Dans le sanctuaire de la « République du Golf »

Le président Ouattara et son équipe sont enfermés dans l’hôtel du Golf depuis maintenant près d’un mois. Depuis le palace transformé en camp militaire, il tente d’asseoir son pouvoir face à un Laurent Gbagbo plus décidé que jamais à ne pas abdiquer. Si ce dernier a promis de lever le blocus prochainement, à condition que les soldats des Forces nouvelles quittent les lieux, la présence des casques bleus pour sécuriser la zone reste indispensable.

L'hotel du Golf est ravitaillé par hélicoptère et depuis quelques jours par de rares voitures de l'Onuci autorisées à passer.

« C’est exactement comme une prison ici. On peut communiquer, appeler nos familles. Mais on ne peut pas sortir. » Ahmed semble plutôt fier de la comparaison. Il est commerçant et supporter d’Alassane Ouattara. Comme beaucoup de ses camarades, il se retrouve enfermé dans l’Hotel du Golf avec son président. Il garde le sourire, bien conscient de ne pas être au plus mauvais endroit d’Abidjan. Il sait que si officiellement, les forces de sécurité ont promis de laisser sortir tout le monde, quitter l’hôtel ne serait pas sûr. « Ici, on est en sécurité. C’est très calme et on peut discuter. Dehors, on aurait peur de se faire enlever. » Effectivement, le président ADO, son Premier ministre Guillaume Soro, leur gouvernement et leurs militants sont protégés par quelques dizaines de soldats des Forces nouvelles, les anciens rebelles, mais surtout par 800 casques bleus très bien équipés.

L’Hotel du Golf a drôle de mine. Habituellement, cet établissement de luxe est plébiscité par les personnalités locales ou les grandes entreprises pour organiser réunions et conférences de presse ainsi que pour les mariages. Le cadre est idyllique. Une superbe piscine, un bâtiment propre, moderne et fonctionnel, quelques palmiers et une vue de rêve sur la lagune. Aujourd’hui, la « République du Golf » comme l’appellent les Ivoiriens, n’est plus qu’un immense bivouac militaire.

Monsieur le président

Alassane Ouattara suivi par son Etat-major dans les jardins de l'hotel du Golf.

Pour ses voeux à la Nation, Alassane Ouattara a promis que « l’année 2011 sera l’année de la rupture avec dix ans de souffrance, de mort et d’assassinats ». Devant une petite assemblée composée de sa propre équipe, de diplomates et d’une quinzaine de journalistes transportés par les hélicoptères des Nations unies, il accuse Laurent Gbagbo d’user de « stratagèmes pour retourner les résultats » d’une élection dont le monde entier aurait « salué la manière dont elles se sont déroulées ». Dans les faits, si la communauté internationale est presque unanime pour un résultat en faveur d’Alassane Ouattara, le scrutin en lui même reste controversé.

Mais ni l’un ni l’autre des deux présidents ivoiriens ne veut céder. Laurent Gbagbo, à la présidence, Alassane Ouattara à l’Hotel du Golf. Pas évident pour ce dernier de mettre en place son pouvoir. Grâce au soutien de la communauté internationale, il a pu mettre la main sur le réseau diplomatique, ses ambassadeurs étant reconnus dans de plus en plus de pays et sur les finances, sa signature étant la seule reconnue par la Banque centrale d’Afrique de l’Ouest. Patrick Achi, le porte-parole de son gouvernement, ne voit aucun problème. « Nous avons internet, des téléphones et de l’espace pour travailler. » Le dernier gros enjeu reste les forces de sécurité ivoiriennes. Toujours fidèles à Laurent Gbagbo, elles ne seraient pas prêtes à se sacrifier pour lui. Patrick Achi, croît savoir « qu’à l’intérieur de l’armée, les sous-officiers, les militaires du rang et même certains officiers généraux » attendent pour changer camp, craignant « pour leurs familles et pour leurs vies ».

Symbole(s)

L’hotel du Golf est un sanctuaire pour le camp Ouattara. A l’extérieur, l’insécurité règne. Selon les derniers chiffres des Nations unies, 179 personnes auraient été assassinées, 471 arrêtées arbitrairement, 90 torturées ou maltraitées et 24 enlevées. Sans compter les 19 000 réfugiés qui ont fui le pays. Ici, les couloirs grouillent de soldats des Forces nouvelles, les anciens rebelles de Guillaume Soro. Barricadés dans tous les coins du bâtiment, ils assurent avec un grand sourire que « tout va bien, nous sortirons bientôt ». La route qui sépare l’Hotel du Golf de la présidence est devenu symbolique. Une parti des pro-Ouattara ont voulu le faire le lendemain de la marche sanglante du jeudi 16 décembre.

Mais cette marche est également devenue un symbole pour les partisants de Laurent Gbagbo. Charles Blé Goudé, ministre de la jeunesse et chef charismatique des Jeunes patriotes promettait la semaine dernière d’aller vider la « République du Golf » « à mains nues ». Une action potentiellement explosive tant ces jeunes sont remontés contre les casques bleus, mais finalement annulée. Ces derniers entourent l’ensemble de l’établissement, campant dans les grands jardins. Principalement des Bengladais et des Jordaniens qui s’entraînent la journée à des manoeuvres anti-émeute. Juste au cas où.

Photos : Romain Mielcarek

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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