Le renouveau de l’APL : l’illusion de la modernité (2)

C’est l’un des défis de l’Armée Populaire de Libération : montrer à quel point elle a rattrapé son retard technologique et comme elle dispose à présent de technologies capables de rivaliser avec celles employées par l´US Army. Sous-marins, missiles balistiques, défense anti-missiles, blindés … un trésor de matériels qui sur le papier illustrent la puissance militaire chinoise. Dans la pratique, Pekin garde un retard important.

Un J-10, le chasseur multirôle chinois.

L´armée chinoise a déployé une quantité impressionnante de matériels inédits au cours de son défilé militaire de 2009. L’APL est très discrète sur la réalité de ses équipements et cette soudaine exposition a captivé les spécialistes de la question. Difficile pourtant de dire quelles sont les capacités réelles des engins sans assister à des tests ou des démonstrations.

La Chine reste en retard en terme de capacité technique. Détentrice d´un parc colossal soutenant une armée aussi gigantesque, la modernisation est un travail de titan qui est loin d´être pleinement accompli. Les 7 000 chars, 4 500 blindés, 500 hélicoptères 400 navires et 3 500 avions sont dans la majeure partie des productions sovietiques ou des appareils chinois en grande partie héritiers de technologies russes volées ou contrefaites.

Pékin estime pourtant que son chasseur J-10, son hélicoptère Zhi-10 ou son missile JL-2 Julang répondent aux memes standards que les équipements occidentaux. Peu probable pour l´instant mais de plus en plus vrai c’est certain. Acquérir les technologies adéquates est une nécessité pour satisfaire les ambitions militaires chinoises et permettre le déploiement rapide de brigades polyvalentes n’importe où.

Le doute entretenu par Pekin joue un véritable rôle de dissuasion. Le tir de missile intercepteur effectué en janvier en réponse aux livraisons d’armes à Taiwan aux américains le démontre. Difficile de dire dans quelle mesure cet essai a été véritablement concluant du fait que la seule source d’information sur le sujet est le gouvernement chinois. Mais impossible de parier sur un montage car l’opération a bien eu lieu. Reste alors une infinité de nuances sur les vraies capacités d’un tel missile.

D’autant plus que les Chinois ont atteint le plus haut niveau dans certain domaines comme la cyber-guerre ou la stratégie spatiale.

Recherche et développement

Pékin démarre presque de zéro en terme d’équipements. Pour rattraper ce retard il faut investir lourdement. La vitesse à laquelle ce poste croit est totalement impossible à évaluer car il s’agit d’un budget parallèle à celui de l’armée elle-même.

Cette manière de pratiquer continue de soulever des protestations de la part des États-unis et du Japon qui aimeraient pouvoir évaluer le poids réel des dépenses militaires chinoises. Car au budget déjà énorme de 57 milliards d’euros, il faut donc ajouter celui de la recherche et du développement. Des budgets qui peuvent rapidement exploser lorsqu’il s’agit de technologies aerospatiales ou ballistiques.

Des experts interrogés par Le Figaro évaluent le budget réel de la défense chinoise entre 2 et 2,5 fois ce qui est annonce. Cette différence est due aux opérations non comptabilisées et à ces recherches. Cela donne une petite idée de l’effort scientifique fournit par l’empire du Milieux.

Photo : Retxham

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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Commentaires (4)

  • Thibault Lamidel

    Bonsoir,

    La situation chinoise est de plus, en apparence, incohérente. Par exemple, Pekin investit beaucoup dans les sous-marins classique (diesel électrique). Le jour où un sous-marin chinois (classe Song ou Kilo je ne sais plus) à fait surface au milieu d’un GAN américain, cette évènement spectaculaire (en liaison avec d’autres, comme les incursions dans les eaux japonaises par des sous-marins chinois) a justifié les craintes des américains (et japonais) sur la sous-marinade chinoise classique (hors les derniers Romeo).

    Par contre, la Chine fait un effort tout aussi important de développement scientifique, technique et technologique dans les sous-marins nucléaires. Pourtant, là où la chose semble être assez concluante dans les sous-marins classiques (assez concluante, je n’ai pas entendu parler de technologie AIP chinoise par exemple), le résultat l’est beaucoup moins pour les sous-marins nucléaires. Que ce soit les classe Xia, Han ou autre, ils sont toujours considérés par plusieurs sources comme les plus bruyant sous-marin nucléaire de la planète. Alors qu’on pourrait presque parler de deux génération chinoises de sous-marin atomique !

    Cette situation illustre, à mon sens, un certain paradoxe. Bien qu’un sous-marin diesel-électrique ou nucléaire ne soit pas bien sûr la même chose, ils partagent tout deux des technologies sous-marine qui bénéficie à l’un et l’autre (voir les relations entre SNA français et Agosta, Scorpène et Marlin). Donc quid des progrès chinois ?

    Cordialement,

    Thibault Lamidel

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    • Romain Mielcarek

      C’est effectivement un bon exemple que vous soulevez. J’avoue ne pas en connaître les détails.

      Il soulève en tout cas cette « incohérence » qui est en réalité une gestion différente des équipements en République Populaire de Chine. Jusqu’à présent Pékin n’avait aucune politique raisonnée en terme d’achats. Les commandes étaient passées dans l’urgence. Ce qui fait que par exemple on puisse acheter des matériels qui risquent de se retrouver rapidement obsolètes.

      Si dans le cadre de ses réformes, le ministère de la Défense a expliqué vouloir mieux penser sa politique d’achat, celà ne va pas se faire du jour au lendemain.

      Une question se pose également : le temps que les nouvelles générations de sous-marins chinois soient immergées et opérationnelles, l’achat d’engins inférieurs n’est-il pas justifié pour assurer à sa marine (qui est un axe prioritaire de développement) de maintenir cette force ? Je n’ai pas la réponse. Mais c’est finalement ce que nous autres français faisons dans notre armée de l’air en attendant les livraisons d’A400-M.

      Cordialement,

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  • Thibault Lamidel

    Bonjour,

    Votre question est juste. Mais elle se complexifie dans le cadre de la stratégie navale chinoise. Je m’explique.

    La Chine avance pas à pas dans le développement de sa marine. « Lentement » mais surement. Si la projection de puissance ne peut pas être encore assuré par des SNA dans de qualité « moyenne mondiale », il reste une mission originelle.

    Faire de la mer de Chine une mer chinoise. Et dans le cadre de cette mission, dans une mer aussi fermée et resserrée, il est utile d’avoir des sous-marins classiques. Comme on l’a dit, parce que la Chine sait à peu près bien les faire. Et comme j’ajoute, parce que c’est une mer par « petit fond » surtout (de 0 à 200m). C’est le genre de conditions où un sous-marin classique évolue plus aisément qu’un SNA. Pour rappel (autant à moi qu’à d’autres), quand le Koursk a coulé, c’était quand même un navire qui était plus long que la profondeur où il reposait (le Koursk fait 150m de long pour 110m de profondeur où il a coulé, à peu de chose près). C’est le problème des SNA « occidentaux » (en incluant les russes) qui tendent vers les 100 – 120 mètres alors que les sous-marins classiques restent dans une gamme de 50 – 70 mètres.

    Donc, tout cela pour dire que c’est peut être aussi pour rassurer leur marine. Mais dans le cadre de leur axe stratégique, c’est utile pour éloigner l’Us Navy.

    Si jamais vous aviez besoin d’étudier, pour une question ou pour une autre, je ne peux que vous conseillez « le portail des sous-marins » (que vous connaissez peut être déjà d’ailleurs) de Gilles Corlobé qui relève toutes les informations sur les sous-marinade de part le monde. Les articles sont archivés par sous-marinade, de quoi avoir un point de vu aisément étoffé.

    Cordialement,

    Thibault Lamidel

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    • Romain Mielcarek

      Oui effectivement je fréquente ce site.
      Je vais d’ailleurs le rajouter dans la section lien dés que j’ai un petit moment.

      Cordialement,

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