Drones : Sénat et institution ne s’entendent pas

Fin de course pour le projet franco-israélien d’une version tricolore du Heron. Le Sénat coupe la bourse au ministère de la Défense qui ne pourra ainsi pas imposer son choix. Le budget finalement concédé ne laisse place qu’à une seule solution : l’achat sur étagère de Reapers américains. Des bricolages économiques pour une solution de courte durée … en attendant la nouvelle génération d’engins en développement.

Le Reaper, star américaine, devrait arriver dans les prochains mois sur les rangs français.

Le Sénat a tranché : il n’y aura pas de version tricolore du drone israélien Heron. C’était pourtant la proposition qu’avait retenu le ministre de la Défense, plébiscitée par la Direction générale de l’armement (DGA) et le ministère. Gérard Longuet avait opté l’été dernier pour un partenariat industriel entre l’israélien IAI et le français Dassault Aviation.

Au Sénat, on a préféré favoriser l’américain General Atomics et son drone Reaper, descendant du Predator. Un achat sur étagère qui générerait moins de coût mais qui serait surtout plus adapté aux besoins de l’armée française. Le Chef d’Etat-Major des Armées, l’amiral Guillaud, s’était d’ailleurs lui même prononcé en faveur de cette solution. Les sénateurs fustigent en passant la politique de la DGA qui n’a pas ouvert d’appel d’offre à l’Américain.

Pour parvenir à leurs fins, les parlementaires ont revu le crédit accordé pour cet achat. Il sera finalement de 209 millions d’euros. C’est 109 millions de moins que ce qui était prévu par la loi de finance 2012. Cette différence, c’est en réalité celle qui sépare le coût des Reapers américains et celle des Herons franco-israélien.

Mardi, Laurent Collet Billon, le Directeur général de l’armement, dénonçait catégoriquement l’achat sur étagère. Une politique qu’il qualifiait de « toxique« . Elle nécessite en effet des coûts d’entretien, un accès au pièces détachées et une formation des hommes plus complexes que l’adoption d’un engin de manière générique. Sauf que dans le cas de ces drones, dans l’attente du Telemos franco-britannique, on est par essence dans du transitoire.

Les sénateurs l’ont d’ailleurs bien compris. Sans refuser une certaine forme de patriotisme économique, ils interpellent Dassault sur sa politique de recherche et développement. Plutôt que d’investir dans un engin dont la pertinence ne sera que d’une poignée d’années, pourquoi l’industriel français ne mise t-il pas sur des drones armés ? Ce segment des plus porteur pourrait convaincre aussi bien parlementaires, militaires que politiques.

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Photo : Staff Sgt. Ricky Best

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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Commentaires (4)

  • jack22

    Je ne suis pas un spécialiste des drones;mais dans une période où l’on nous rabache les oreilles avec les économies à faire;et si en plus le modèle retenu est mieux adapté aux troupes Françaises,pourquoi pas?
    Pourquoi Dassault et la DGA ne fabriquent-ils pas ce type de matos;ce qui nous oblige une fois de plus d’etre tributaire des Américains?

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    • Romain Mielcarek

      Si le drone américain est choisit, Dassault ne fabriquera rien. C’est là tout l’enjeu. Dans ce cas, c’est un industriel américain qui profite de l’achat, au prix fort vu qu’il s’agit de petits volumes. Ca implique également des coûts d’entretien, de formation, de test beaucoup moins amortis que sur un appareil adopté de manière générique par nos armées. C’est pour cette raison que l’on évite d’avoir x véhicules ou x armes différentes.
      De nombreux militaires semblent préférer le Reaper. Le Sénat aussi, son coût étant moins élevé puisque l’engin est déjà opérationnel et produit en quantité.

      Le projet d’un drone Dassault/IAI sur le modèle du Heron implique des coûts de développement pour en faire un modèle destiné à nos armées. D’où un surcoût important. Ce projet est pourtant plébiscité par la DGA et par le ministère pour une raison simple : la recette est en partie encaissée par un industriel français, partenaire d’envergure de nos armées.

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  • Le marquis de Seignelay

    e copie-colle ce que j’ai dis (ou cité) sous un autre article :

    « L’argumentaire du Sénat : il conteste vigoureusement le choix de Dassault sur des bases militaires, et le coût de son offre en période de crise pour un engin non-disponible avant 2014.

    Pour aller plus loin, avec un autre son de cloche : « La vérité sur le lobbying militaire de Dassault »

    In : http://www.challenges.fr/entreprise/20111124.CHA7227/la-verite-sur-le-lobbying-militaire-de-dassault.html

    « Pourquoi cette coupe de 109 millions d’euros ? Le message des sénateurs est clair : cette somme représente la différence entre l’offre Heron TP du tandem Dassault-IAI (estimée à 318 millions d’euros), retenue par Gérard Longuet, et l’offre, largement inférieure, de drones Reaper de l’industriel américain General Atomics (estimée à 209 millions d’euros), que le ministère de la défense avait refusé d’étudier, malgré le soutien de l’état-major de l’armée de l’air et des troupes en Afghanistan. »

    « L’amendement voté en commission, qui dépasse clairement les clivages politiques (33 voix pour, une abstention, et seulement deux voix contre), prévoit également de limiter les investissements destinés à traiter les obsolescences du Harfang, le drone du tandem EADS-IAI actuellement utilisé en Afghanistan, en les limitant à 29 millions d’euros, pour investir 80 millions sur les études amont du programme de drone du futur. »

    In : RT @VincentLamigeon « Le Sénat dézingue le drone de Dassault » http://tinyurl.com/cd3yuy4

     » Les sénateurs insistent sur la capacité d’armement du Reaper (missiles antichars Hellfire, bombe guidées laser GBU-12 Paveway ou GPS GBU-38), capacité jugée essentielle par l’état-major de l’armée de l’air. A l’inverse, le Heron TP « n’est pas un drone conçu à l’origine pour emporter des armements », mais plutôt « un drone d’observation vraisemblablement optimisé pour le renseignement électromagnétique (…) conçu pour une mission de maraudage à faible vitesse au dessus du territoire israélien à des fins de surveillance des frontières ou des zones occupées ». Les sénateurs critiquent aussi sa « grande signature radar », due à ses dimensions importantes. »

    In : http://tinyurl.com/csya9tn »

    Pour aller plus loin :
    - RT @spyworld_actu Drones : vers une collaboration France / Allemagne http://tinyurl.com/cs5enl9
    - RT @spyworld_actu PJLF 2012 – Les drones, les programmes de communication et de renseignement http://tinyurl.com/cd5h7o2

    A voir qu’il s’agit de donner la suite aux Sperwer et aux Harfang. Pour les premiers, il s’agirait d’acheter des Watchkeeper britanniques (de Thalès UK si je ne m’abuse), et pour les seconds, il faudrait remplacer la solution intérimaire par une autre solution transitoire : Heron TP ou Reaper. Il y a enfin les solutions pour un drone MALE européen (solution pérenne de la filière) : le Telemos franco-britannique et le Talarion d’EADS qui refait surface.

    Oui, tout se joue entre Berlin, Londres et Paris, sous l’influence de Washington.

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    • Romain Mielcarek

      Oui, sur le fond nous sommes d’accord.
      Les pistes de partenariats avec d’autres Européens pour le développement de drones est effectivement à l’étude. Mais ces pistes souffrent de la même faiblesse majeure que le Heron : le temps qu’il faudra pour les développer. Un argument de poids sur un dossier à traiter en urgence.

      C’est aussi ce que les sénateurs reprochent aux industriels français : batailler pour concurrencer une urgence opérationnelle qui devrait être traiter sur l’étagère plutôt que de chercher des solutions durables pour les prochains marchés. Notamment pour les drones armés.

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