Un exercice militaire américain laisse entrevoir les difficultés d’une offensive contre la Corée du nord

Pendant que Kim Jong-Un joue à la guerre en photo et en vidéo à Pyongyang, les Américains font de même en Caroline du Nord. Au cours de leur exercice annuel Unified Quest, les forces terrestres ont pu s’interroger sur leurs capacités à se déployer face à un adversaire comparable à la Corée du Nord. Les résultats mettent en avant plusieurs faiblesses.

Des marines préparent leur matériel pour un exercice de débarquement amphibie. ©U.S. Navy / MCS 2nd Class Eric Crosby

Des marines préparent leur matériel pour un exercice de débarquement amphibie. ©U.S. Navy / MCS 2nd Class Eric Crosby

Il aura fallu aux forces de l’armée américaine 56 jours et 90 000 hommes pour prendre le contrôle de « North Brownland » et neutraliser son armement nucléaire. Cet hiver, un exercice majeur de l’Army, Unified Quest, consistait à simuler une opération contre un Etat disposant de la force nucléaire, dirigé par une famille de criminels entretenant la xénophobie. Si cette description ne suffisait pas, la plupart des cartes diffusées confirmaient que l’Army War College s’interrogeait sur les capacités américaines face à la Corée du Nord.

Premières conclusions générales : l’armée américaine est devenue trop lourde. Elle peinerait, face à un adversaire qui dispose d’une importante artillerie et d’une capacité à se défendre. Le gros des troupes aurait ainsi du mal à franchir la zone interdite par ces tirs de barrages. Seule solution : l’infiltration, par les airs ou par la mer. Et là, les résultats sont inégaux et soulignent un certain nombre de points faibles.

Balancez les Strikers !

Essai de largage d'un Striker depuis un C-17 Globemaster en 2004. ©U.S. Air Force / Kevin Kidd

Essai de largage d’un Striker depuis un C-17 Globemaster en 2004. ©U.S. Air Force / Kevin Kidd

L’une des solutions avancées pour passer derrière les lignes des « nords brownlandais » est l’air. Déployer sur les arrières des unités d’infanterie légères et mobiles permettrait de rompre le front. Et pour cela, les militaires américains proposent tout simplement de parachuter des hommes … et des blindés, des Strikers. Ce sont les V-22 Osprey qui seraient à la manoeuvre, ces hybrides mi-avion, mi-hélicoptère, pour déposer soldats et matériels.

La question de la logistique est en effet très problématique. Si les Américains ne s’inquiètent pas d’une première infiltration, c’est l’arrivée du reste du corps expéditionnaire qui poserait problème. L’exercice a montré que les groupes déposés par voie aérienne risqueraient d’être rapidement encerclés et isolés par un ennemi nombreux et armé. Les renforts pourraient avoir des difficultés à franchir les lignes adverses, ne serait-ce qu’en raison d’une très forte imbrication entre les équipements nucléaires ciblés et les populations civiles. Une proposition a été évoquée de larguer des ravitaillements humanitaires aux alentours de ces zones pour éloigner les habitants. Encore faut-il espérer que ces derniers, éduqués pendant des générations dans la peur de l’étranger, se dirigent comme des fourmis vers des caisses de nourriture volantes …

On notera tout de même le retour de plans impliquant des Strikers volants. Ce blindé d’infanterie, largement éprouvé en Irak en 2003 et en Afghanistan depuis 2009, a largement fait ses preuves. Considéré comme un véhicule de taille moyenne (18 ~20 tonnes), il est déclinable en plusieurs versions : transport blindé, reconnaissance, commandement, appui mortier, appui feu, évacuation sanitaire ou encore lutte nucléaire, bactériologique et chimique … une polyvalence qui, couplée à la possibilité de les déployer par voie aérienne, semble en faire une monture idéale pour affronter la problématique nord-coréenne.

Le bon vieux charme des manoeuvres amphibies

Bataille d'Inchon : en 1950 déjà, les manoeuvres amphibies avaient été à l'avantage des Américains. ©U.S. Air Force photo by Kevin Kidd

Bataille d’Inchon : en 1950 déjà, les manoeuvres amphibies avaient été à l’avantage des Américains. ©U.S. Air Force photo by Kevin Kidd

La composition géographique de la péninsule coréenne fait de la mer l’un des moyens d’accès privilégiés. Tout comme dans les années 1950, les Américains envisagent largement l’approche amphibie de côtes vastes et complexes à protéger. Ils ont évoqué au cours de Unified Quest la possibilité d’approches complexes, rapides et par de petites unités légères des plages du North Brownland. Les officiers encadrant l’exercice saluent l’efficacité des dernières générations d’embarcations de débarquement, notant leur vitesse et leur flexibilité.

Ils s’inquiètent cependant de la vétusté du reste du parc. Le gros des bâtiments nécessaires à ce type d’opérations serait en effet vieillissant, beaucoup étant opérationnels depuis les années 1960 et 1970. Ces engins, trop lourds, trop lents, sont d’autant plus vulnérables qu’ils sont indispensables à l’appui puis au soutien à une invasion par la mer.

Après une douzaine d’années de combat consacré à la contre-insurrection, en Irak et en Afghanistan, les forces américaines ont largement mis de côté leurs ambitions amphibies. Unified Quest aura été l’occasion de reformuler d’ambitieux plans d’équipement, qui vont de la modernisation de la flotte, notamment avec le développement d’un nouveau navire de ravitaillement d’ici 2027 et l’équipement intégral de ces flottes d’ici 2048 pour qu’elles disposent des mêmes capacités que pour des opérations terrestres (lutte contre les IED, protections individuelles, communications plus performantes, possibilités d’adapter le niveau d’agressivité d’un niveau nul à très offensif…).

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

Nombre d'entrées : 941

Commentaires (4)

  • Corto Maltese

    article passionnant, claire et de très haute qualité !

    Répondre
  • Frédéric

    Un plan sur 25 ans pour rééquipé les « Marines » ? En cette période de vaches maigres budgétaires, les militaires américains sont bien optimistes…

    Répondre
    • Romain Mielcarek

      A priori c’est seulement pour l’armée de terre. Les marines ne sont pas concernés par cet exercice et ce retex.
      Les équipements en question concernent beaucoup d’équipements individuels et d’accessoires sur les matériels existants. Il s’agit surtout de modernisation, pour ce que j’ai compris des retex en question.

      Répondre
  • gdlm

    Où l’on comprend que mettre à bas le régime de Pyongyang ne se fera pas en claquant des doigts, même si il n’y a nul doute que cela soit à la portée des américains.

    Hélas, le risque est que l’on se trouve ensuite avec des bandes de guérilleros fanatisés faisant de la péninsule un enfer.

    Répondre

Laisser un commentaire

© 2009-2013 Romain Mielcarek

Retour en haut de la page