Relations Chine / Inde : l’économie peut-elle réchauffer le dialogue ?

Le Premier ministre chinois Li Keqiang a rencontré son homologue indien Manhoman Singh pour la promotion d’un partenariat stratégique visant à ouvrir davantage les produits indiens au marché chinois, tout en réchauffant des relations sino-indiennes plus que tendues.

Les meilleurs amis du monde : les leaders de l'Inde, de la Russie, de la Chine et du Brésil affichent leur entente en 2008. ©Kremlin

Les meilleurs amis du monde : les leaders de l’Inde, de la Russie, de la Chine et du Brésil affichent leur entente en 2008. ©Kremlin

La Chine et l’Inde appartiennent au petit groupes des puissances qu’on appelle émergentes, pour ne pas dire déjà émergées. Les fameux BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ont été mis en avant en 2001 par l’économiste Jim O’Neill de la banque Goldman Sachs. Pour mémoire, la notion « d’émergence » se diffusa à partir de 1990 dans le milieu de la finance. Elle avait pour but de désigner principalement les marchés émergents aux bonnes perspectives d’investissements.

Depuis quelques années, on assiste tout doucement à une nouvelle redéfinition de l’ordre mondial à la fois multipolaire et multirégional. Ces nouveaux acteurs mondiaux ont un profil économiquement similaire : ils disposent d’une croissance soutenue, de relations dites verticales (sud / sud) et d’un rapport coopération / concurrence.

Pourtant, la Chine profite plus de l’Inde aujourd’hui que réciproquement. En témoigne le rapport d’investissement, largement favorable à l’Empire du milieu. Le déséquilibre commercial entre les deux pays est de 29 milliards de dollars en faveur de la Chine en 2012. Si cette dernière veut atteindre un seuil d’échange de 100 milliards de dollars avec l’Inde d’ici 2015 ( contre 66 milliards en 2011), elle doit remédier à ce déséquilibre.

« Concernant les inquiétudes indiennes sur le déficit commercial, la Chine souhaite que davantage de produits indiens puissent avoir accès au marché chinois », a déclaré Li Keqiang. Comme pour beaucoup de pays en développement, la Chine est le premier partenaire commercial de l’Inde. Cependant l’Empire du milieu achète surtout des matières premières (soja, fer, coton) qu’elle transforme en biens manufacturés.

Des tensions territoriales toujours vives

Au delà de la bataille pour le leadership en Asie et de l’alliance apparente lors des réunions des BRICS, une multitudes de tensions demeurent entre la Chine et l’Inde. Historiquement, la frontière de l’Himalaya est une zone de discorde et l’Inde n’a pas encore digéré sa défaite face à la Chine de Mao. Depuis 1962 ce n’est pas moins de quatorze cycles de négociations qui se sont suc cédés, sans résultat.

La Chine et l’Inde n’arrivent pas à s’entendre sur le tracé des frontières himalayennes depuis l’indépendance indienne en 1947. Un espace qui s’étend tout de même sur plus de 4000 km dans la chaîne de montagnes.

Le 15 avril dernier, des troupes chinoises de l’armée populaire de libération (APL) auraient pénétré dans une zone située entre le Ladakh indien et Tibet chinois, espace revendiqué par l’Inde. Pendant trois semaines, troupes chinoises et troupes indiennes se sont faites face. Le 5 mai dernier un accord est signé de justesse entre les deux pays. Il en a résulté que chaque partie s’engage à se retirer de la zone convoitée.

Chine et Inde, meilleurs ennemis

Diplomatiquement chacun des deux pays y va de sa petite pique et finalement, c’est la suspicion qui demeure.

La Chine a condamné l’Inde pour son rapprochement avec les Etats-Unis. Elle y voit une manœuvre anti-chinoise. Pourtant, diplomatiquement parlant, ce rapprochement est limité. Le pays s’est surtout positionné à l’égard des autres BRICS. En témoignent ses relations croissantes avec le Brésil et l’Afrique du Sud.

En contrepartie, l’Inde ne supporte le rapport entre la Chine et le Pakistan, rival historique. Depuis 1962, les deux pays disposent d’une coopération florissante, notamment en matière de défense et de nucléaire.

A propos de l'auteur

Charles Rassaert est journaliste indépendant et photographe. Grand voyageur, il s'intéresse à différents enjeux géopolitiques. Il termine actuellement une thèse sur l'émergence du Brésil et l'utilisation politique de l'éthanol comme atout diplomatique au Centre d'étude de l'Atlantique sud et du Brésil (Paris IV).

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