L’homme qui a tué Ben Laden, contraint de se cacher comme « un mouchard de la mafia »
Pour le monde, le 2 mai 2011, Oussama Ben Laden était tué par une équipe de Navy Seals américains. La fameuse Seal Team 6, l’un des commandos de forces spéciales les plus légendaires au monde. Un an et demi plus tard, les soldats commencent progressivement à redevenir des individus. Ici, le tireur offre un témoignage particulièrement poignant.
« Vous souvenez-vous où vous étiez le jour où Ben Laden a été tué ? » « Bien sur je me souviens. J’étais dans sa chambre, les yeux posés sur son cadavre. » Le Tireur, comme l’appelle sobrement le journaliste américain Phil Bronstrein, n’est plus un Navy Seal. Celui qui a porté le coup fatal au prophète d’Al Qaïda n’est plus qu’un homme abimé par 16 ans de carrière dans les forces spéciales, sans couverture sociale ni pension, à la recherche d’un emploi sans diplôme.
Il a accepté de témoigner, après un an d’échanges avec Phil Bronstein, de son expérience. Ce journaliste expérimenté, directeur du Centre pour le reportage d’investigation (Center for investigative reporting – CIR) s’est longuement entretenu avec l’ancien militaire. Ce dernier raconte comment à 19 ans, le jeune homme au coeur brisé par une rupture amoureuse s’est présenté dans un centre de recrutement de la Navy :
« Je veux être sniper.
_ Super, nous avons des snipers !
_ Sérieusement mec, vous n’avez pas de snipers dans la Navy. »
Finalement il signera son contrat et rejoindra les Seals. 16 ans à participer aux missions les plus difficiles. Souvent en Irak, souvent en Afghanistan. Des fouilles nocturnes de maisons remplies de femmes, d’enfants et de terroristes ou d’insurgés armés jusqu’aux dents. « Les nuits où nous ne tuions que cinq ou six types, nous perdions notre temps », se souvient le Tireur. Une fois, il se rend au Pakistan pour la mission ultime.
Aujourd’hui, abimé par sa carrière, il souffre de troubles visuels, d’arthrose et de lombalgie. Il a quitté l’armée. Mais seize ans de service, ce n’est pas suffisant : il n’a ni mutuelle pour assurer ses soins, ni pension pour payer ses factures. Sans diplôme, il rêve d’un job où il n’aurait pas à porter les armes. Celui qui se permettait de faire des blagues dans les moments difficiles de missions à haut risque vit aujourd’hui dans le plus grand secret. Les militaires craignent les représailles des djihadistes. Un temps, les autorités envisagent de les mettre, lui et sa famille, sous protection et sous fausse identité. « Comme un mouchard de la mafia », remarque le Tireur.
De ces entretiens, Phil Bronstein a tiré un film d’une vingtaine de minutes que Courrier international a traduit en français. Un document touchant et intéressant sur les sacrifices de certains militaires :
Corto Maltese
La reconnaissance de l’Histoire sera sa seul récompense. Quelqu’un qui donne de sa personne à son pays ne recevra rien en échange, c’est un fait historique.
Romain Mielcarek
L’histoire je ne sais pas, mais la société et la communauté militaire aujourd’hui attendent au moins une reconnaissance de la part de la Nation. Une reconnaissance qui se manifeste souvent au moins par une assistance médicale.
On parle ici d’un homme qui a servit 16 ans dans les forces spéciales. Il est surprenant de voir qu’à la fin, il se retrouve dans un tel dénuement … et en arrive à regretter le sacrifice consenti.
Corto Maltese
allons Romain ça a toujours été ainsi. Prenez l’exemple des gueules cassés… eux aussi ont été laissé de côté et que dire des français qui ont tenue contre les allemands jusqu’à leurs mort plutôt que la honte de la défaite ? Ils sont aujourd’hui moqués et ce sont les « planqués » qui ont ramassé les médailles et c’est leur version de l’histoire et leurs noms qui apparaissent dans les livres d’histoire.
Par contre les petit américains sauront (un jours) que le soldat ******** à tué Ben Laden mettant fin à la plus grande chasse à l’homme de l’Histoire… Ça c’est le genre d’histoires qui finissent dans les livres.
Romain Mielcarek
Je doute qu’on révèle son nom un jour, de peur de représailles contre lui de la part des djihadistes.
Je doute aussi qu’on moque ceux qui sont morts ou même ont fait la 2nd guerre mondiale.
Et malgré tout, on essaie aujourd’hui de palier au maximum aux difficultés que nos vétérans (français comme américains) affrontent au quotidien… que ce soit dans le domaine de la santé ou de la suite professionnelle. Il y a beaucoup de ratés malgré ces tentatives, mais je trouve que celle-ci est un exemple particulièrement impressionnant.