L’OTAN a-t-elle laissé mourir 63 naufragés fuyant la guerre libyenne ?
Une enquête du Conseil de l’Europe conclu à la responsabilité de l’OTAN dans la mort de 63 Africains fuyant la Libye l’année dernière. Alors que l’embarcation de fortune dérivait, l’un des passagers serait parvenu à donner l’alerte. Un appel au secours qui pourrait avoir été ignoré par les navires de guerre de pas moins de trois pays européens, en opposition avec toutes les lois maritimes les plus élémentaires.
Le 25 mars 2011, un groupe de clandestins africains décide de fuir la Libye en guerre par la mer. L’embarcation, comme beaucoup des moyens de transports improvisés qui traversent la Méditerranée en direction de l’Italie, finit par sombrer. Après quinze jours de dérive, les passagers se retrouvent à l’eau, pas très loin de Misrata. Sur les 72 malheureux, 63 sont morts, dont deux bébés achevés par la faim et la soif.
Si ce drame se démarque de beaucoup d’autres, c’est parce qu’il aurait pu être évité. L’un des passagers comprend après moins d’une journée de navigation que le petit bateau ne s’éloigne guère des cotes libyennes et qu’ils n’ont aucune chance d’atteindre un jour l’Europe. Grâce à son téléphone, il contacte un prêtre érythréen basé à Rome. Une alerte qui parviendra aux autorités italiennes qui confirment l’avoir reçue et transmise le 27 mars.
La poignée de survivants témoigne du passage d’un hélicoptère militaire, d’origine inconnu une nuit, qui aurait largué des vivres. La frégate espagnole Mendez Nunez croise dans le cadre de l’opération de l’OTAN non loin de l’accident. Un navire italien, le Borsini, non déployé sous mandat otanien, n’est pas très éloigné non plus. Les témoins évoquent même le passage d’un troisième bâtiment qui pourrait être le Charles de Gaulle. Il leur faudra à partir de là attendre cinq jours de plus pour être secourus.
Tineke Strik, rapporteuse néerlandaise d’une enquête du Conseil de l’Europe, conclu à la responsabilité de l’OTAN. Les marines de l’Alliance n’auraient pas respecté le droit maritime le plus élémentaire en portant secours à des naufragés localisés. Un responsable de l’organisation confirme anonymement que sauver les malheureux aurait été « du gâteau ». Les auteurs du rapport invitent les Etats concernés à mener des enquêtes pour établir l’origine de ces tragiques erreurs. Ces derniers ont préféré jusqu’ici faire profil bas, ne collaborant que partiellement au travail d’enquête mené par le Conseil.
Photo : US DoD
