Une défense européenne très convoitée
La politique européenne de sécurité et de défense (PESD) est devenue un enjeu international. Alors que les démarches visant à la développer se font plus franches, les Etats-Unis s’inquiètent de la volonté d’autonomie de leurs alliés. A l’intérieur même de l’Union, le contrôle des opérations militaires se trouve au centre des jeux de pouvoirs des différentes institutions.
Si la Défense européenne est longtemps restée abstraite, elle devient une priorité pour tous. Cette semaine, les parlementaires de l’Union se sont réunis de leur côté pour en discuter et évoquer leurs ambitions. De l’autre côté, ce sont les ministres de la Défense qui se sont rencontrés en Espagne. Tout est encore à faire : élaborer des lignes stratégiques, évoquer les responsabilités et s’assurer le contrôle de cette entité en devenir.
Réunis à Palma de Majorque, les ministres ont regretté leur haute représentante, Catherine Ashton. C’est la première fois que le chef des relations extérieures est absent de ce type de réunion. Ils ont réfléchi à une manière de faire de leur assemblée un organe de décision. L’idée d’un conseil de la Défense, déjà envisagé par la commissaire, pourrait se concrétiser. Pour Hervé Morin, il s’agirait de lui donner de véritables pouvoir avec notamment la capacité de mobiliser en quelques jours un groupement tactique déployable sur des missions urgentes comme Haïti. Également au cœur des discussions, l’avenir des relations avec l’OTAN.
Et si Catherine Ashton n’était pas là pour donner son avis, Anders Fogh Rasmussen, le secrétaire général de l’Alliance a souhaité donné son avis comme le rapporte le journaliste Nicolas Gros-Verheyde sur le blog Bruxelles2. Une intervention qui n’a pas remporté un franc succès. Si le représentant de l’OTAN a voulu convaincre l’Union européenne en regrettant que « l’UE et l’OTAN soient sur les même théâtres mais ne puissent conclure un accord de sécurité ». Le concept stratégique de l’Alliance doit être repensé pour mieux répondre aux besoins actuels et les Etats-Unis craignent la nouvelle approche sécuritaire de l’UE. Robert Gates a élevé le ton en début de semaine et a déploré les faibles investissements militaires des alliés du vieux continent.
La stabilité reste effectivement l’objectif des Européens. Les parlementaires de la commission Affaires étrangères ont d’ailleurs adopté un rapport lundi avec une large majorité qui fixe comme priorité de préserver la paix et de défendre les intérêts de l’Union européenne dans le monde. S’ils ont ainsi choisit de défendre l’idée selon laquelle « l’UE doit augmenter son autonomie stratégique à travers une politique étrangère, de sécurité et de défense forte et efficace », pas question de rejoindre le « corps expéditionnaire » évoqué par le secrétaire à la Défense américain. Les élus ont par ailleurs exprimé leur volonté d’exercer sur les forces européennes le contrôle que leur assure le pouvoir budgétaire acquis avec le Traité de Lisbonne.
Les opérations en Afghanistan restent malgré tout une priorité tant pour les Européens que pour les Américains. Le volume de soldats et d’équipements déployés sur ce théâtre est considérable. Les autres préoccupations de l’Union sont la mission Atalante de lutte contre la piraterie dans le Golfe d’Aden et la sécurisation des Balkans.