La stratégie américaine en Afghanistan : le gouvernement en boîte

L’opération Moshtarak lancée en février dernier dans la province du Helmand a pour objectif de tester la nouvelle stratégie américaine. Il s’agit d’implanter dans les zones prospères pour les Talibans des gouvernements préparés à l’avance pour gagner les faveurs des populations pendant qu’un flot de soldats maintiennent les insurgés à distance.

Des soldats afghans devant le drapeau national à Marjah en février.

Les militaires américains évoquent le « government in a box ». Il s’agit d’une administration implantée directement dans la ville de Marjah, cœur de l’opération Moshtarak. Pendant que les 6 000 soldats américains et britanniques bloquent les insurgés à l’écart de la cité, ces représentants du gouvernement Karzaï doivent recréer le plus rapidement possible les bases d’une société structurée.

En quelques semaines, ces officiels formés pendant plusieurs mois dans le plus grand secret, instaurer un état de droit dans Marjah et ses alentours. Ils doivent organiser la reconstruction des infrastructures ainsi que celle d’écoles et de cliniques. Ils doivent mettre en place une économie légale afin de créer des emplois, de propulser le développement et surtout de désamorcer l’industrie agricole du pavot.

Avec les soldats de l’OTAN, 4 000 militaires et policiers afghans ont été déployés. Ils doivent permettre d’assurer la sécurité du secteur et empêcher les Talibans de revenir s’installer en ville. A terme et sur le papier, seules quelques centaines de personnels otaniens devraient rester déployés sur place.

Pour le général McChrystal, commandant des troupes de l’ISAF, il s’agit d’une première expérience d’une stratégie qui doit viser à terme au moins 80 villes. Parmi elles, quelques grands centres urbains comme Lashkar Gah, Kandahar et Spin Boldak. L’objectif est d’y proposer une alternative plus attrayante que ce que peuvent proposer les Talibans afin de pousser la population à retirer son soutien à l’insurrection.


Le problème de la confiance pachtoune

Des soldats américains participent à une Shura avec des chefs afghans.

La principale difficulté de ce modèle vient du fait que le sud du pays est en grande partie pachtoune. Ce peuple vit dans une véritable tradition tribale profitable aux insurgés. Pour gagner leur confiance, il va falloir que les fonctionnaires mis en place à Marjah et les forces de sécurité déployées gagnent leur respect. Il faudrait pour l’OTAN et Kaboul réussir à gagner à leur cause des locaux qui souhaitent participer à ces efforts.

Le maire que l’ISAF a installé à Marjah s’appelle Haji Zahir et a le mérite d’être un Pachtoune. Le problème reste sa crédibilité, l’intéressé revenant pour l’occasion d’un exil de quinze ans en Allemagne.

Le major général britannique Nick Carter a estimé qu’il faudrait une trentaine de jours pour sécuriser la zone. Les combats sont de moins en moins nombreux et les insurgés n’entreprennent que peu d’action du côté de Marjah, préférant attendre le retrait inévitable des troupes de l’OTAN. L’officier vise maintenant une période de 120 jours qui doit permettre à terme d’évaluer le succès de cette mission et de voir si les Afghans sont sensibles aux efforts mis en œuvre.

Photo : Caporal Mary E. Carlin & Caporal Michael J. Ayotte

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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