte ait été commis par israel.il n’empèche que la semaine derniere un convoi de la finul est tombé dans une embuscade provoquée par le hezbollah,qu’un équipage de blindé français à été desarmé.si ce n’est pas une provocation ça y ressemble étrangement.

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    • Romain Mielcarek

      Justement, l’affaire Hariri n’a pas calmé le Hezbollah jusqu’à présent. Et plusieurs de ses branches continuent effectivement de monter les populations de nombreux villages acquis contre les militaires de la Finul.

      Mais là en l’occurence, tout laisse penser que ce sont les militaires libanais qui ont gaffé sur cette affaire d’arbre et insister coûte que coûte aurait été malheureux. Ca ne les a pas empêché dans un premier temps de pointer du doigt Israélien et casques bleus dans leurs publications.

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  • bridoulot

    il est évident que les militaires libanais ne sont pas très clairs dans cette histoire!!ce que je disais dans mon 1er commentaire qu’effecivement l’armée libanaise avait eu le tort de vouloir montrer ses gros bras à tsahal ce qui n’est pas la meilleure façon de calmer les esprits,la finul étant comme a chaque fois accusée de tous les maux, et se trouvant la uniquement pour recevoir des coups sans pouvoir répliquer.
    il est aussi bien clair que l’armée libanaise contre tsahal c’est un peu la géorgie contre les divisions russes!!!!

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    • Romain Mielcarek

      Et c’est pour tout ça que cette affaire relève probablement plus de la connerie humaine que d’une volonté libanaise de tester les nerfs israéliens.
      D’un côté comme de l’autre, les mecs sont à crans.

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  • bridoulot

    c’est aussi mon avis!

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