Livre blanc : projeter le strict nécessaire

Le Livre blanc avance, en termes d’opérations et d’interventions, des formats plus raisonnables que son prédécesseur  Proches des réalités de ces dernières années, ces chiffres valident certains choix stratégiques.

Aujourd'hui, la France dépasserait le seuil des 6000 à 7000 soldats en opérations. ©EMA / ECPAD

Aujourd’hui, la France dépasserait le seuil des 6000 à 7000 soldats en opérations. ©EMA / ECPAD

Fini, le format à 30 000 hommes projetables en opérations. Le nouveau Livre blanc fixe une ambition plus raisonnable composée de deux volets. A l’international, dans un cadre de coalition, on parle désormais de 15 000 soldats, en cas d’événement majeur et pour une durée limitée. Pour des crises plus régionales, plus proches de nous, un premier échelon national d’urgence prévoit une force interarmées de réaction rapide (FIRI) avec 5000 hommes en alerte permanente, dont 2300 projetables sous une semaine.

Cette FIRI est assez illustrative de ce que l’on a pu voir récemment au Mali. Projetable à 3000 kilomètres de la France, elle s’appuierait sur son déploiement sur les moyens aériens et navals stratégiques ainsi que sur le réseau de forces prépositionnées dont dispose l’hexagone. A l’inverse d’autres chiffres parfois envisagés en 2008, celui-ci semble proche des réalités.

Sur la durée, la France prévoit de pouvoir engager l’équivalent d’une brigade terrestre en opérations extérieures, sur deux ou trois théâtres différents. 6000 à 7000 hommes auxquels il faut encore ajouter les forces terrestres ainsi que les structures de commandement, les moyens aériens et maritimes nécessaires à la mission. Ce volume semble particulièrement peu élevé. La France serait aujourd’hui déjà au dessus de ce seuil (Mali : 4000, Afghanistan : 1650, Kosovo : 300, Côte d’Ivoire : 450, Liban : 900, Tchad : 950 …). D’autant plus dans l’hypothèse d’une année aussi marquée en opérations que ce que l’on a pu voir en 2011 où Paris menait des opérations presque simultanées sur trois théâtres complexes : l’Afghanistan, la Côte d’Ivoire et la Libye.

Le document reprécise les zones de priorité de la France. Dans l’ordre, sont évoqués la périphérie européenne, le bassin méditerranéen, l’Afrique – du Sahel à l’Afrique équatoriale -, le Golfe Arabo-persique et l’Océan indien. Des régions connues de nos moyens militaires qui collent, à l’exception de l’Afghanistan, aux conflictualités de la décennie passée.

Ces chiffres, dont on pourra estimer qu’ils sont moins ambitieux, mais dont on pourra aussi remarquer qu’ils sont pragmatiques au vu des réalités économiques et stratégiques actuelles, posent la question des menaces. Les opérations récentes ont montré que la réponse globale à des conflictualités hybrides demandait des moyens colossaux. La volonté d’autonomie stratégique de la France paraît dès lors mesurée : elle peut rapidement intervenir avec des moyens conséquents, mais ne peut dans la durée offrir beaucoup d’outils de résolution de la crise. Une approche qui induit d’autant plus de travaux en coalition, avec l’OTAN et l’Union européenne, mais aussi avec les Nations unies.

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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Commentaires (1)

  • Collectionneur

    Capacité de projection en Asie de l’Est si ce petit jeu maritime ou tout le monde tacle tout le monde dérape ? …….

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