Les Nations unies veulent décoloniser la Polynésie française

Libérez la Polynésie ! Les Nations unies ont adopté un texte qui considère ce territoire d’outre-mer comme colonisé par la France et réclame des informations sur le sujet. Cette étonnante décision est le fruit de manoeuvre diplomatiques qui ne sont pas toujours désintéressées.

La France a progressivement investit les 118 huit îles de la Polynésie française au cours du XIXème siècle, afin de contrer l'influence britannique dans cette région. ©DR

La France a progressivement investit les 118 huit îles de la Polynésie française au cours du XIXème siècle, afin de contrer l’influence britannique dans cette région. ©DR

Étonnant cas d’école qui se déroule depuis quelques mois au sein des Nations unies. En février dernier, plusieurs petits Etats de la région Pacifique, dont les Iles Salomon, l’île de Nauru et l’archipel du Tuvalu, ont déposé un texte devant l’Assemblée générale pour réclamer que la Polynésie française soit ajoutée à la liste des territoires non-autonomes, à décoloniser. Une proposition finalement adoptée par concensus le vendredi 17 mai dernier. La France va dès lors devoir, d’ici juin prochain, présenter des informations sur ce territoire d’outre-mer afin de justifier l’autorité de la République sur ces terres.

La France a pourtant fait tout son possible pour contrer le texte. C’est d’abord le ministère des Affaires étrangères qui s’est manifesté en adressant un message aux 192 Etats membres des Nations unies. Puis c’est le sénateur polynésien Gaston Flosse, fervent nationaliste et président de la région, qui a écrit un courrier au président de l’Assemblée générale. C’est enfin l’Assemblée de la Polynésie française qui a adressé des voeux à l’ONU pour réclamer l’abandon du texte.

Paris assure en effet que la Polynésie française … est parfaitement française. Ses habitants ne réclameraient d’ailleurs pas l’indépendance puisqu’ils ont élu très majoritairement Gaston Flosse à leur tête. Ce n’est pas l’avis de son principal opposant, Oscar Temaru, indépendantiste historique qui est à l’origine de la mobilisation des Etats du Pacifique qui ont présenté le texte. Acceulli en héros par ses supporters à Papitee, il célèbre pour sa part un « droit inaliénable » de son peuple à disposer de lui même.

Des positionnements diplomatiques intéressés

Si les Etats à l’origine du texte sont pour la plupart originaires du Pacifique et défendent au travers de ce texte la logique de leurs propres indépendances, ils ont trouvé un soutien de poids … en Argentine. Buenos Aires s’est en fait félicitée de cette décision, remarquant que la Polynésie française avait « curieusement » disparu de la liste des territoires non-autonomes en 1963.

Pourquoi l’Argentine s’intéresse t-elle à la Polynésie française ? Tout simplement parce que sur la liste des territoires non-autonomes en question, on en trouve un autre qui continue de susciter des tourments diplomatiques : les îles Malouines, dont l’Argentine continue de contester la légitimité à la Grande-Bretagne. En appuyant le texte sur la Polynésie française, Buenos Aires trouve une nouvelle occasion d’attirer l’attention sur ce sujet.

Aux côtés de la Polynésie française et des Malouines, on trouve d’autres territoires sur cette liste : la Nouvelle-Calédonie (France), Guam (Etats-Unis), Montserrat (Grande-Bretagne) ou encore Tokélaou (Nouvelle-Zélande). Les pays gouvernants ces régions se sont tous opposés au texte sur la Polynésie, rejoints par l’Allemagne et le Mexique. Eux défendent le fait que les populations de ces régions sont totalement opposées à l’indépendance. Un référendum récent aux Malouines avait ainsi montré que 99% des habitants souhaitaient rester attachés à Londres.

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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