« Je veux croire que les responsables exécutifs n’oublieront pas leur engagement envers nos armées »

Christophe Guilloteau, député et membre de la commission sur le Livre Blanc, adresse ici une lettre ouverte au président de la République, au gouvernement et aux parlementaires de la commission Défense nationale :

"Avec un budget de la Défense établi à 1,2 % du P.I.B, notre intervention se serait certainement arrêtée le 11 janvier au soir." ©ECPAD

« Avec un budget de la Défense établi à 1,2 % du P.I.B, notre intervention se serait certainement arrêtée le 11 janvier au soir. » ©ECPAD

Avant que vous n’accédiez aux hautes responsabilités qui sont les vôtres aujourd’hui, vous avez siégé, comme moi, à la commission de la Défense nationale et des Forces armées à l’Assemblée nationale. A ce titre, dans l’accomplissement de vos mandats parlementaires, je me souviens que vous avez toujours insisté pour que la France continue de disposer de moyens militaires performants pour assurer sa sécurité, la défense de ses intérêts dans le monde, et son rang sur la scène internationale. A plusieurs reprises, chacun d’entre vous s’est élevé contre la tentation mainte fois exprimée par certains de traiter le budget de la Défense comme une simple variable d’ajustement. Tous, vous avez étudié, salué et soutenu les efforts faits par nos armées pour contenir leurs dépenses et rationaliser leur fonctionnement.

Au Mali, l’armée française se montre digne de la confiance qu’ensemble nous avons placée en elle. Elle effectue, seule, une tâche que peu d’armées au monde seraient en mesure d’accomplir. Luttant contre des factions qui ne font pas mystère de leur volonté d’exporter le terrorisme sur notre territoire, elle redonne vie à l’État malien.

Avec un budget de la Défense établi à 1,2 % du P.I.B, notre intervention se serait certainement arrêtée le 11 janvier au soir.

L’action de nos militaires permet au chef de l’État et au gouvernement, en dépit des difficultés de toutes sortes que nous rencontrons, de faire entendre et respecter la voix de la France dans le monde.

Alors que les travaux du Livre Blanc s’achèvent, alors que le ministre de la Défense vient d’annoncer que la Loi de Programmation Militaire prévue avant l’été était reportée à l’automne, alors que des rumeurs non démenties, à ce jour, circulent sur une baisse conséquente du format de notre armée, je suis inquiet quant au futur budget qui sera présenté à la commission de la Défense nationale et des Forces armées et, par la suite, au vote du Parlement.

En effet, certains, pour qui la sécurité de la Nation ne semble pas être une priorité, proposent de réduire drastiquement les moyens de notre outil militaire, et ce, sans prendre en considération les conséquences dramatiques qu’aurait un tel affaiblissement tant sur le plan militaire et diplomatique, qu’économique et social.

Si ces propositions devaient être adoptées, il ne s’agirait pas d’une simple réduction supplémentaire de crédits, mais bel et bien de l’abandon par notre pays de son rang de grande puissance, de sa capacité à intervenir partout où la démocratie est menacée, comme notre armée l’a fait en Afghanistan, en Libye, et aujourd’hui au Mali.

Sans oublier la perte de compétence induite, tant par nos forces armées que par notre industrie, que l’une et l’autre seraient incapables de retrouver dans les années à venir. Cette adoption ferait de la France une puissance régionale, contrainte de s’en remettre à d’autres pour sa défense et sa sécurité, incapable de garder la maîtrise de son avenir et dont la parole ne serait plus écoutée.

Par chance, c’est vous, anciens parlementaires, membres de la commission de la Défense nationale et des Forces armées et, à ce titre, ardents défenseurs de notre outil militaire, qui êtes aujourd’hui en charge de ces décisions qui sont certainement parmi les plus importantes que vous aurez à prendre pour l’avenir de notre pays. Je veux croire que les responsables exécutifs que vous êtes devenus, n’oublieront pas leur engagement de parlementaire et que vous saurez, au nom de cet engagement passé, assurer à nos armées les moyens humains et techniques de continuer à défendre la Nation.

Veuillez croire, Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre, Messieurs les Ministres, Chers anciens collègues, à l’assurance de ma très haute considération.

A propos de l'auteur

Christophe Guilloteau est député (UMP) du Rhône, secrétaire de la commission Défense nationale et représentant du Parlement au sein de la commission du Livre Blanc.

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