La plainte d’Ingrid Betancourt contre la Colombie

L’ancienne otage des FARC Ingrid Betancourt réclamait la semaine dernière un dédommagement de plus de 6 millions d’euros au gouvernement colombien. Face au taulé médiatique que cette annonce a entraîné, elle s’est finalement rétractée.

Ingrid Betancourt en septembre 2008.

Dimanche soir, Ingrid Betancourt a finalement renoncé à la télévision à sa plainte contre le gouvernement colombien. En larmes, elle a défendu vouloir se retourner contre les militaires qui l’ont libéré mais faire un geste symbolique pour tous les otages.

Ce symbole, elle l’avait chiffré le vendredi précédent à quelques 6,5 millions d’euros. Une somme sensée réparer les souffrances psychologiques subies par l’ancienne otage et ses proches.

Les Colombiens ont très mal pris cette annonce, se sentant trahis. Dans la presse, les commentateurs ont estimé qu’Ingrid Betancourt signifiait ainsi son départ de la vie politique colombienne. Le mot « honteux », affiché à la Une de l’hebdomadaire Samana, traduisait bien le ressenti global.

Ingrid Betancourt estime dans sa requête à la justice, obtenue par Radio Caracol, que les militaires et le gouvernement ne lui avaient pas fait savoir que la route empruntée le jour de son enlèvement était dangereuse. Cela a toujours été démenti par les fonctionnaires qui s’étaient à plusieurs reprises étonnés de sa volonté de pénétrer dans ce secteur malgré les risques.

Le gouvernement a également trouvé la démarche « injuste ». L’opération Jaque qui a permis la libération d’Ingrid Betancourt le 2 juillet 2008 est en effet considérée comme un succès puisqu’elle a permis la libération de 15 otages et la capture de 2 guérilléros sans que le moindre coup de feu ne soit tiré.

La famille de l’ancienne otage avait également refusé de donner son feu vert à une première opération militaire. Elle avait cependant soutenu une tentative d’exfiltration orchestrée par la France et qui s’est avéré être un échec.

Photo : Fabio Gismondi

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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Commentaires (2)

  • colombiaviva

    Ingrid Betancourt, ce qu’elle n’a pas dit !
    Une famille Colombienne dans les rouages de la politique française
    Les Français voient la Colombie et ses habitants à travers le prisme qu’Ingrid Betancourt a eu l’audace d’imposer par son livre « La Rage au Cœur » et à travers les différentes émissions auxquelles elle a participé. Sa famille et les comités Ingrid Betancourt ont amplifié le message et les médias ont suivi sans oser s’écarter de cette vision. Cette vision correspondait parfaitement à l’idée de liberté pour laquelle les Français se sont battus. Les médias n’ont pas osé vérifier si ce qu’Ingrid racontait correspondait à la réalité. Elle, avec son air fragile, parlant parfaitement le français, a compris comment rédiger son livre pour les émouvoir. Eux qui ont toujours rêvé d’une héroïne, d’une femme demi-déesse, sont tombés sous son charme. Ingrid montre qu’elle s’est battue seule contre le monstre colombien à multiples têtes : la corruption, la drogue, les gouvernements, la mafia… une femme hyper menacée qui devait se déplacer avec des gardes de corps. Les Français se sont émus de l’honnêteté qu’elle dégageait sur les plateaux de télévision.
    Sans sa séquestration, Ingrid serait passée inaperçue, son livre aurait été oublié rapidement. Peu à peu, de femme fragile, elle est devenu héroïne. Sa libération a constitué une « affaire d’Etat » pour le gouvernement de Chirac et celui de Sarkozy. Pour ce dernier, la libération d’Ingrid était une affaire de « vie ou de mort », une priorité, presque la priorité des priorités, qui devait passer devant toutes les affaires de la France.
    Au point de vue politique, économique et social, la séquestration d’Ingrid a été fatale pour la Colombie. Ses relations avec l’Europe ont été perturbées.
    A la parution des livres « Out of Captivity » des trois Américains et « La Captive » de Clara Rojas, les gens doutent du traitement peu élogieux fait à l’égard de l’Icône français. On se rend compte que l’histoire d’Ingrid a commencé en France seulement à la parution de son livre en février 2001. De sa vraie vie politique ou de son caractère, les gens connaissent peu ou rien. Les auteurs français qui ont écrit des livres sur elle se montrent réticents à croire qu’elle ait un côté sombre. Ils n’aiment pas que l’on casse l’image qu’ils ont construite.
    L’auteur a consulté plus de 4.000 documents et a décortiqué pas à pas la vie politique d’Ingrid Betancourt, sa séquestration et sa libération. Il montre les implications politiques de la France pour sauver une femme colombienne et l’ingérence de sa famille dans les affaires de ce pays.
    http://www.hermes-editorial.com
    [email protected]
    ISBN : 978-2-9600889-0-8

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  • fxjacobs

    12h: les officiers de l’armée déconseillent de prendre la route car elle n’est pas sûre, les guérilleros y font des barrages. Mais Ingrid Betancourt maintient sa décision et la police lui fournit un pick-up. Les plaques d’immatriculation de la camionnette sont changées afin qu’elle ne soit pas identifiée comme un véhicule des forces de l’ordre. Aux fenêtres, des drapeaux blancs sont accrochés, sur les portières des écriteaux Ingrid Betancourt et Presse internationale sont attachés. » (1)

    http://www.lalibre.be/actu/international/article/596395/devant-le-scandale-ingrid-betancourt-recule.html

    Elle s’est misent toute seule comme une grande dans la merde, les Colombiens n’ont pas à payer pour cela.

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