Une prothèse directement contrôlée par le cerveau humain

Des chercheurs américains ont développé une prothèse de jambe intelligente. Directement activée par la pensée de son porteur, elle sera testée grandeur nature dimanche dans l’ascension d’un immeuble de Chicago. L’armée américaine place beaucoup d’espoirs dans ce projet.

Cette jambe bionique doit permettre d’initier des mouvements de la jambe amputée, de gagner en liberté d’action tout en réduisant l’effort requis.

Ce pourrait être une simple prothèse de plus. Pourtant, celle-ci est bien particulière : elle ne réagit pas au mouvement de son porteur mais à ses pensées. Cette jambe bionique est développée depuis quelques années par le Rehabilitation Institute of Chicago (RIC). Ce dimanche, elle devrait être révélée au grand public pour la première fois. Zac Vawter, une sorte de pilote d’essai pour cette prothèse, grimpera les 103 étages de la tour Willis à Chicago au cours d’une course annuelle connue dans la région.

Cet homme de 31 ans a perdu sa jambe dans un accident de moto. Cette jambe diffère des prothèse qu’il a pu utiliser jusqu’ici en ceci qu’elle est intelligente. Elle ne répond pas simplement au déplacement de son corps mais à des impulsions nerveuses. Il peut ainsi initier le mouvement en le pensant. Les tests lui auraient jusqu’ici permis de marcher, de grimper des escaliers ou des frapper dans un ballon. La jambe bionique est connectée à son moignon par une dizaine d’électrodes positionnées sous sa peau où elles peuvent ainsi communiquer avec les nerfs du reste du membre. Elle demanderait de la part de son porteur beaucoup moins d’efforts qu’une prothèse classique qui demande 60% d’énergie en plus qu’une jambe normale.

Ce projet est soutenu à hauteur de 8 millions de dollars par le Département de la Défense américain qui y voit un intérêt direct pour ses 1200 à 1300 blessés ayant du être amputés. Plus globalement, il y aurait actuellement 600 000 amputés de la jambe aux Etats-Unis qui pourraient à terme bénéficier de cette technologie. Le RIC se concentre pour l’instant sur les membres inférieurs, estimant que ceux-ci sont plus stratégiques que les supérieurs. Les chercheurs estiment en effet qu’un incident sur une main bionique causerait la chute d’un verre tandis que celle d’une jambe causerait celle de la personne.

Le RIC est considéré comme le laboratoire de recherche pionnier en matière de médecine intelligente aux Etats-Unis. L’équipe qui pilote ce projet de jambe bionique espère que les résultats de Zac Vawter dimanche viendront valider le concept. Le cas échéant, ce serait un « grand pas » de franchit qui pourrait laisser entrevoir la commercialisation de ces prothèses d’ici quelques années.

Photo : Rehabilitation Institute of Chicago

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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