Louvois : les militaires concernés devront rembourser 106 millions de trop perçus jusqu’en 2015

Après l’urgence qui a suivi la débâcle du système Louvois, le ministère de la Défense court à présent après les trop perçus. 106 millions d’euros distribués en trop, que les militaires vont à présent devoir rembourser.

Les militaires en opérations, extérieures comme intérieures, ont été particulièrement concernés par les défauts de paiement. © EMA / ECPAD

Les militaires en opérations, extérieures comme intérieures, ont été particulièrement concernés par les défauts de paiement. © EMA / ECPAD

Les galères du nouveau système de paiement des soldes, Louvois, devraient continuer de se faire sentir sur la durée. Après les premiers cafouillages, depuis l’été 2012, qui ont vu des dizaines de milliers de militaires payés de manière aléatoire, le ministère de la Défense a assuré une réaction de crise expéditive. Des fonds ont été débloqués pour pouvoir règler le problème dans l’urgence, en attendant que le système informatique fonctionne pleinement.

Résultat : 30,5 millions d’euros d’avances et 4 millions d’euros de remboursements ont été versés. Et dans la manoeuvre, de nombreux militaires ont reçu plus qu’ils ne devaient toucher. Ce seraient 106 millions d’euros en trop qui ont été distribués … et qu’il va maintenant falloir récupérer. Ces sommes, qui vont de 50 à quelques milliers d’euros, seront réclamées aux concernés à partir des semaines à venir.

Le contrôleur général des armées Jacques Feytis, qui dirige les ressources humaines du ministère de la Défense, a assuré jeudi matin que les situations seraient réglées dans une compréhension humaine des réalités des uns et des autres. Il prévoit l’envoi de toutes les notifications de remboursement d’ici la fin de 2013 pour que les concernés puissent commencer à reverser les trop perçus courant 2014, voir même encore plus loin dans le temps pour ceux qui auraient des situations financières fragiles.

La loi prévoit, dans une telle situation, que l’Etat fasse « cadeau » des sommes trop perçues, lorsqu’elles sont inférieures à 30 euros. Dans le cas Louvois, la majorité des dossiers concerneraient de petites sommes, mais tout de même plus élevées que ce seuil. Une minorité de dossiers serait de plus particulièrement complexes à gérer, demandant parfois une journée entière de traitement pour un seul cas. Pour les plus grosses sommes, certains militaires ont eu le réflexe de les rembourser immédiatement. Les autres devraient recevoir une réclamation du ministère dans les jours et semaines à venir.

Fiasco Louvois : pas de responsable

« Des dysfonctionnements informatiques, ca existe» estime le contrôleur général des armées Jacques Feytis. « C’est plus choquant lorsque cela touche des militaires en opération, à l’étranger ou outre-mer », admet-il. Il estime que le travail en bon intelligence et l’application d’un plan d’urgence fin 2012 ont permis de rassurer les soldats en retard de soldes, luttant contre le sentiment d’abandon qu’ont pu ressentir certains.

La prise en compte du problème a été mauvaise. Alors que dès juillet 2012, en pleine période annuelle de mutations, quelques 70 000 dossiers commencent à causer des soucis, il faudra attendre la fin de l’année pour prendre la mesure du fiasco. En cause, au delà d’un logiciel mal adapté, des soucis de ressources humaines. En pleine réforme de la carte militaire, les armées ont du réduire leurs effectifs administratifs pour préserver ceux directement opérationnels. Résultat : on tranche dans le gras des centres de soldes, précipitant la mise en oeuvre de Louvois … sans aucune marge de manoeuvre.

Le commissaire général hors classe Jean-Marc Coffin, directeur du commissariat des armées, explique que « les agents de paiement sont des gens très recherchés : lorsqu’ils ont appris que leurs lieux de travail étaient menacés, ils se sont naturellement redirigés vers les bassins d’emploi locaux ». Beaucoup quittent le navire juste avant qu’il ne touche l’iceberg. Il faudra même retenir en urgence une cinquantaine d’entre eux pour assurer la relève.

Louvois n’est pas une mauvaise chose, estiment les deux administrateurs. L’intention initiale est bonne : réduire les délais de paiement des primes des militaires, qui jusque là, touchaient toutes leurs primes annuelles en deux versements fixes. Plus de réactivité donc, et un peu d’économie de moyens en uniformisant le système des soldes dans la recherche de gains de productivité indispensables à la mise en oeuvre du nouveau format des armées. Des projets qui sont arrivés au mauvais moment, en pleine mutation organisationnelle, dans une institution aux ressources humaines extraordinairement complexes : les systèmes de paiement de l’armée doivent prendre en compte 170 primes et indemnités différentes, variables selon les périodes et les activités du personnel.

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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Commentaires (1)

  • Vitoux

    C’est simple de se faire tuer pour des gens qui vont dire Ben oui c’est leurs métier mais j’aimerais savoir si c’était le métier de leurs fils je ne pense pas que la réflexion serait la même ?

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