Le livre du lundi : La guerre pour l’opinion publique

L’information fait l’objet d’une véritable guerre dont les outils moderne de communication ont révolutionné l’usage. Arme du faible face au fort, avantageant les combattants asymétriques, elle réclame de nos armées la mise en oeuvre d’une stratégie novatrice et intelligente.

La guerre pour l’opinion publique.

Fort d’une expérience de trois ans à la tête du SIRPA Terre, le général Benoit Royal revient sur son expérience de communicant opérationnel. Il fait ainsi un double constat. Le premier, c’est celui de l’échec médiatique d’une presse toujours plus soumise à des problématiques d’urgence et de limitations budgétaires. Le second, en guise de réponse au premier, c’est le besoin de communiquer efficacement pour éviter la désinformation, par omission et manque de sources ou par volonté de nuire.

En effet, pour l’auteur, la guerre de l’information est avant tout l’arme du faible au fort dans un contexte de conflit asymétrique. L’insurgé a tous les avantages : aucun besoin de se justifier, peu d’ouverture à la presse pour vérifier ses propos, une opinion qui n’exige pas un comportement irréprochable. A l’opposé, la force occidentale devra faire preuve d’une attitude exemplaire et démontrer en permanence et dans la continuité qu’il mène un travail de qualité répondant à toutes les attentes d’une opinion publique d’autant plus hostile qu’un conflit est éloigné de ses frontières.

L’ère de la communication a ainsi démultiplié la notion de « caporal stratégique ». Les dérives d’un seul et unique soldat, médiatisées dans le monde entier, peuvent avoir un impact considérable sur les opinions. L’opinion occidentale, d’une part, qui sera ainsi exposée à ce qu’elle percevra comme la barbarie de sa propre armée, difficile à soutenir. L’opinion locale, d’autre part, qui en viendra ainsi à douter des objectifs de cet acteur étranger omniprésent dans son quotidien et dont elle peine à saisir les objectifs et les résultats.

Besoin de communiquer, donc, constate le général Royal. Mais une communication défensive : il s’agit plus de répondre aux agressions médiatiques de l’adversaire et d’éviter la désinformation que de chercher à l’inquiéter par une action d’influence plus pro-active. On évitera ainsi de communiquer sur les morts ennemis, pour éviter toute velléité de représailles de celui-ci. On utilisera également les failles du système médiatique pour échapper aux questions qui fâchent : lors de crises, on diligentera une enquête dont les résultats tomberont quelques semaines plus tard … quand les priorités de la presse regarderont dans une autre direction.

Face à ces nouvelles réalités, il valide enfin le besoin de former tous les acteurs de la défense, chacun à son niveau. Si les officiers ont déjà habitués à faire face aux requêtes de la presse, il faut aussi que les soldats du rang le soit. D’autant plus que leur parole est presque plus précieuse pour les médias qui y voient un message plus honnête et représentatif que celui d’un chef. Même chose pour les réseaux sociaux. Plutôt que de les interdire dans le champs des opérations, il faut sensibiliser et instruire les troupes pour en faire un usage intelligent.

La guerre pour l’opinion publique
Benoit Royal
Economica
Mars 2012
105 pages
14 €

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