Nucléaire iranien: la confiance sino-russe n’aide pas à obtenir plus de transparence de la part de Téhéran
Les bonnes relations entre l’Iran et ses amis russes et chinois ne simplifient pas la situation nucléaire. Moscou et Pékin, faute de durcir le ton face à Téhéran, réclament la transparence sans se donner les moyens de l’obtenir.
La confiance sino-russe réduit l’impact des mesures décidées par les Occidentaux pour faire pression sur le pouvoir iranien. ©ONU
Au cours de la dernière décennie les diplomates russes et chinois ont, à plusieurs reprises, tenté d’adoucir les sanctions du Conseil de sécurité. En commençant par celles qui pourraient contraindre leur collaboration économique avec l’Iran. Ils ont réussi à préserver leurs intérêts avec Téhéran en dépit des sanctions économiques de l’ONU.
En février 2010, Oleg Rozhkov, l’adjoint du directeur du département des affaires de sécurité et du désarmement du ministère russe des Affaires étrangères, a déclaré que la Russie considérerait uniquement les sanctions contre l’Iran qui « visent à la résolution des questions de non-prolifération et au programme nucléaire de l’Iran ». Il a par ailleurs mentionné que Moscou n’allait pas travailler « sur des sanctions ni sur des mesures qui pourraient mener à un isolement politique, économique ou financier de ce pays ».
À l’exception du cas des missiles S-300, les liens commerciaux entre la Russie et l’Iran n’ont pas considérablement été affectés. La Russie demeure l’un des principaux fournisseurs de l’Iran. Les firmes russes ont assumé un rôle prééminent dans l’aide au développement de l’énergie civile iranienne, comprenant également le secteur nucléaire. La construction de la centrale nucléaire de Bushehr a débuté dans les années 1970, à l’époque du Shah, puis le projet a été repris plusieurs années plus tard par les Russes. Cette centrale a officiellement commencé à produire de l’électricité en septembre 2011.
Au terme d’un accord avec l’Agence internationale à l’énergie atomique (AIEA), la Russie s’est engagée à mettre en oeuvre la centrale, à fournir le combustible nucléaire et à récupérer le combustible usagé pendant les premières années d’exploitation de la centrale nucléaire. Les russes coopèrent d’autant plus facilement avec l’Iran dans le développement du nucléaire civil qu’ils considèrent officiellement que ce pays ne cherche pas à utiliser son secteur nucléaire civil pour acquérir une arme nucléaire. En décembre 2011, le vice-ministre russe aux Affaires étrangères Sergei Ryabkov a déclaré : « nous avons vérifié des données montrant qu’il n’existe pas de preuves tangibles de l’existence de composante militaire dans le programme nucléaire de l’Iran ».
Une position diplomatique sino-russe en clair-obscur sur le programme nucléaire iranien
La Chine et la Russie demandent à l’Iran de s’abstenir de développer une arme nucléaire et de rendre son travail de recherche plus transparent. Dans le même temps ces deux pays ont souvent défendu les positions iraniennes au sein du Conseil de sécurité, voire même coopéré avec l’Iran dans le domaine nucléaire. Les diplomates chinois et russes notent que les sanctions existantes à l’encontre de l’Iran n’ont pas abouti à inciter l’Iran à abandonner son programme nucléaire et qu’au contraire Téhéran s’est davantage enfermée dans ses positions. Ils réclament un dialogue et des efforts renouvelés.
En juin 2010, au sein du Conseil de sécurité, Moscou et Pékin ont rejoint les positions occidentales et ont voté les sanctions contre Téhéran accusée de continuer ses activités nucléaires sensibles. Ces activités violent les précédentes résolutions interdisant à l’Iran d’enrichir l’uranium ou d’entreprendre d’autres activités qui pourraient contribuer au développement de ses armes nucléaires jusqu’à ce que Téhéran agisse avec davantage de transparence dans le cadre de sa recherche nucléaire.
Cette attitude sino-russe plus ferme vis-à-vis de l’Iran est devenue évidente quand la Russie et la Chine n’ont pas accordé à l’Iran le statut de membre de plein droit au sein de l’Organisation de coopération de Shanghaï. Elles estiment que l’Iran ne pourrait pas bénéficier de ce statut tant que ce pays fera l’objet des sanctions de l’ONU. Ni la Chine ni la Russie ne souhaitent que l’Iran n’acquiert l’arme nucléaire mais les deux partenaires ont toujours défendu le droit de l’Iran ou de tout autre pays de poursuivre ses activités nucléaires à des fins pacifiques telles que la production d’énergie. En 2007, le président Vladimir Poutine a synthétisé la position russe concernant l’Iran : « Nous ne disposons pas de preuves de l’intention de l’Iran de produire des armes nucléaires. Nous supposons donc que l’Iran ne poursuit pas de tels plans. Mais nous partageons l’inquiétude de nos partenaires et pensons que les programmes de l’Iran doivent être transparents ».
En mai 2008, dans une déclaration commune, le président chinois Hu Jintao et le président russe Dmitri Medvedev ont affirmé que « la Chine et la Russie proposent que le problème nucléaire iranien soit résolu par le dialogue et la consultation ». En septembre 2010, la Chine et la Russie ont mis l’accent sur une solution globale à longue échéance nécessaire pour « restaurer la confiance de la communauté internationale sur l’usage pacifique de l’énergie nucléaire par l’Iran ».
A l’issue d’une rencontre tripartite en novembre 2010, les ministres des Affaires étrangères chinois, indien et russe reconnaissent une nouvelle fois à l’Iran le droit d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. En juillet 2011 la Chine et l’Iran ont célébré le quarantième anniversaire de leurs relations diplomatiques, la Chine a profité de cette occasion pour rappeler qu’elle souhaite une solution pacifique au problème nucléaire iranien. Les Russes et les Chinois souhaitent probablement un changement de comportement des autorités iraniennes bien qu’elles craignent un changement de régime en Iran.
Si l’opposition iranienne venait à prendre le pouvoir, elle ne considérerait pas avec bienveillance le soutien sino-russe au président Ahmadinejad. Lors des manifestations de 2009, les protestataires ont vivement critiqué l’assistance sino-russe au régime iranien. Il a également été reproché aux Russes et aux Chinois leurs rapides félicitations au président Ahmadinejad après son élection contestée par l’opposition.
Extrait de : Chine, Iran, Russie : un nouvel empire mongol ?
Sous la direction de Thomas Flichy
Editions Lavauzelle
Mai 2013
92 pages
14€

