Des civils libyens tués par l’OTAN, quantité négligeable en temps de guerre

Le New York Times revient sur la campagne aérienne de l’OTAN en Libye. Le bilan, présenté jusqu’ici comme exemplaire, est à présent mitigé avec des tirs ayant entraîné des pertes civiles. L’idée d’une enquête reste pour l’instant de côté. Ce triste constat montre cependant encore une fois avec quelle liberté l’Alliance a interprété la résolution 1973 qui la chargeait de protéger les populations civiles du régime de Kadhafi.

Difficile d’évaluer combien de civils ont pu être tués ou blessés par les bombes de l’OTAN.

« Nous avons mené cette opération avec beaucoup de prudence, sans victimes civiles confirmées », assurait en novembre dernier Anders Fogh Rasmussen, le secrétaire général de l’OTAN. Peut-être pas tout à fait. Les équipes du New York Times ont enquêté directement sur place et ont découvert l’envers du décor. Tous les tirs n’ont pas été si parfaits et de nombreuses cibles civiles ont été touchées par les appareils de l’Alliance.

Les chiffres restent peu élevés. 40 tués avérés, peut être 70 ou un peu plus. Quelques douzaines de blessés. Pas grand chose, finalement, pour une campagne aérienne de cette ampleur. Sept mois de bombardements, 7700 bombes et missiles tirés pour quelques 5900 éléments des forces pro Kadhafi détruits.

Plus que sur le fait que des civils aient été tués dans ce conflit, la contre enquête insiste sur le fait que certaines erreurs auraient du être évitées. Au delà des victimes, ce sont aussi les infrastructures qui ont été grièvement touchées par les bombardements. Des bâtiments dont il était, semble t-il, évident qu’elles n’avaient aucun rôle militaire. Des hangars de nourriture, des maisons dans le village de Majer, la demeure d’un médecin à proximité d’un hôpital.

Personne ne veut d’une enquête

C’est l’ambassadeur de Russie à l’ONU qui a rebondit le plus fermement sur le sujet. Vitali Tchourkine exigeait hier une enquête sur ces victimes collatérales. « L’Alliance a occupé une position purement propagandiste en faisant état de l’absence de victimes civiles en Libye », a-t-il dénoncé. Depuis quelques jours, la communication de l’OTAN fait de fait preuve de beaucoup de prudence. Un porte-parole à Bruxelles estimait ainsi que « d’innocents civils pourraient avoir été tués ou blessés malgré toute la prudence et la précision ».

Dans la plupart des incidents déplorés par le New York Times, des erreurs de renseignement semblent avoir joué un rôle. Des informations peu précises ou dépassées qui auraient amené des aéronefs à tirer sur des cibles qui n’étaient plus occupées que par des civils. L’OTAN préfère ne pas envisager d’enquête pour l’instant, laissant la patate chaude aux nouveaux dirigeants libyens qui se sont vu transmettre toute autorité pour enquêter.

Ces découvertes montrent encore une fois avec quelle liberté les membres de la coalition en Libye ont interprété la résolution 1973. Les raids aériens de l’OTAN avaient pour objet la protection de civils. Ils ont finalement ciblé une flopée de bâtiments qui n’avaient rien d’installations militaires fondamentalement dangereuses. La question se pose ainsi d’un tir le 25 septembre sur la résidence du général Musbah Ahmed Diyab. L’officier, fidèle au régime, caché avec toute sa famille, peut-il être considéré comme une menace ?

Photo : US Air Force / TSgt Lee A. Osberry Jr

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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Commentaires (4)

  • jack22

    C’est regrétable d’avoir à déplorer des victimes civiles dans des opération de frappes aériennes.Les dégâts collatéraux sont difficiles à éviter;et il faut rester prudent quand on se réjouit du succès des opérations. Mais cependant il faut relativiser;car le chiffre annoncé; s’il se révèle exact;c’est à peu près le nombre journalier de victimes en Syrie;tuées par des tirs fraticides!Et en Libye;combien de victimes tuées par les forces de sécurité et les mercenaires;on ne le saura certainement jamais!Alors par pitié arrêtons de polémiquer et de diaboliser une fois de plus les forces de l’OTAN…

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  • ludel

    le new-york times a beau jeu de critiquer les frappes de l’otan en libye!!puisque les usa ne participaient pas activement à l’opération, si ce n’est pour les ravitaillements en vol et le renseignement!extrèmement efficace par ailleurs!!
    pourquoi ne parlent -t-ils que très peu des dégats collatéraux dus aux bombardement en irak,et en afganistan et ce exclusivement par les avions ou les hélico de l’isaf!!!!je pense que la réponse ne serait pas à leur avantage!!

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  • TheSubsaharian

    On se de demande ce qui motive vos jugements, le chauvinisme ou la mauvaise foi nationaliste ? S’il s’agissait de 40 français tués auriez négligé ces morts ?

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    • Romain Mielcarek

      Je ne sais pas si votre message s’adresse aux responsables politiques de l’OTAN ou à moi.

      Si c’est à moi, je vous invite à lire le billet.

      Cordialement,

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