Scorpion : numérisation de l’espace de bataille (2)

La numérisation de l’espace de bataille (NEB) est un enjeu de la modernisation des armées. Ce recours aux nouvelles technologies tient une part importante dans le programme Scorpion et dans le futur del’Armée de Terre. La maîtrise du renseignement, de l’information et de la communication à toutes les échelles du champs de bataille seront les avantages tactiques et stratégiques de demain.

Les systèmes de communication de Scorpion seront communs pour toutes les entités. L »artillerie ou l’aviation continueront de fonctionner avec leurs systèmes propres, bien que compatibles.

A terme, Scorpion doit mobiliser dix huit groupements tactiques inter armes (GTIA) qui devront être capables d’aller au combat dans des conditions optimales. Parmi les axes d’études, les systèmes d’information sont prioritaires. Dans cette projection à l’horizon 2025 que représente ce programme, les hommes seront capables de communiquer entre eux en temps réel mais aussi d’échanger des informations avec leurs systèmes d’armes, leurs véhicules, leurs robots ou encore leur soutien aérien.

La NEB fait l’objet de recherches conséquentes depuis le début des années 2000 et les test avancent bien depuis 2006. Les 6ème Brigade Légère Blindée et 2ème Brigade Blindée sont les principales unités impliquées avec toute une palette de tests et d’exercices pour évaluer les capacités des équipements actuels. Le 2ème Régiment Étranger d’Infanterie a notamment utilisé ces processus en opération extérieure en Côte d’Ivoire depuis 2006.

Les essais doivent permettre d’analyser les forces et les faiblesses des systèmes électroniques et des applications utilisées au combat. Il faut aussi étudier les évolutions de comportement des soldats qui travaillent avec ces outils, qu’il s’agisse des fantassins sur le terrain ou des chefs au quartier général.

Des avantages indéniables

La NEB doit permettre de gérer les hommes en temps réel. Un chef de section pourra ainsi savoir au cours de la mission où sont positionnés ses soldats grâce à un écran GPS indiquant sur une carte alliés et ennemis. Un gain de mobilité conséquent puisque les différents combattants pourront prendre leurs postes à des distances plus importantes sans maintenir de visibilité entre eux. Un avantage de taille dans le combat en milieu urbain. A plus haut niveau, les chefs pourront surveiller les mouvements de leurs troupes, des ennemis et des civils, choisissant ainsi les meilleurs manœuvres et donnant des ordres prenant en compte un maximum de données.

Si la NEB doit optimiser le dialogue entre les hommes, il doit également l’améliorer entre les hommes et les machines. L’usage de robots sur le champs de bataille est amené à exploser dans les années à venir. Les soldats pourront profiter des informations perçues par les véhicules. Des robots espions peuvent ainsi être utilisés pour éclairer un itinéraire dans un bâtiment. Un blindé peut indiquer la direction de tirs hostiles grâce à ses capteurs.

Autre amélioration conséquente : les nouvelles technologies doivent permettre de contrôler l’état de santé d’un personnel où l’état d’un véhicule. Toujours grâce à des systèmes d’information basés sur des capteurs, le commandement sera ainsi au courant des blessures subies par les hommes. Ces données peuvent permettre de mobiliser avec plus d’efficacités équipes médicales pour soigner les soldats mais aussi équipes techniques pour préparer la réparation des engins.

Des risques à anticiper

Pour les chefs, garder des combattants rustiques capables de se passer de l’informatique est indissociable du recours aux nouvelles technologies.

Le recours massif à l’électronique dans le combat pose des contraintes évidentes : les systèmes de communication doivent fonctionner et doivent être alimentés. Les sources d’énergie font d’ailleurs partie des recherches en cours. Les soldats deviennent dépendant de ces outils. Ils doivent cependant rester capables de s’en passer : si la carte électronique est pratique, il faut pouvoir lire du papier quand l’informatique ne suit plus.

La NEB doit permettre d’augmenter la visibilité sur le terrain. Il existe pourtant un risque d’effet tunnel dans la manière d’utiliser l’outil. Les différents opérateurs ont tendance à se consacrer sur leurs écrans et à ne plus observer autour d’eux. Ainsi, au cours d’une infiltration dans un bâtiment, le soldat qui déploie un robot focalise son esprit sur ce que voit l’engin. Même chose pour un servant d’arme sur un char qui fixe ses écrans à la recherche de cibles.

Il y a enfin un risque pour le chef qui, depuis le quartier général, reçoit toutes les informations retransmises par ses fantassins et ses véhicules. L’impression de percevoir l’ensemble du champs de bataille peut être à l’origine de mauvaises interprétations. L’une des solutions envisagées pour pallier à ce problème est de confier la responsabilité de cet outil à un adjoint pendant que le chef restera sur le champs de bataille, les deux travaillant en étroite collaboration.

Photos : Sirpa Terre & ESAG

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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