Mali : Elle finit quand la guerre ? « Le mois prochain »

Les Français quitteront le Mali le mois prochain. C’est ce que promettait hier François Hollande. Oui, mais le mois dernier, ses ministres parlaient de mars. Ces effets d’annonce ont-ils une utilité ?

Début mars : des légionnaires cherchent et combattent les djihadistes dans le massif de l'Adrar.

Début mars : des légionnaires cherchent et combattent les djihadistes dans le massif de l’Adrar.

Les interventions militaires de la dernière décennie ont systématiquement eu tendance à se transformer en fardeau politique. L’ampleur de la tâche, surtout dès lors qu’elle confronte des armées conventionnelles à des insurrections, est telle que les opinions se lassent rapidement d’un engagement coûteux en finances publiques et en hommes. François Hollande et son gouvernement semblent vouloir échapper à tout prix à cette spirale qui tendait dès les premières semaines de Serval à hurler à l’enlisement.

Quatre soldats français ont été tués au Mali, en près d’un mois et demi d’opérations sur place. En marge d’un déplacement ce mercredi à Varsovie, en Pologne, le chef de l’Etat a annoncé deux nouvelles. La mauvaise était la mort du brigadier-chef Wilfried Pingaud. La bonne, c’était le début du retrait des troupes tricolores de ce théâtre dès le mois d’avril. François Hollande, précisant que les combats dans Serval était entré dans sa « phase ultime », promet que dès le mois prochain, après un long mois de mars marqué par les opérations contre les poches djihadistes, « il y aura une diminution du nombre de soldats au Mali ». Une promesse confirmée dès ce matin sur RTL par le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

Le patron du Quai d’Orsay, tout comme son homologue à Brienne, Jean-Yves Le Drian, annonçaient pourtant déjà début février un début de désengagement … au mois de mars. Déjà, après trois semaines d’opérations, la déclaration du ministre de la Défense pouvait passer pour optimiste. On peut à présent s’interroger sur l’intérêt et les conséquences de ces effets d’annonce, sur la mission des militaires.

Le mois de mars devrait en tous les cas être marqué par des phases de combat intenses. Les Ifoghas restent un territoire hostile et complexe à sécuriser. Les militaires français et africains sur place semblent pourtant avoir obtenu de bons premiers résultats, neutralisant à présent plusieurs centaines de djihadistes et d’importantes quantités d’armes. Deux des principaux leaders d’AQMI, Abou Zeïd et Moktar Belmoktar (chef d’une branche dissidente), auraient été tué. Si Paris n’a pas encore confirmé cette information, François Hollande a laissé entendre mercredi que « des chefs terroristes ont été anéantis ».

Les 4000 soldats français présents au Mali pourront-ils bien rentré en France le mois prochain ? Pour paraphraser Jean-Yves Le Drian lors d’une interview le 6 février dernier : oui, « si tout va bien ».

Photo : ECPAD /G. Mariette

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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Commentaires (2)

  • anonymous

    L’élan guerrier du premier mois aura tourné court et l’illusion n’aura pas duré : les incompétents qui nous dirige sont à l’évidence plus soucieux de préserver leur côte de popularité que d’assumer leur responsabilité jusqu’au bout. Résultat, des militaires dont le moral est sévèrement touché à chaque annonce de ce type, car ces mêmes militaires savent très bien que les armées africaines ne sont pas en mesure de prendre le relais de la France avant de très longs mois, alors commencer à parler de retrait pour avril est complètement irresponsable voire même dangereux. Mais l’on ne s’étonne plus de rien avec Hollande, fabius et compagnie…(Heureusement notre mindef rehausse la qualité de ce gouvernement)
    Comme disait si bien le général Bigeard : « Dans une guerre, ce qui se passe, ce n’est jamais ce qu’on avait prévu. Alors, ce qui compte, c’est d’avoir le moral! »

    Au passage, je félicite Romain Mielcarek pour son blog, très agréable à lire.

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