Des militaires à la tête de l’Egypte en crise

Al-Geish, l’armée égyptienne passe pour le garant d’une transition la plus pacifique possible. Restée fidèle au pouvoir, elle a su, au contraire de la police, garder la maîtrise de la force face aux manifestants. La population a pour l’instant accepté, supporté tout du moins la présence des chars, des blindés et des aéronefs dans la capitale et dans les principales villes du pays. Dans la gestion de la crise et dans la préparation d’un nouveau gouvernement, des responsables militaires jouent un rôle clef. Who’s who de ces chefs politiquement stratégiques.

Omar Souleiman, vice-président de l'Egypte.

Omar Souleiman - Nommé comme vice-président par Hosni Moubarak, le lieutenant-général Omar Souleiman était commandant et ministre du Mukhabarat, le renseignement égyptien, depuis 1993. Ce dernier est considéré comme l’un des plus puissants au Moyen-Orient avec le Mossad. Il aurait été impliqué dans des transferts de prisonniers dans les prisons égyptiennes au profit de la CIA avant de se faire connaître au début des années 2000 en participant à des négociations entre plusieurs groupes palestiniens. Il devient samedi dernier le successeur potentiel du président selon la Constitution. Hostile à Ahmed Chafiq, il a déclaré négocier directement avec l’opposition. Apprécié pour sa proximité professionnelle avec Israël et les Etats-Unis, il reste un acteur de l’ombre proche du président. Efficace dans la lutte contre le terrorisme, opposé à un Iran nucléaire, parfaitement conscient des intérêts nationaux, il reste un représentant du régime qui peut difficilement incarner un renouveau politique. Il reste fermement opposé aux Frères musulmans.

Ahmed Chafiq, Premier ministre d'Egypte.

Ahmed Chafiq – Cet ancien pilote de chasse a occupé plusieurs postes à responsabilité, notamment opérationnels au cours de combats contre Israël, avant de commander l’armée de l’air de 1996 à 2002. Il a ensuite rejoint le gouvernement d’Hosni Moubarak comme ministre de l’aviation civile. Il a été nommé Premier ministre samedi dernier en réponse à la crise. Hostile à Omar Souleiman, il s’est proposé de négocier directement avec l’opposition. Pendant la guerre du Kippour, il a servi sous les ordres d’Hosni Moubarak et aurait abattu deux appareils israéliens. En plus de plusieurs aéronefs russes et américains, il a pris les commandes de Mirages 2000. Il serait l’un des plus aptes à discuter avec les opposants, ses succès au profit des aéroports nationaux et de la compagnie EgyptAir étant reconnus par tous. Celui du Caire notamment a pu trouvé une place au niveau régional. Il est également l’auteur de recherches sur une stratégie nationale dans l’espace.

Le général Sami Annan, chef d'Etat-major des armées d'Egypte.

Sami Annan – Le général chef d’Etat-major des armées d’Al-Geish est devenu l’interlocuteur direct des militaires américains. En Egypte, les militaires contrôlent d’importants secteurs de l’industrie nationale. Armement, BTP, alimentaire ou tourisme. Washington a des difficultés pour évaluer dans quoi sont investis les 27 milliards de dollars d’aide qui expliquent en grande partie la modernité des matériels déployés dans les villes égyptiennes. Des armes plutôt que du pain. Le général Ahmed Chafiq a assuré les Etats-Unis que l’armée ne se retournerait pas contre les manifestants. Des informations difficiles à vérifier font état de son rôle dans le dialogue entre les officiers et le président. C’est lui qui lui aurait signifié l’hostilité de l’armée à la transmission du pouvoir au fils d’Hosni Moubarak, Gamal. Il serait également l’un des verrous assurant la neutralité des militaires.

Mohammed Hosni Moubarak, président d'Egypte.

Mohammed Hosni Moubarak - Le président lui même est un fruit de l’armée. Sa carrière au sein des forces et le soutien qu’elles lui ont apporté au cours de sa carrière politique sont sa plus solide assurance de ne pas subir le même sort que Ben Ali en Tunisie. Entre 1952 et 1975, formé comme pilote, il a occupé plusieurs postes de commandement, notamment à la tête de l’armée de l’air dés 1972, responsabilité cumulée à celle de ministre de la Défense en 1974. Selon certains analystes, l’armée refuse de voir l’un des siens fuir tête basse et travaille à une transition pacifique qui permettrait au président Hosni Moubarak de sortir par la grande porte. En nommant Omar Souleiman et Ahmed Shafiq comme vice-président et Premier ministre samedi dernier, il s’assure de gagner un peu de temps.

Photos : DR, DoD / Cherie A. Thurlby, DR & DR

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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