Les enjeux des législatives britanniques

La campagne pour les législatives 2010 se poursuit au Royaume-Uni. L’évolution des intentions de votes et les débats entre les trois candidats sont suivis avec attention sur le sol national mais aussi à l’étranger où l’on s’inquiète de voir le tournant que peut prendre la politique de ce pays. Que ce soit pour les instances européennes ou pour le commandement de l’OTAN en Afghanistan, les conséquences peuvent être importantes.

Les Britanniques se rendront aux urnes le 6 mai 2010.

Cette année, les candidats britanniques se sont essayés à un exercice inédit : le débat télévisé. Sur les trois opus, une partie du second, qui a eu lieu jeudi soir, était consacré à la politique extérieure de la Grande-Bretagne. Selon les candidats, chacun a joué une carte spécifique. Gordon Brown, le Premier ministre sortant, a voulu se présenter comme une valeur sure qui maîtrise les dossiers et les défis du pays. David Cameron se présente comme son opposant en visant les engagements en Irak et en Afghanistan. Nick Cregg, appelé le « troisième homme » par la presse, a tenté des positions plus osées notamment en faveur de l’Europe.

Cinq dossiers ont été évoqués : Afghanistan, Union européenne, désarmement et prolifération nucléaires, guerre contre le terrorisme et changement climatique. Malheureusement, ces sujets ont en général été survolés, ballotés entre manque d’intéressement de la part des débatteurs, absence d’engagement et positionnements politiques. Pour ne prendre qu’un exemple, les relations avec les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) ont été à peine abordées alors qu’elles constituent l’un des défis majeurs des cinq prochaines années.

Il y a une véritable absence de pédagogie dans les discours des trois candidats. Les effets d’annonce se multiplient en espérant qu’ils attireront des électeurs supplémentaires. La liberté d’action sur des dossiers comme la Chine ou l’Afghanistan reste cependant limitée et le futur Premier ministre sera bien obligé de s’adapter à des réalités immuables.

Problèmes de calendriers

Il est difficile d’anticiper toutes les conséquences de cette élection. Chaque candidat fait des promesses qui seront difficiles à tenir mais qui auront un véritable impact sur l’opinion publique.

En Afghanistan, les militaires s’inquiètent du résultat de la campagne. Gordon Brown a promis un calendrier de retrait. Il est pourtant encore tôt pour parler de désengagement. Mais tout comme Barack Obama planifie déjà les premiers retours, les Britanniques vont se poser le même type de questions. Les autres pays membres de l’ISAF préviennent Londres du risque que représente ce type d’effets d’annonces.

Même chose en Europe. L’arrivée imminente des élections britanniques et le remplacement attendu de Gordon Brown a imposé un planning très serré pour le développement du nouveau service diplomatique (SEAE). Des parlementaires, notamment dans les États membres à l’est de l’Europe, ont dénoncé cette précipitation.

Pour creuser le sujet, retrouvez les programme des trois candidats :

Britain in the World du Labour pour Gordon Brown.
Affaires étrangères des conservateurs pour David Cameron.
Défense des conservateurs pour David Cameron.
Affaires étrangères et défense de The Liberal Democrats pour Nick Cregg.

Et sur Bruxelles 2 :

Pour les Tories, l’avenir de la défense est avec… la France !
La défense britannique doit changer radicalement (sondage)

Photo : DR

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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