OPEX : la perspective historique

Michel Goya revient sur les Opérations extérieures avec un regard d’historien. De la fin de la guerre d’Algérie à celle, toute proche, d’Afghanistan, il décrypte les phases successives de cette approche moderne du conflit. Le principal moteur du changement de méthodes de nos armées est pour lui le fruit d’une approche politique qui a évolué radicalement.

Dans les années 1960 à 1980, l’action française a été fortement marquée par de nombreux déploiements en Afrique. Au cours de ces opérations, les contingents bénéficiaient d’une importante liberté d’action de la part du pouvoir politique. Une cinquantaine d’opérations qui ont démontré « d’un savoir-faire français reposant sur une chaîne de commandement rapide, un consensus général sur cet emploi « discrétionnaire » des forces, des unités prépositionnées, des éléments en alerte, une bonne capacité de projection à moyenne distance mais aussi sur un décalage qualitatif énorme entre les soldats français et les bandes mal armées et mal équipées qui constituaient généralement nos adversaires. »

Progressivement, le politique va changer son approche du conflit. De l’intervention au maintien de la paix, les militaires français vont perdre une chose précieuse : l’ennemi. « On abandonnait donc la stratégie à l’adversaire tout en se contentant d’une simple mise en œuvre de moyens sous forme de présence », analyse Michel Goya. Une approche initiée au Liban et qui se poursuivra jusqu’après la fin de la Guerre froide.

Au cours de la dernière décennie, les processus d’intervention et de déploiement seront soumis à une lourdeur croissante et progressive. Le besoin d’obtenir l’aval de la communauté internationale, la dépendance vis-à-vis de moyens matériels américains et la peur de perdre des hommes en déployant des troupes au sol vont considérablement alourdir la capacité opérationnelle tricolore. Une réalité qui aura comme résultat en Libye, en 2011, d’avoir demandé « dix mois à la plus puissance coalition militaire de l’histoire -créée pour stopper en quelques jours une offensive massive du Pacte de Varsovie- pour venir à bout d’un dictateur et de sa milice ».

A la fin de cette reconstruction historique de l’évolution de nos opérations extérieures – dont on peut lire le détail ici -, Michel Goya conclut qu’elle ne pourra que continuer. Cette « inhibition politique » et la « raréfaction attendue des opérations » n’y changeront rien : les OPEX ont souvent été des surprises et cela devrait continuer. Pour l’auteur du blog La voie de l’épée, « l’ère des OPEX est loin d’être terminée ».

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