Corée du Nord : Dieu, un passeur pour les réfugiés

En Corée du Nord, le christianisme est perçu comme un vecteur d’influence étrangère et donc d’espionnage. Les forces de police ont pour ordre d’appréhender toute personne soupçonnée d’avoir un lien avec les croyants, faisant de ce pays l’un des principaux persécuteurs de chrétiens dans le monde. A la frontière, côté chinois, des missionnaires sud-coréens et chinois consacrent leur temps à aider les réfugiés à fuir. Rencontre avec l’un de ces rescapés, Bu-Heong Hyun, 25 ans, qui étudie aujourd’hui aux Etats-Unis dans l’université du Midland.

La foi contre une aide pour fuir, un marché qu’acceptent de nombreux réfugiés.

Romain Mielcarek – Pouvez-vous vous présenter rapidement ?

Bu-Heong Hyun - Mon nom est Bu-Heong Hyun. J’ai 25 ans. J’ai quitté la Corée du Nord quand j’avais 14 ans. La police m’a attrapé et m’a renvoyé en Corée du Nord où j’ai terminé dans une prison. Je ne m’attendais pas aux traitements que j’ai subi. Nous avons fui à cause de la faim. Mais nous étions considérés comme des traîtres. J’avais peur. Mon père et ma mère, qui avaient fui en même temps que moi, ont également été emprisonnés. J’ai réussi à me sauver de la prison dans les jours qui ont suivi.

Romain Mielcarek – Que s’est-il passé ensuite ?

Bu-Heong Hyun - Je suis retourné en Chine. Là, une famille chrétienne m’a recueilli. Ils aidaient les réfugiés nord coréens. Ils ont pris soin de moi pendant deux ans.

Au milieu des années 1990, beaucoup de Nord Coréens ont fui. Pendant cette période, des missionnaires parcouraient la région côté chinois pour apporter de l’aide. La plupart étaient chinois ou sud coréens et évangélisaient les réfugiés. C’est comme ça que moi-même, je suis devenu chrétien. En Corée du Nord, j’avais vu un film qui dénonçait les activités religieuses. Le christianisme était décrit comme quelque chose de mal à la télévision. C’est tout ce que je connaissais de cette religion.

Le gouvernement chinois est très concerné par les activités des missionnaires. La police interpelle systématiquement les missionnaires. Beaucoup sont battus. Les autorités chinoises et nord coréennes sont très proches. Elles ne peuvent donc pas laisser les missionnaires aider les réfugiés en toute impunité. Beaucoup terminent en prison.

En 2004, le pasteur Chun Ki-won m’a baptisé. L’année suivante, il a organisé ma fuite vers la Corée du Sud. Au cours du voyage, celui que j’avais pris l’habitude d’appeler « grand-père » a eu un accident. Il est mort en traversant le Mékong. C’était un Américain d’origine coréenne.

Romain Mielcarek – Et maintenant ?

Bu-Heong Hyun - Aujourd’hui, ma mère est en Corée du Sud. Elle a pu fuir en même temps que moi. Lorsqu’elle était en Chine, elle n’était pas croyante. Elle a trouvé la foi lorsqu’elle a fait le voyage, très dangereux, vers la Corée du Sud. La région est infestée de soldats qui doivent empêcher les réfugiés de passer. Je n’ai aucune nouvelle du reste de ma famille.

Maintenant, j’étudie les relations internationales, aux Etats-Unis. Je pense que je connaitrai la réunification entre les deux Corées. Notre génération sera la première à vivre cela. Nous aurons besoin de gens formés pour aider notre pays à s’intégrer au sein de la communauté internationale.

Je sert à l’église tous les dimanches et je pratique ma foi à chaque minute de ma vie.

Photo : DR

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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© 2009-2013 Romain Mielcarek

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