La guerre tue
Abou Djaffar se penchait il y a quelques mois sur les dernières réactions nationales à des soldats tués en opération. Entre judiciarisation et manque de culture militaire des élus politiques, il dresse un portrait sombre et cynique – comme à son habitude – de notre approche de la mort à la guerre.
[Erratum] Comme nous l’a fait remarqué l’auteur du billet en question : il date d’il y a quelques mois. D’où l’importance de toujours bien vérifier les dates ! Quoi qu’il en soit, le contenu reste parfaitement d’actualité…
L’ami Abou Djaffar a toujours la plume aiguisée et provocante à souhait. Il n’hésite ainsi pas à attaquer cet ancien billet par une citation bien sentie de Philippe Pétain : « le feu tue ». La judiciarisation de la guerre soulève un débat depuis quelques années au sein de la communauté militaire. Peut-on simplement porter plainte lorsque nos soldats sont tués en faisant leur travail ? Une partie de la société civile semble aller dans ce sens, soutenant les familles endeuillées dans des procédures judiciaires, notamment dans le cas de l’embuscade d’Uzbin.
La guerre, au sens large du terme, relève pourtant d’une toute autre réalité. Les procédures sont d’autant plus complexes qu’il ne s’agit pas ici d’établir une chaîne de montage dans une usine. Lorsqu’il y a des pertes humaines, le problème ne relève pas toujours de la faute individuelle et ne peut pas toujours se résoudre par la plainte. « La guerre, quoi qu’on dise, n’est pas une activité banale ou anodine, et elle obéit même à ses propres lois », remarque Abou Djaffar. Ce dernier de revenir sur cette réalité : la guerre est l’opposition de tacticiens et de combattants … dont ceux de l’adversaire peuvent parfois surpasser les nôtres.
Abou Djaffar conclut son analyse par un constat que nous ne pouvons citer que dans son intégralité :
« Avouons-le, nous ne sommes pas prêts à payer le prix d’une guerre, même d’intensité réduite. Nous refusons de voir et d’expliquer la violence chez l’ennemi, nous refusons – officiellement – d’en faire usage et nous cherchons, coûte que coûte, des responsables à blâmer pour nous cacher le terrible constat de notre faiblesse. Notre Président, littéralement obsédé par les victimes (comme je l’écrivais déjà ici, et encore là), est pris au propre piège de ses déclarations, toujours à l’emporte-pièce. Lui, qui finalement incarne si bien notre pays dans sa coupable candeur et son refus d’assumer quoi que ce soit, nous dit qu’on peut tout éviter, qu’il y a toujours un coupable, une erreur, que tout s’explique. Il nous dit qu’il n’y a pas de fatalité. »
Un billet à lire, sans hésitation, sur le blog d’Abou Djaffar.