Taqiyya : qu’est ce que l’art de la ruse en islam ?

Le journaliste Alain Gresh s’attaque à un éclairage sur son blog Nouvelles d’Orient sur la Taqiyya publié dans le Nouvel Observateur. Pour ce spécialiste de l’Orient, le regard posé par certains médias sur la problématique de la ruse relève du cliché le plus grotesque.

Dans les écrits martiaux de l’islam, la Taqiyya est une éloge de la ruse qui doit permettre au musulman d’échapper à ses ennemis. Dans les récentes affaires de djihadisme, ce terme se rapporte en général à des combattants préparant des actes terroristes tout en feignant de mener une vie à l’occidentale des plus normales. Cette discrétion nourrit toutes les craintes et rappelle que certains de ceux qui ont participé aux tueries les plus dramatiques ne s’étaient distingué ni par une longue barbe traditionnelle, ni par une véhémence particulière dans leurs propos.

Dans l’article du Nouvel Observateur, l’auteur n’hésite pas à faire référence à certaines affaires récentes, parmi lesquelles celle de Mohammed Merah. Le jeune Toulousain a en effet ceci de spécifique dans son parcours qu’il est passé par de longues périodes de délinquance qui semblent l’éloigner d’un islam rigoriste. De là à y voir une forme de taqiyya, il y a du chemin. On frôle d’ailleurs le raccourci le plus rapide lorsque l’attaque du papier propose cette introduction :

« Ils boivent de l’alcool, s’affichent avec des femmes et ne fréquentent pas les mosquées. Adeptes de la dissimulation religieuse, ces fous d’Allah sont la hantise des services secrets. »

Alain Gresh épingle cette approche. Il souligne par ailleurs que le recours à la ruse par les musulmans a été historiquement perçu par les Occidentaux comme une forme de perfidie. Il remarque de plus que tous les mouvements terroristes ou militaires ont eu recours à ce type de protection, d’Action Directe à Sun Tzu. Il se permet à propos de ce dernier une pique intéressante :

« Ecrit il y a quelques milliers d’années et attribué à Sun Tzu, L’Art de la guerre définissait déjà la ruse comme un ingrédient essentiel de toute stratégie. Nul doute que Sun Tzu était déjà un musulman adepte de la taqiyya. »

Si le coup de sang d’Alain Gresh reste radical dans son approche, il met le doigt sur cette tendance à la simplification qui envahit la presse. Le sujet est pourtant particulièrement d’actualité : les djihadistes font effectivement régulièrement référence à la taqiyya pour encourager les candidats au djihad à la plus grande discrétion. Une réalité qui reste prise en compte par les services de renseignement qui ont toujours été confrontés aussi bien à des individus particulièrement visibles qu’à des acteurs presque impossibles à suivre.

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