La fragile armée de Laurent Gbagbo

Alors que Laurent Gbagbo rencontre les trois émissaires de la Cédéao, la Côte d’Ivoire retient son souffle. A Abidjan, la capitale économique, personne ne croît plus que le président sortant laissera le pouvoir à son adversaire reconnu par la communauté internationale. Derrière celui que ses voisins Africains ont décidé de pousser dehors, une armée qui n’est pas toujours au mieux de sa forme ni de son unité.

Difficile d'évaluer combien d'armes légères sont toujours en circulation dans le pays, malgré les efforts de désarmement de l'Onuci.

Depuis ce week-end, Laurent Gbagbo crie au complot. Un complot mené de main de maître par la France et les Etats-Unis qui oeuvreraient en coulisse pour pousser les autres Etats africains à faire tomber le vieux chef. Le président non reconnu a donc décidé de se battre et appelle à la résistance dans toute la Côte d’Ivoire à grand renfort de propagande médiatique, télévision nationale et journaux acquis à sa cause en tête.

S’il est prêt au combat, c’est parce que Laurent Gbagbo est convaincu d’avoir l’armée derrière lui. Les Forces de défense et de sécurité (FDS) lui sont effectivement restées fidèles. Composées de 40 à 50 000 hommes, principalement au sein de l’armée de terre et de la gendarmerie, les FDS ne sont pas intervenues jusqu’à présent. Elles constituent l’assurance de la force dans ce bras de fer politique et Guillaume Soro, Premier ministre d’Alassane Ouattara, ne cesse de les appeler au ralliement.

Dans les faits, les troupes sont loin d’être aussi unies que le dit Laurent Gbagbo. Un certain nombre d’officiers ne serait pas prêt à combattre et refuserait d’être intégré dans toute effusion de sang qui risquerait d’impliquer des civils. Parmi eux, on trouverait notamment le général Philippe Mangou, chef d’Etat-major des forces armées particulièrement frileux. De nombreux analystes sur place remarquent également que parmi les hommes de troupe, une grande partie ont voté pour Alassane Ouattara et que seule la discipline militaire les maintient derrière le président non reconnu.

Reste une poignée de fidèles. Des officiers stratégiquement placés à la place des unités les plus solides des FDS. Parmi les plus importants, on trouve le général Guiai Bi Poin, chef du Centre de commandement des opérations de sécurité (Cecos), 600 hommes aguerris normalement spécialisés dans la lutte contre le grand banditisme; le général Dogbo Blé, commandant de la Garde républicaine; ainsi que de quelques autres officiers dirigeants les forces spéciales ivoiriennes inspirées de leurs homologues françaises. L’ensemble de ces troupes, qui regrouperait environ 5000 hommes, dispose de la majorité du matériel. Malgré un état pas toujours optimal, cela représente quelques dizaines de véhicules blindés (T-55, ERC90, VAB, BMP-1 …), une quinzaine d’hélicoptères (Mi-24, Puma) et une poignée d’avions de chasse (Mig-23).

Laurent Gbagbo peut également compter sur des milices plus ou moins établies et sur un mouvement de la jeunesse toujours aussi agressif, les Jeunes patriotes. Charles Blé Goudé, ministre de la Jeunesse, avait appelé ces derniers à manifester et à montrer leur volonté de se battre sur la place de la République à Abidjan, avant de repousser jusqu’à nouvel ordre ce rassemblement pour « donner ses chances à la diplomatie ». Les mercenaires angolais et libériens aperçus ces dernières semaines, sans que leur présence n’ait pu être formellement prouvée, constituent également une force avec laquelle il faut compter.

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Photo : Nations Unies / Ky Chung

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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Commentaires (5)

  • KK

    Malgré un état pas toujours optimal, cela représente quelques dizaines de véhicules blindés (T-55, ERC90, VAB, BMP-1 …), une quinzaine d’hélicoptères (Mi-24, Mi-8, Puma) et une poignée d’avions de chasse (Mig-23 et Su-25).

    Young man, get your facts right .. There is only 1 MI-24 with serious gearbox problems. 2 Transport helicopters .. Dunno where you got those fighter planes from! Don’t make us laugh….

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    • Romain Mielcarek

      Effectivement, les Sukhoï et les Mi-8 ont tous été détruit. Quelques appareils ont été rachetés par la Côte d’Ivoire selon plusieurs sources qui avancent la même chose.

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  • John

    An interesting subject. 18,000 is the figure more commonly cited for the size of the Ivorian armed forces. I think you missed some key questions;
    - what effect has several years of an arms embargo had?
    - what can we learn from the brief exchange around the Golf hotel 2 weeks back, when the in a mild skirmish the soldiers fled and lost control of an armed vehicle?
    - what would happen in the event of an ECOMOG intervention – would Ghanaian troops move in from the west, would the ex-rebels or Burkina Faso move south, would the UN and French (and Americans) provide logistical support?
    - what is the morale in the army given that at least half the rank and file reportedly voted for Ouattara?
    - what can we say about the Nigerian army that are likely to make up the bulk of any force?

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  • ethan

    Je crois que vous connaissez mal l’armée ivoirienne. Portez vous bien.

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  • Francisco

    déplorables les journalistes de notre époques. Depuis quand les patriotes sont violant? Qui massacre les populations en Cote D’Ivoire? Ou sont tirer c infos? des facts? non, des rumeurs! On dois me faire un décervelages pour que je croies a c conneries.

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