Témoignage – Taksim, le Peuple turc uni dans la rue (2/2)

Chiara Zani vit et travaille à Istanbul depuis deux ans. Elle nous lègue ici un témoignage saisissant des émeutes qui secouent actuellement la Turquie. 2/2

Lire la première partie.

Un manifestant affronte les policiers turcs sur le chemin de la place Taksim le 5 juin 2013. © DR

Un manifestant affronte les policiers turcs sur le chemin de la place Taksim le 5 juin 2013. © DR

La solidarité a une part active dans la manifestation. Les instituts publics et privés situés dans les zones concernées par la révolte ouvrent leurs portes, à n’importe quelle heure, pour protéger les manifestants. Des médecins bénévoles offrent leur aide dans les mosquées transformées en lieu de secours. Des familles ouvrent leur maison à ceux qui ont besoin de trouver un abri dans les zones les plus turbulentes de la ville et offrent thé et citron contre les effets du gaz au piment. Même les avocats se mettent à disposition de ceux qui ont été arrêtés et qui n’ont pas les moyens.

Vendredi dernier, la mobilisation a pris une nouvelle tournure à la suite des premiers blessés. Sans aucune annonce officielle, ni de vrai site Internet des militants qui puisse permettre la coordination des manifestations (« Occupy Gezi »a été créé dans l’après-midi de vendredi, des heures après les premiers affrontements), l’appel à manifester a été diffusé simplement à travers les réseaux sociaux : Twitter, Facebook et Tumblr. Moi-même j’en ai pris connaissance vendredi à travers des amis qui postaient sur  Facebook des photos et nous montraient le changement de perspective des manifestations.

Les jours suivants, ces moyens ont été les seuls à travers lesquels nous avons pu comprendre ce qui se passait dans les zones chaudes de la ville, face au silence total des chaînes d’information les plus renommées du pays.Alors que la Place Taksim s’embrasait et les violences explosaient, les chaînes télévisées les plus importantes transmettaient des émissions-bidons sur l’interdiction de fumer en Russie ou des documentaires sur les pingouins. Vendredi il n’y avait que deux chaînes qui transmettaient en direct sur Internet ce qui se passait dans la Place Taksim depuis des caméras fixes, ensuite ils se sont installés aussi dans la zone de Besiktas, où ont eu lieu les affrontements majeurs ces deux derniers  jours.

Les réseaux sociaux, quant à eux, grâce à leur diffusion horizontale ont eu un rôle majeur dans la connexion des différents groupes de participants et ils ont permis leur coordination. Grâce à Facebook, par exemple, 40 000 personnes se sont rencontrées samedi dernier à 5h du matin sur le côté asiatique d’ Istanbul pour traverser le symbolique Pont sur le Bosphore et atteindre à pied la Place Taksim alors que tous les moyens de transport vers la zone chaude étaient suspendus.

Twitter est encore le moyen privilégié pour avoir des mises à jour rapides entre les manifestants sur l’état des affrontements, il permet d’aider ceux qui sont en difficulté ou, pour ceux qui ne sont pas dans la rue, d’avoir des informations réelles, bien qu’éphémères, sur ce qui se passe vraiment. Le risque d’instrumentalisation est en fait très élevé maintenant d’autant plus que ces moyens d’information sont ouverts à toute voix ou opinion.

Depuis quelques jours, des photomontages et vidéos fausses élaborés avec Photoshop ont été publiés afin de discréditer les manifestants de Gezi Park, en les montrant comme des extrémistes sans règles et des violents. La rhétorique a tellement envahi les réseaux sociaux qu’ils ont désormais un vrai rôle actif dans les protestations.

Si je devais donner une image, ce serait celle du peuple turc en marche, de manière spontanée mais organisée. Il refuse toute influence politique et se propose comme un mouvement du peuple, « halk », né simplement de la frustration contre les récentes politiques du gouvernement. Maintenant il faut juste souhaiter une évolution concrète pour cette marche du Peuple. Mais déjà comme ça, j’ai trouvé pas mal de raisons d’admirer, ce Peuple Turc.

Traduction de l’italien : Giulia Galeano

A propos de l'auteur

Chiara Zani est interprète de conférence, elle vit depuis 2 ans en Turquie et s'intéresse de près aux questions de société dans le pays.

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