Retrait français : « Il est temps de lâcher la main des Afghans »
Le désengagement français d’Afghanistan progresse. Les soldats de la brigade La Fayette pourrait définitivement transmettre la responsabilité sécuritaire aux forces afghanes d’ici la fin de l’année. Ces derniers seraient prêts à prendre le relais, en attendant que les derniers détachements tricolores ne quittent progressivement le pays courant 2013.
Lorsque François Hollande promettait le départ des troupes françaises d’Afghanistan d’ici la fin de 2012, l’affaire semblait loin d’être gagnée. Six mois plus tard, le désengagement de la brigade La Fayette est presque une mission accomplie. C’est en tout cas ce qu’assurait son patron, le général Eric Hautecloque-Raysz, ce jeudi matin. Son but à mi novembre est clair : faire en sorte que ses soldats soient rentrés en France pour les fêtes de fin d’année.
Si l’ensemble de cette manoeuvre de désengagement s’est marquée par le départ des Français d’un certain nombre d’emprises en Kapisa et en Surobi, c’est en réalité fin mai qu’elle a commencé. Les tricolores ont alors lancé une vaste opération baptisée Hunting Spear 7 afin de sortir d’une posture défensive et d’imposer une forte pression sur les insurgés. En empêchant les rebelles d’étendre leur zone d’action, les militaires français ont couvert leur retrait de Tora, le 31 juillet, puis de Tagab, le 30 septembre.
Fin novembre, 47 convois de désengagement avaient déjà quitté les zones de l’est afghan en direction de Kaboul. Dans la capitale afghane, la mise en condition des matériels pour les réacheminer vers la France bat son plein depuis plusieurs mois et mobilise une partie des troupes. Pour le seul mois d’octobre, 34 gros porteurs ont décollé avec une centaine de véhicules et une centaine de containers. Direction : Abu Dhabi pour embarquer sur des navires cargo au départ tous les deux à trois mois. Aujourd’hui, près d’un tiers des équipements français ont quitté le pays. Une mission qui doit se poursuivre tout le début de l’année 2013, même si les voies logistiques risquent d’être parfois encombrées par l’arrivée dans la danse des autres Nations sur le départ.
LE RELAIS AFGHAN
« Les Afghans sont prêts, assure le général Hautecloque-Raysz. Il est temps de leur lâcher la main. » En Kapisa et en Surobi, ce sont quelques 7500 militaires et policiers qui ont pris le relais des Français. Ils seraient ainsi dix fois plus nombreux que les insurgés qu’ils combattent. Les efforts de renseignement tricolores évaluent en effet le nombre de ces derniers entre 450 et 600 hommes dans ce secteur. Les forces de sécurité afghanes, après avoir subit des pertes conséquences du fait des explosions d’IED, commenceraient aujourd’hui à mieux appréhender ce risque. Les Français auraient également encadrer la police afghane au travers d’une campagne de sensibilisation destinée aux écoles. La 3ème brigade de l’ANA, responsable dans l’ancien secteur tricolore, ferait preuve d’une bonne résilience en matière de pertes humaines et ne serait pas exposée aux attaques fratricides dont on a beaucoup parlé ces dernières semaines outre mesure.
Pour les forces de sécurité afghanes, l’hiver va être une période clef. Alors que les insurgés ont diminué leurs opérations plus tôt qu’appréhendé par les Français, c’est une phase cruciale d’occupation du terrain qui va commencer. Les militaires et les policiers de l’ANA et de l’ANP vont pouvoir profiter de ces quelques mois de répit pour renouer un contact privilégié avec la population et s’installer au coeur même de celle-ci. Cet ancrage pourrait être pour eux un avantage décisif pour entamer la prochaine fighting season, avec le retour du printemps 2013.
Début janvier, il ne devrait rester en Afghanistan que 1400 militaires français, dont l’effectif devrait décroître graduellement jusqu’à 400 hommes. Le gros de ces départs devrait être composé du bataillon logistique, le BATLOG, qui demandera encore un important effort humain en début d’année pour assurer le rapatriement des matériels. A l’été, le détachement Epidote, qui forme les officiers afghans, ainsi que les services de santé présents à Kaia et le détachement de l’ALAT devraient à leur tour lever le camp. Resterons dès lors quelques détachement localisés, affectés à la liaison avec les derniers éléments de la coalition et avec les troupes afghanes auxquelles étaient jumelés les Français.
Photos : EMA / Armée de Terre / Jérôme Bardenet

