Opération Serval: ce que racontent les médias russes et chinois

L’interprétation des premiers déploiements français au Mali est bien différente en Russie ou en Chine de ce que l’on peut lire dans les médias occidentaux. Derrière cette lecture orientée, s’interprètent les positions diplomatiques.

Le traitement de la crise malienne entre le 11 et le 22 janvier 2013 révèle une différence de rythme entre les appareils de presse russe, iranien et chinois. Les journaux russes réagissent très rapidement en disqualifiant l’intervention française pour un certain nombre de raisons : la France poursuivrait une politique néocoloniale en Afrique, cherchant à extraire l’or et l’uranium d’Afrique de l’Ouest. Elle serait en outre, en train de payer son erreur libyenne.

Par un curieux paradoxe, la France combattrait au Mali les islamistes qu’elle a soutenus en Syrie. La guerre coûterait cher à la France, autour de 400 000 euros par jour. De plus, la France ne disposerait pas des forces nécessaires pour renverser les djihadistes. Contrairement aux affirmations de la presse occidentale, les touaregs ne soutiendraient nullement son intervention. A l’inverse, la France devrait s’appuyer sur les États-Unis afin de bénéficier de leur soutien logistique aérien et de leurs capacités de renseignement. Bref, derrière l’opération française se profilerait l’incontournable « Fukus axis », axe du mal inversé désignant la France, le Royaume-Uni, les États-Unis et Israël, puissances cherchant obscurément à culbuter la Russie.

La presse iranienne reprend rapidement l’essentiel des critiques russes et en ajoute une : l’offensive française est une opération de diversion menée par le président Hollande afin de détourner l’attention publique des véritables problèmes intérieurs.

De son côté, Radio Chine Internationale reste sur la réserve, se contentant de faire usage des guillemets afin de marquer sa désapprobation : « les offensives aériennes de l’armée malienne, appuyée par les frappes de l’aviation française, ont  » détruit » plusieurs bases-arrière des islamistes dans le nord du Mali. Il s’agit de frappes  »ciblées ». Les autorités de ces différents pays se disent convaincues que l’union fait la force et croient en un « aboutissement heureux » de cette « solidarité agissante » autour du Mali. »

La presse chinoise fait quelques allusions aux enjeux énergétiques de l’opération : « Alors que les troupes de la CEDEAO arrivent au Mali mercredi, ils seront rejoints par leurs homologues du Nigeria qui ont également quitté les rives du pays riche en pétrole le même jour. » La Chine relaie enfin habilement les déclarations des organisations humanitaires : « Les conséquences humanitaires d’une intervention militaire sont les déplacements de masse, les violences intercommunales et interethniques et la réactivation éventuelle de cellules terroristes dormantes dans le sud du Mali et dans la région. Une intervention militaire risque en outre de faire des morts et des blessés […] Les autres conséquences d’une intervention militaire sont la destruction des infrastructures et la réduction des services de base dans le Sud et dans le Nord; l’instabilité des prix sur les marchés; l’accroissement des taux d’insécurité alimentaire et de malnutrition [...] L’intervention militaire pourrait également entraîner une augmentation des violations des droits de l’homme ; les enfants seraient notamment particulièrement exposés au risque de recrutement et de séparation de leur famille. »

A l’inverse de la Russie et de l’Iran, la presse chinoise a par conséquent privilégié un traitement prudent de la question malienne. Le traitement par la presse chinoise, russe et iranienne de ces deux crises témoigne des différences d’approche existant entre les trois États. Il existe un véritable gradient entre une Russie prompte à se positionner, un Iran suiviste et une Chine plus prudente.

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Extrait de : Chine, Iran, Russie : un nouvel empire mongol ?
Sous la direction de Thomas Flichy
Editions Lavauzelle
Mai 2013
92 pages
14€

A propos de l'auteur

Thomas Flichy est docteur en droit, spécialiste de l'Asie centrale. Il enseigne à l'IEP de Bordeaux, à l'Ecole navale et à Saint-Cyr. Jean-Marie Holtzinger est spécialiste des relations sino-russes. Saint-Cyrien, il a été déployé dans les Balkans et en Afghanistan. Jérôme Pâris est officier au sein de la Légion étrangère. Il a commandé en Afrique et au sein de l'OTAN. Antoine-Louis de Prémonville est officier de l'armée de terre. Il est docteur en lettres, langues, linguistique et art.

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