« Nous, jeunes officiers, sommes inquiets des gaspillages et des coupes budgétaires »
Une dizaine de lieutenant s’invite dans le débat sur le Livre blanc et le budget de Défense. Au travers d’une longue tribune anonyme, publiée sur le site FranceTV, ils dénoncent des gaspillages.
La démarche rappelle celle, il y a quelques années, d’un groupe d’officiers supérieurs et généraux regroupés sous le pseudonyme de Surcouf. Ils avaient alors dénoncé dans Le Figaro la tournure du nouveau Livre blanc de 2008. Plus récemment, c’étaient des diplomates qui prenaient la plume en tant que Marly dans les colonnes du Monde pour s’inquiéter de la prise de contrôle de l’outil diplomatique par le pouvoir politique. Cette fois, c’est un groupe de jeunes lieutenants, issus de différents corps, qui entame son propos en citant Marc Bloch (lire l’intégralité de la tribune ici). Ils prennent ainsi directement pour cible les coupes budgétaires anticipées au sein des forces, présentée comme une menace grave :
De l’extérieur, des forces étrangères, qui manipulent nos gouvernements, diffusent dans l’opinion française l’idée que l’armée n’est plus nécessaire, que ses effectifs peuvent être réduits, que ses moyens peuvent diminuer, que son matériel et son armement peuvent être désuets.A l’intérieur, des hommes, des officiers supérieurs et de prétendus « hauts » fonctionnaires bloquent la nécessité d’une réforme juste, nécessaire, qui nuirait aux intérêts de généraux, de colonels et d’énarques, mais qui serait néanmoins salutaire et dont les seuls prémices suffiraient à lancer le signal d’un redressement.
A l’inverse de la tendance que semblent prendre nos forces armées, ils réclament une prise de conscience des besoins matériels. Pour rester opérationnels et continuer la mission, ils appellent à un réarmement. Ils défendent cette position en évoquant le sort des nombreux employés d’une industrie qui reste pour l’instant forte. Ils remarquent aussi qu’au delà d’une poignée de programmes symboliques, souvent mis en avant de par leur côté high tech, les militaires continuent d’avoir de nombreux besoins :
« Ce réarmement doit prioritairement concerner l’équipement individuel des soldats. Il ne s’agit pas du programme Félin, qui les alourdit de dizaines de kilos, mais de gilets pare-balles, de chaussures, de robots, de drones, de munitions, de fusils d’assaut, de treillis de qualité. Ce choix stratégique doit être imposé par le Parlement aux groupes du complexe militaro-industriel. La France a besoin de capacité opérationnelle. Pour retrouver une réelle capacité de projection, l’armée a besoin de transporteurs blindés, d’un deuxième voire d’un troisième porte-avions, d’hélicoptères et d’un deuxième groupe aéronaval. Elle a besoin de blindés sur roues, de matériel chirurgical.«
Les auteurs, enfin, ne remettent pas en cause le besoin de réaliser des économies. Et là aussi, ils formulent des reproches sévères envers l’institution, son organisation et les politiques de recrutement et de ressources humaines en cours :
« Aujourd’hui dans cette armée, 5 500 généraux qui devraient être à la retraite sont artificiellement maintenus en activité dans un statut appelé la « 2e section ». Dans le même temps, des dizaines de milliers d’emplois de militaires du rang et de sous-officiers sont supprimés.
Aujourd’hui, trop d’officiers sont toujours recrutés, alors que, déjà, des centaines de colonels n’ont pas de commandement. Pour les occuper avant leur retraite (où ils partiront travailler dans le secteur privé, après que leur sera versée une juteuse prime de départ), ces officiers supérieurs sont remisés à des postes administratifs qui deviennent autant d’obstacles bureaucratiques à l’efficacité opérationnelle.
La troupe n’est pas exempte de reproches. Un système très complexe d’indemnités et de fausses contreparties dissimule mal des iniquités qui nuisent au moral des soldats. Le système de solde doit être réformé en profondeur, et simplifié. »
Qu’un groupe d’officiers en arrive à prendre la parole de cette manière montre à quel point le dialogue reste difficile dans les rangs. Anonymes, ils offrent un discours privé de l’échange de la parole indispensable à la recherche d’une meilleure intelligence. L’anonymat empêche la modération et la retenue qui rendent accessible le propos (le public peut-il entendre l’appel de trois porte-avions ?). A une époque où l’institution militaire défend officiellement l’intérêt de ce dialogue, voici un exemple du climat dans lequel il peine à s’instaurer, à une heure où de lourdes décisions doivent être prises. Surtout, plus qu’à un public averti de militaires, de chercheurs et de journalistes suivant ces questions, c’est à la Nation tout entière qu’ils semblent vouloir rappeler leur place au sein de la société.
Photo : Steve Mohundro
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Comment gagner le marathon des jeux olympiques en se tirant une balle dans le pied?
Ces revendications sans logique de nos braves officiers ne font que porter le discrédit sur les armées plutôt que d’alerter la population. Le bon peuple pense donc désormais qu’en supprimant le deuxième section (qui au passage est un statut « honorifique » assorti d’une pension de retraite calculée comme pour tout retraité de la fonction publique civile ou militaire) l’on pourra se payer trois porte-avions et des godillots neufs pour la troupe. Et que si les soldats n’ont n’a pas toutes ces bonnes choses, c’est parce que les militaires (et donc les mêmes soldats) se gobergent avec des salaires de joueurs de football primes comprises. Saisir les parlementaires pour traiter la question des primes, pain béni pour nos braves élus qui veulent préserver leurs propres carences.
Au bilan, je ne suis pas sûr qu’ils s ‘agissent vraiment de militaires, je pense plutôt à une provocation d’officines voulant se préserver des réformes (6 Giga€ d’économies en 2013) et désigner des boucs émissaires.
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A propos du commentaire précédent je pense qu’il porte un jugement un peu trop subjectif sur l’article. Une partie des déclarations des auteurs de cette tribune est justifiée. En effet, si la demande de trois portes avions est plutôt fantaisiste dans le contexte actuel de réforme des finances publiques sur fond de crise financière, les autres points évoqués sont bien vus même si mal exposés.
Sur la question de l’équipement du fantassin.
Commençons par le fusil. Notre bon vieux FAMAS est le fruit de notre orgueil à vouloir à tout prix concevoir notre propre fusil d’assaut au lieu de faire comme beaucoup de pays, acheter la licence de l’AR-15 (plus connu sous son appellation militaire M16) et produire notre version de l’arme. Je n’aurai rien dit là dessus si le FAMAS avait été un bon fusil malheureusement ce n’est pas le cas. Il a bien sûr été décris comme un bon fusil mais seulement dans les prmeières années qui ont suivi sa mise en service car depuis de nombreux problèmes se sont accumulés: la munition originale qui n’est plus produite, les réglages mécaniques difficiles d’accès car nécessitant de retirer le garde main (problème que n’ont pas le SCAR-L, le HK416, le CZ 805 Bren, etc.) et puis mon préféré, son incapacité à rester un fusil moderne dans le temps (contrairement à l’AR-15 et ses dérivés). L’adoption d’un nouveau fusil d’assaut semble logique et je pense que cela se fera dans les années à venir.
Sur le programme FELIN, plusieurs soucis. D’une part le poids, pour le coup je pense que les auteurs de la tribune se trompent. Si aujourd’hui le poids de ces équipements est important, soit il sera diminué avec le temps grâce à la miniaturisation des technologies employées, soit des systèmes d’aide au portages seront développés (sur ce point des recherches déjà en cours aux USA alors pourquoi pas chez nous dans un avenir plus ou moins proche). Cependant il demeure une aberration dans ce programme, la conception d’un FAMAS FELIN. Un fusil complètement inutile puisque le FAMAS est condamné à disparaître. Pourtant une nouvelle version du fusil voit le jour avec une pseudo-poigné tactique fixe qui sert de télécommande pour les accessoires FELIN. Un grand gaspillage quand on aurait pu concevoir directement une véritable poignée tactique modulaire pouvant se fixer sur support rail Picatinny (ce que l’on fera après adoption d’un nouveau fusil et qui par conséquent nous coûtera encore un bras). Autre aberration du programme, la réalisation d’un gilet pare-balles qui n’utilise pas la grande innovation des gilet tactique les passants MOLLE rendant le gilet modulable à volonté pour répondre correctement aux exigences de chaque mission, pour chaque rôle du combattant (grenadier, fusilier mitrailleur, etc.). J’en resterai là sur ce programme.
La question de la tenue, évoquée dans dans la tribune, est là aussi intéressante. LUS Army a mis au point fin 2000 la coupe de treillis dite ACU (Army Combat Uniform) pour remplacer l’ancienne coupe (BDU, Battle Dress Uniform) qui a depuis été reprise par énormément de pays pour deux raisons majeures: c’est tenue avec une coupe ample et portée sans ceinturon donc confortable (déjà vrai pour le BDU) et c’est surtout une tenue où les poches sous la ceinture ont été supprimé en faveur de poches à document placées sur les bras en faisant une tenue parfaite pour le port du gilet pare-balles. En France, la plupart des unités ont toujours l’uniforme F2 qui ne présente pas ces avantages. Plus grave encore, la tenue T3 fortement inspiré de la tenue ACU a été finalement rejeté au profit d’une nouvelle tenue certes sans ceinturon mais présentant des poches sous la ceinture qui sont absolument inutiles (et accessoirement laides) en cas de port du gilet pare-balles CIRAS actuellement en usage par la plupart de nos troupes déployées au Mali, je ne parle même pas du pare-éclat. Je m’arrêterai là sur l’équipement du fantassin, inutile de tout critiquer.
Les matériels (véhicules à roues notamment)
Notre parc de véhicules est vieillissant mais depuis un moment nous travaillons à corriger ce problème avec l’adoption de nouveau matériels. Tout d’abord avec le Caesar, là pas de critique, il permet de rappeler à tous que l’Artillerie Française demeure la meilleure au monde (depuis 1775!).
Je ne vais pas non plus m’étendre sur les problèmes d’entretien du Leclerc ou les problèmes de coût des pièces détachées qui immobilisent beaucoup de véhicules ce n’est pas un secret.
Je vais plutôt parler d’un problème beaucoup plus grave: le VBCI. Décrit comme LE nouveau véhicule qui va moderniser notre infanterie, celui-ci présente néanmoins un énorme défaut qui ne semble pas avoir été remarqué par grand monde. Le VBCI n’est pas un véhicule modulable, à l’inverse de ses concurrents comme le LAV III (ou Stryker) ou encore le Pandur II (en version 8×8). Ces deux derniers présentent l’avantage de pouvoir recevoir un très grand nombre de tourelles ou de tourelleaux dont les armement peuvent aller de la mitrailleuse 12.7 au canon de 105 sans oublier les missiles filoguidés soit seules en tourelle soit en supplément sur une tourelle disposant déjà d’un canon de 30 et d’une mitrailleuse coaxiale de 7.62. Le VBCI n’aura jamais de telle possibilités puisque son châssis n’est pas prévu pour ça (sauf pour les missiles en suppléments de la tourelle de 25 actuellement disponible ce qui semble être à l’étude).
Ce qui fallait à notre armée c’était un châssis unique qui aurait été la base de toute une famille de véhicules pouvant réaliser tout le spectre des missions actuelles et de demain. En plus de faciliter les chaîne de logistique et d’instruction cela aurait permis de réduire de façon importante la part de budget à allouer à l’achat de pièces détachées.
Ce problème ne sera pas corrigé avec le VBCI mais les autres programmes en cours semblent avoir retenu la leçon (le châssis du VBMR sera peut être plus modulable).
Sur la Marine
C’est pendant la Seconde Guerre Mondiale que nous avons appris, principalement avec l’expérience acquise durant la guerre du Pacifique, que le porte-avions est le centre de gravité d’une flotte. C’est d’ailleurs l’une des raisons de la disparition des cuirassés qui jusque là tenaient ce rôle. Le porte avion permet de disposer d’un point de ravitaillement pour nos appareils et peut transporter un grand nombre de personnels en vu d’un débarquement.
Est-ce raisonnable de demander un second porte avion? Sans doute, cela nous permettrait de pouvoir agir sur deux front maritimes efficacement. Est-ce raisonnable de demander trois porte-avions? Personnellement je ne pense pas. Ce serait un budget trop conséquent pour une utilisation sans doute trop peu fréquente au regard de nos activités militaires dans le monde. Si encore nous disposions de véritables troupes de marines (comme les USA ou le Royaume-Uni) là question pourrait peut être se poser mais aujourd’hui nos « troupe de marines » ne sont que des soldats comme les autres simplement dotés d’un nom de tradition.
Les traditions et les soldes…
Cette dernière remarque me permet de continuer sur un dernier point. L’armée française, en fait l’armée de Terre française est dans une impasse que ces dirigeant ne veulent pas débloquer. La dessus je suis entièrement d’accord avec les auteurs de la tribune. Le problème vient de l’orgueil d’un petit nombre pour la plupart issus des armes de la Cavalerie et de l’Infanterie (qui comme par hasard constituent la plus grande partie de notre armée de généraux) qui ne veulent pas que les choses changent.
Évitons de traiter des noms des régiments qui n’ont plus aucune signification, le but n’est pas de s’entendre la dessus (même si les soldats des RPIMA ne verront probablement jamais de navire et que les Spahis et les Cuirassiers se servent aujourd’hui des mêmes matériels). Citons quand même le contre-exemple admirable du 2° Régiment de Hussard qui a su renouer avec son passé de Cavalerie Légère et d’éclaireur en se spécialisant dans les renseignements dans la profondeur du dispositif adverse.
Premier point, l’intérêt trop grand que les officiers (et en conséquence leur soldats) portent à leur arme ce qui conduit à deux phénomènes: l’ostracisme parfois flagrant à l’égare des autres armes, et pour ceux qui parviennent aux plus hautes fonctions le « copinage » entre officiers d’une même arme. Sur ce dernier point songeons un instant aux derniers Livres Blancs dans lesquels les régiments les plus touchés par les fermetures étaient presque tous de toutes les armes sauf de l’Infanterie et de la Cavalerie, là encore hasard. Le système devrait être remis en question, l’adoption d’un système plus « à l’américaine » où les hommes sont plus attachés à leur division qu’à leur arme pourrait être une solution mais en France, nous n’avons plus de division. Qu’à cela ne tienne, nous avons effectivement toute une foule de Colonels sans commandement, autant s’en servir au lieu de les faire travailler en groupe là où seulement deux d’entre eux pourraient faire le même travail.
Mais au fait, pourquoi a-t’on tant de Colonels et de Généraux? C’est bien simple, la plupart des très haut gradés qui prennent les décision ne veulent pas que l’on touche à la sacro-sainte Ecole Spéciale Militaire dont ils sont en majorité issus, alors que la solution radicale pour réduire sur le long terme le nombre d’officiers supérieurs est évidement de couper l’approvisionnement à la source! En réduisant drastiquement les recrutement à l’ESM et en augmentant les places d’officiers sous contrat le nombre d’officiers supérieurs finira par redescendre à la normale d’ici quelques années. Bien entendu en attendant nous sommes bien obligé de payer les officiers déjà dans le système.
Ce qui nous amène aux soldes. Les soldats français sont affreusement mal payés si l’on compare à leur camarades étrangers. Pour donner un ordre d’idée, un Staff Sergeant (équivalent Sergent Chef dans l’US Army) avec 12 ans d’ancienneté touche environ $4500 par mois soit environ 3460€. C’est supérieur à la solde d’un Lieutenant en France. Mais en même temps je vais être naïf et espérer que ce n’est pas la solde qui motive les jeunes Lieutenants à rejoindre nos forces armées.
De toute évidence les auteurs de la tribune font en fait référence à un autre problème, celui du nouveau logiciel de distribution des soldes dont le lancement a été pour le moins peu glorieux avec des soldes qui n’ont pas été distribuées pendant parfois plusieurs mois forçant même certains militaires à contracter des emprunts pour pouvoir continuer à vivre! Ce n’est qu’un avis personnel mais je suis sûr que si nos généraux avaient vu leur propre solde ne pas être versée le problème aurait été résolu bien plus rapidement.
Je reconnais que je dresse dans ce commentaire un portrait peu glorieux de l’armée de Terre. Mais lorsque le système présente des problème je pense qu’il vaut mieux s’y attaquer. Je ne prétend pas non plus tout savoir ou tout comprendre mais se poser des questions et débattre est toujours plus intéressant que de s’arrêter à la simple déclaration « oui mais c’est plus compliqué que ça ». Il n’y a pas de problème il n’y a que des solutions!