Que sont devenus les six officiers syriens formés par l’Ecole de guerre française ?

Ils sont six. Six officiers syriens à l’avenir prometteur envoyés par Damas pour étudier dans la crème des académies militaires : l’Ecole de guerre. Mais que deviennent ces stagiaires d’un genre bien particulier une fois partis de Paris ? Des objecteurs de conscience sensibilisés par la démocratie ou des bourreaux enrichis des savoirs occidentaux ?

Difficile de retrouver la trace des six Syriens passés par l'Ecole de guerre ces dernières années.

Difficile de retrouver la trace des six Syriens passés par l’Ecole de guerre ces dernières années.

Chaque année, une centaine des trois cents stagiaires de l’Ecole de guerre – anciennement Collège interarmées de défense – proviennent de l’étranger. La majorité d’entre eux viennent de pays avec lesquels la France noue de solides partenariats : pays de l’OTAN, d’Europe ou encore d’anciennes colonies en Afrique. Mais d’autres sont originaires de pays avec lesquels les relations sont parfois plus complexes sur le plan diplomatique, notamment au Moyen-Orient ou en Asie. Pour eux, ce seront les attachés de défense français sur place qui organiseront l’échange, avant validation du ministère des Affaires étrangères. Dans ce cas, la seule vraie exigence sera de prouver un niveau minimum en Français.

C’est ce qui est arrivé dans le cas de six officiers syriens entre 1998 et 2006. Qui sont-ils ? Impossible à savoir : l’information est classée confidentielle. Toujours est-il que l’on reconnait à l’Ecole de guerre que dans ce genre de cas, « il s’agisse d’officiers perçus par leurs gouvernements comme ayant un fort potentiel de carrière ». Autant dire que les stagiaires en question entretenaient de très bonnes relations avec le régime de Bachar al-Assad.

Ces échanges, dont l’objectif est de transmettre les valeurs de la France et de nouer de solides réseaux sur le temps, n’ont rien de nouveau. Dans les années 1950, de nombreux Syriens étaient envoyés dans les meilleures écoles de l’hexagone, de l’ENA à Polytechnique. Des Syriens formés dans les IUT français au cours des années 1980 sont par la suite devenus les principaux instructeurs de formations semblables inaugurées en Syrie. Qu’ont-ils retenus des philosophies des Lumières ? « Ceux qui sont repartis en Syrie, estime un bon connaisseur de ce pays, n’ont pas forcement rejoint l’opposition. Au contraire, ils ont pris le savoir-faire et sont repartis. » Beaucoup d’entre eux auraient en toute logique rejoint le complexe militaro-industriel syrien.

Sur le plan militaire, le gros des relations passait ces dernières années par l’apprentissage de la langue. La France offrait via son ambassade du matériel pédagogique. Elle organisait aussi la formation en France, au Centre interarmées de formation de Rochefort – CIFR (Gendarmerie nationale), de professeurs de langue française. Côté syrien, ces échanges étaient principalement organisés par des officiers des services d’instruction et de santé, pour lesquels la connaissance du français était synonyme d’opportunités pour les élèves les plus prometteurs. Pour les officiers supérieurs, cette spécificité permettait par exemple de postuler à l’Ecole de guerre et de bénéficier par ce biais de l’une des meilleures formations militaires qui soit.

La majorité des officiers supérieurs syriens sont formés en Russie. Une poignée d’entre eux, pourtant, est passée par des formations occidentales. Six en France donc, mais aussi en Grande-Bretagne. Le ministère de la Défense britannique a ainsi reconnu en avril 2011 que trois Syriens avaient été formés dans les Académies de la Reine au cours des six dernières années : deux à Sandhurst (armée de terre) et un au Britannia Royal Naval College.

Que sont devenus tous ces officiers ? Ont-ils été parmi les premiers à déserter ou sont-ils en première ligne de la contre-insurrection syrienne ? La plupart des personnes ayant été impliquées dans les échanges universitaires en question refusent d’évoquer la question. Difficile donc de retrouver la trace de ces six officiers supérieurs francisés. Un bon connaisseur de la région remarque qu’il y a forcement maintien d’une certaine proximité entre ce type de personnes et leurs camarades en France : « on a besoin de ce type de contacts pour récupérer des informations et savoir où sont les armes chimiques ». Autant de manches d’une complexe partie d’échecs dont il est toujours surprenant de voir que certaines pièces sont un jour passés par l’Ecole militaire, en plein coeur de Paris.

Photo : Voice of America / Elizabeth Arrott

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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Commentaires (7)

  • Neikster

    Je ne veut pas faire le rabat-joie mais à quoi sert-il d’intitulé un article « Que sont devenus les six officiers syriens formés par l’Ecole de guerre française ? » et de ne pas du tout répondre à la question (par fautes de sources ici) ?

    Il aurait été mieux d’intutilé votre article « La france a formé des officiers syriens » car je ne vous cache pas que j’ai été déçue moi aussi de ne pas savoir ce qu’ils sont devenue.

    Titre de l’article frustrant donc, en regard du contenue de l’article.

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  • G.

    Bonsoir,

    Je pense que vous y allez un peu fort quand même, au dernier phrase de votre intro. Des anges ou des démons ?? Le monde n’est pas noir ou blanc mais une infime nuances de gris. Et puis, oppresseur-défenseur, terroriste-résistant, c’est une question de point de vue avant tout… Bourreaux ? Les lois dans la guerre ne sont appliqués que par ceux qui peuvent/doivent se le permettre…

    Certes, pendant leur « scolarité » ils ont pu trouver pas mal de point positif dans le modèle française mais aussi peut-être quelques négatifs (si je part de mon propre expérience). Ça aide à forger sa propre vision des choses – point. Ils sont venus s’instruire dans le matière militaire.

    Pour terminer, quand vous citez « on a besoin de ce type de contacts pour récupérer des informations et savoir où sont les armes chimiques », j’ai quand même l’impression que ça veut dire trahison de la part de ces (ex?) officiers syriens – mais une fois encore, question de point de vue.

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    • Romain Mielcarek

      Le régime de Bachar al-Assad a franchit des limites qui ne relèvent plus de la subtilité. Le recours à l’enlèvement de blessés dans des hopitaux, l’utilisation de médecins pour torturer des blessés, entre autres (il y a un article à ce sujet sur ActuDéfense) font qu’effectivement, on ne parle plus ici de pratiques militaires mais bien de crimes.
      Il ne s’agit même plus du débat sur la torture tant on a dérivé.

      Mais effectivement, je m’interroge sur l’impact que peut avoir un passage par l’Ecole de Guerre ou Sandhurst sur la perception de la morale d’un officier venant d’un pays comme la Syrie d’aujourd’hui. La question pourrait se poser pour d’autres pays. L’Afghanistan par exemple. Des endroits où la culture de la guerre, de la violence, de la mort et de tout un tas de pratiques au combat sont à des années lumières de nos propres conceptions.

      Je réfléchis à un article plus fouillé sur le sujet … :)

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      • G.

        Alors, faisons la part des « Printemps Arabes » – même si je n’ai pas fait d’études sur ces pays, je vous donne mon impression (et j’attends les corrections de but pédagogique).

        Dans quels pays ces révolutions ont-ils abouti dans le relatif calme ? Tunisie, Égypte. Les protagonistes ont été, d’un coté, un régime et ses sbires, de l’autre, le peuple aspirant à d’avantage de liberté et laissés par le système corrompu et « mafieux » (désolé je ne trouve pas le synonyme correcte, « moi pas francophone… » ;) – donc, tunisiens vs tunisiens, égyptiens vs égyptiens. On pourrait ajouter la Jordanie et l’Arabie Saoudite bien que le pouvoir a réussi à apprivoiser le peuple en donnant assez d’avantages, financières ou autres pour qu’il se calme (mais jusqu’au quand) – sans grands différences ethniques.

        Dans quels pays cette révolution a-t-il abouti à une répression voir guerre civile ? La Libye, la Syrie, voir le Bahreïn (en sommeil car sauvés par les gentils voisins bien puissants). Ne parlons pas du Yémen car il avait des troubles bien avant. Le pouvoir y est tenu par un régime issu d’une minorité. Dans ces pays, il ne s’agit pas seulement d’un régime dirigeant mais d’une ethnie minoritaire (voir plusieurs) déjà placé aux postes-clés. Les Kadhafa, les alaouites, les sunnites et leurs alliés contre une majorité ou coalition. Il sera bien plus difficile pour eux la « réconciliation » – ils sont donc, pour moi, dans une forme de « guerre totale » (une expression dont le monde occidental, « expéditionnaire », à beaucoup de mal à comprendre) c’est-à-dire ils jouent leur survie – en cas de défaite bonjour aux pillages, persécutions et autres activités joyeuses de la part des anciens opprimés.

        Les dirigeants usent donc, dans une montée en puissance naturelle, toutes les moyens qui sont à leurs disposition. Au risque de se montrer prétentieux, je me risque de citer : « Inter arma silent leges ». Comme je l’écrivais, les lois dans la guerre ne sont appliqués que quand on peut se le permettre et la dénomination terroriste-résistant n’est qu’un point de vue. Encore une fois, au risque de vous froisser, les Résistants français (et autres) de la Seconde Guerre Mondiale ont bien été traités de terroristes par les allemands voir Vichy… et quand on regarde certains de leurs méthodes, avec un minimum de honnêteté, on devrait rester neutre.
        Enlever les blessés des hôpitaux ? Je doute que se sont les vieillards et filles qui ont été enlevés. Un ennemi blessé reste un ennemi qui peut fournir de précieuses informations. Les médecins comme tortionnaires ? A mon humble avis, si interrogatoire avec une pincé de torture doit avoir lieu, mieux vaut que ce soit un médecin avec les connaissances sur l’anatomie et les terminaisons nerveuses qui le pratique qu’un « plombier » qui vous arrache les ongles et découpe en petits morceaux parce que « vu dans les films ». Je dirais qu’il peut faire le boulot avec bien moins de dommages – quant à son serment de Hyppocrates, je ne peux rien dire.

        Le but de ce billet n’est nullement d’approuver ou justifier les horreurs mais de les faire comprendre. Dans un conflit de ce genre il n’y a pas de bon et de mauvais. Rappelez-vous de l’ex-Yougo. Tous les cotés, et j’insiste bien, ont commis des saloperies. La guerre c’est moche. Et il faut bien faire la différence entre guerre et opérations de maintien de paix et autres – si je peux me le permettre – clowneries dont on s’est habitués. Nous, on soigne nos ennemis blessés en Afghanistan. Quand vous n’avez même pas assez de pansement pour sauver les vôtres, quand l’ennemi menace vos proches, ça change la donne.

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        • Romain Mielcarek

          Je vous rejoint sur de nombreux points.

          Mais ici se pose la question de l’influence que nous, Français, pouvons avoir sur les stagiaires étrangers que nous recevons dans nos écoles, militaires ou civiles. L’histoire nous a effectivement montré que guerres et révolutions entraînent largement leur lot d’actes terribles. La torture, la vengeance, les attentats, les massacres à l’aveugle, les exécutions sommaires, les violences sexuelles … sont les conséquences presque normales, aie-je envie de dire, des conflits. Les Occidentaux n’échappent d’ailleurs pas à ces réalités.

          Le fait est que notre histoire justement, puis nos réflexions et nos combats philosophiques et politiques, nous ont appris que certaines de ces méthodes doivent être combattues. C’est pour cela qu’aujourd’hui nous avons développé les Conventions de Genève, le droit humanitaire ou le droit de la guerre. Tout cela n’en est qu’à ses balbutiements et nous y contrevenons tous. Mais le fait est que nous cherchons à tendre vers le mieux. Dans nos cultures, nous avons fini par admettre par exemple que le recours à des attentats n’était pas justifiable. Nous cherchons à réduire au maximum les pertes civiles, espérant ne plus jamais commettre les atrocités vécues pendant la Seconde guerre mondiale où l’on tirait tout simplement dans le tas. Même chose pour les blessés : nous n’accepterions pas que nos médecins participent à la torture de prisonniers.

          Ce sont de grands débats, qu’il est facile d’aborder dans les contextes de paix où se trouvent nos pays. On peut plus facilement condamner torture et terrorisme lorsque nous n’avons pas besoin d’y avoir recours. Le fait est que nous sommes passés par ces situations et que beaucoup d’entre nous espèrent que nous ne renouvellerions pas ces méthodes. L’Algérie nous a montré que la torture avait très largement ses limites et n’offrait que de très faibles résultats.

          Pour ne prendre que le cas de la Syrie, les leçons des histoires occidentales semblent se reproduire. Le massacre méthodique et systématique orchestré par le régime peut-il seulement atteindre ses fins ? Quand bien même tous les rebelles seraient tués ou emprisonnés, les graines de la haine, de la rancoeur et de la vengeance resteraient profondément enfouies dans les coeurs d’une population qui ne serait contrôlée que pour un certain temps … en attendant la prochaine révolte.

          La démocratie, dans son idéal, a justifié de nombreuses luttes. Nous sommes aujourd’hui convaincus que c’est un modèle plus digne, plus noble et plus efficace que toutes les formes de dictatures. Notre propre pratique de la démocratie reste précaire et balbutiante. Mais parvenons nous à convaincre les étrangers que nous recevons chez nous de l’intérêt de ce modèle ? Les stagiaires qui passent par l’ENA ou l’Ecole de guerre repartent ils dans leurs pays avec cette interrogation dans leur esprit ? La question se pose tout particulièrement pour les Syriens : le combat mené par l’armée est loin de faire l’unanimité et le nombre de déserteurs montre bien que chez les militaires aussi, l’aspiration d’un autre chose est manifeste.

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  • G.

    Merci d’avoir reconduit ce conversation à ses origines, après mon limite-hors-sujet (mea culpa).
    Je pense, avant de se demander si ces écoles et la France, le modèle française tout court (puisque pendant leur formation, ils ont du avoir quelques quartier libres) ont-ils eu une influence sur ces officiers, on doit d’abord se poser la question : ont-ils la possibilité, indépendamment du coté choisi, de l’appliquer ? A court terme, j’en doute (et c’est la raison de mon hors-sujet). Au moyen et longue terme – peut-être. Cela dépendra de chacun, puisque si même ils ont rentrés au pays avec pleins d’idéaux (ce qui n’est pas garanti, tout de même), le conflit en cours risque d’avoir son lot d’influence sur les perceptions. Et même avec le meilleur des volontés on est confronté à la réalité. Les démocraties à la va-vite sont toujours houleuses aux débuts (parler encore des pays du Printemps Arabe serait usé, rappelez-vous simplement à la France et au Terreur).
    Bon, je m’arrête là avant de m’écarter encore une fois trop du sujet… ;)

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