Livre Blanc : Scorpion ou contrat opérationnel, il va falloir choisir

Le pire pourrait avoir été évité pour la Défense française mais un certain nombre de programmes d’équipement risquent d’être largement remis en cause. Le rejet de la proposition budgétaire de Bercy sonne donc comme une victoire en demi-teinte.

Préserver au maximum les effectifs, une priorité pour l'Etat-major de l'armée de terre. ©EMA

Préserver au maximum les effectifs, une priorité pour l’Etat-major de l’armée de terre. ©EMA

Le suspense touche à sa fin. La commission de rédaction du Livre blanc pour la Défense et la sécurité national s’est réunit pour la dernière fois ce lundi. Bilan des opérations : frustrations et insatisfaction, selon les mots du sénateur socialiste Daniel Reiner, rapportés par l’agence Reuters. Les différents intéressés ont regretté le manque de marge budgétaire pour boucler ce terrible exercice, qui aura semble t-il plus consister à sauver les meubles qu’à interroger la Nation sur son futur stratégique.

Ces dernières semaines, deux pistes ont principalement filtré dans la presse. La première, baptisée Z, défendue par le ministère des Finances, prévoit une réduction du budget de la Défense de quelques 30 milliards d’euros. Pour les militaires, une telle hypothèse serait catastrophique et impliquerait une remise en question totale du rôle de la France. La seconde, nommée Y, protège ce qu’il est possible de sauver en limitant la casse à une baisse de 15 milliards d’euros. Le journaliste Jean-Dominique Merchet révèle aujourd’hui que le Conseil de Défense, réunit à l’Elysée ce matin, aurait finalement opté pour cette dernière solution.

Rien n’est pourtant encore joué : le Livre blanc doit être publié courant avril et d’ici là, il est toujours possible que la tête de l’Etat change d’avis. Dans tous les cas, même cette seconde hypothèse, Y, amènerait le budget de la Défense nationale à passer sous le seuil des 1,5% du PIB. Un seuil qu’un certain nombre de parlementaires refusent de franchir, menaçant de ne pas voter le projet le cas échéant. Seuls les écologistes ont refusé d’entrer dans ce débat.

Des programmes sacrifiés

L'A400M, malgré l'urgence qu'il représente pour les capacités stratégiques de projection, pourrait souffrir des reports de commandes. ©EADS

L’A400M, malgré l’urgence qu’il représente pour les capacités stratégiques de projection, pourrait souffrir des reports de commandes. ©EADS

Les industriels français semblent ne pas être parvenus à faire entendre une voix unanime. Beaucoup des sacrifices consentis au cours des prochaines d’années pourraient remettre un certain nombre de programmes en question. Toujours selon Reuters, le chef d’Etat-major de l’armée de terre pourrait chercher à préserver  au maximum les effectifs. C’est donc le matériel qui devrait éponger la réduction budgétaire.

Les industriels en sont conscients et craignent évidemment de ne jamais voir arriver certaines commandes. Le programme Scorpion, qui prévoit une modernisation et une rationalisation de l’intégralité des matériels de l’armée de terre d’ici une dizaine d’années pourrait être largement remis en question. Des choix stratégiques risquent de s’imposer sur l’achat d’autres matériels qui se font pourtant cruellement attendre, comme l’avion de transport A400M, les ravitailleurs en vol, les drones ou encore la nouvelle génération de satellites de renseignement.

Rappelons qu’outre le personnel du ministère de la Défense, militaire et civil, ce sont près de 4000 entreprises qui composent le tissu industriel et économique français. Autant de familles pour lesquelles ces réductions de commandes sur un marché déjà tendu risquent d’avoir des conséquences terribles. Cet argument a largement fait la force de ceux qui s’opposaient aux propositions de Bercy : consentir de telles baisses dans le budget de la Défense aurait des retombées catastrophiques sur l’ensemble de la société française.

Toutes ces mauvaises nouvelles restent pourtant sans commune mesure avec les fuites qui avaient laissé craindre le pire, comme le rapportait Jean Guisnel sur son blog début mars. Il évoquait alors une « apocalypse budgétaire pour les armées », annonçant pèle mèle la vente du porte-avions Charles de Gaulle, des reports de commandes d’hélicoptères, une réduction d’effectifs de 50 000 hommes supplémentaires ou encore la remise en question du déménagement des principales administrations militaires à Balard.

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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