Pékin, la grosse marine et la petite Amérique

Magie des calendriers : mardi, Pékin avertit de sa fermeté à défendre sa sécurité; mercredi, Pékin rencontre les Américains pour éviter les malentendus. La Chine visualise sa propre sécurité dans un contexte de plus en plus régionalisé. Protéger ses frontières relève à présent d’intérêts dispersés sur l’ensemble de l’Asie. Hu Jintao le sait et n’hésite pas à mettre la pression à Washington qui, malgré le maintien de sa suprématie militaire sur les mers, souhaite à tout prix éviter un conflit avec le géant asiatique.

S'entraîner à la guerre. Une priorité pour les marins chinois.

S'entraîner à la guerre. Une priorité pour les marins chinois.

La marine chinoise doit « accélérer résolument sa modernisation » et « mener des préparatifs intensifs pour le combat militaire« , a déclaré mardi le président Hu Jintao. Devant les délégués de l’Armée populaire de Chine (APL), il a réclamé la mise en oeuvre de tout le nécessaire pour poursuivre la modernisation des troupes et des armements. Les hommes doivent s’entraîner plus à la guerre afin d’apporter plus de contribution à la « sauvegarde de la sécurité nationale et de la paix mondiale« .

Si le chef d’Etat harangue ainsi c’est troupes, ce n’est pas que pour amuser les foules. Le calendrier tombe plutôt bien : mardi, on montre sa fermeté. Mercredi, on rencontre le vilain collègue américain. Washington apparaît en effet de plus en plus comme un empêcheur de tourner en rond dans la région. Ventes d’armes à Taïwan, exercices maritimes avec la Corée du Sud, déploiement de troupes en Australie, proximité stratégique avec l’Inde, omniprésence en Afghanistan. La Chine se sent encerclée et en montrant sa fermeté, elle rappelle surtout que les Etats-Unis apparaissent de plus en plus comme une menace sérieuse pour la sécurité nationale.

Car dans la doctrine militaire chinoise, sécurité nationale et régionale sont intimement liées. En Asie, le meilleur des remparts pour protéger les frontières chinoises, reste la mise en place d’une marine solide. Pékin le sait et continue de déployer un large réseau de ports et de structures militaires sur les mers et océans de cette partie du monde, le fameux « collier de perles ». L’armée de terre, largement déployée le long de la frontière sud et de la côte est, devient de plus en plus un outil qu’il faut pouvoir déployer en dehors des frontières. Ou quand la défense nationale se défend à l’extérieur, une vision très occidentale.

Bras de fer avec les Etats-Unis

Chinois et Américains tentent de maintenir des échanges pour éviter les "malentendus".

Aujourd’hui donc, c’est la rencontre avec les homologues américains. Tenue de rigueur : sourire de circonstance. Pas de menaces mais un conseil sous-entendu par le commandant adjoint de l’Etat-major de l’APL, Ma Xiaotian : « Espérons que les deux parties feront leur possible pour tirer le mieux de cette opportunité d’élargir les terrains d’entente, de garder les risques sous contrôle et d’écarter les malentendus« . Des risques et des malentendus ? Rien de plus ?

Pékin passe pourtant toujours pour un petit poucet militaire. Avec ses 2,3 millions d’hommes équipés de matériels de qualité moyenne, souvent copiés sur des équipements étrangers, l’APL n’a pas encore l’étoffe de sa concurrente américaine. La marine chinoise, notamment, ne dispose que de 300 000 hommes. Un premier porte-avions, encore à l’essai, acheté aux Ukrainiens, devrait prochainement prendre la tête des trois flottes totalisant quelques 270 bâtiments, toutes tailles confondues. Une armada qui doit rapidement être musclée par 135 navires supplémentaires.

L’US Navy et ses légions, 11 porte-avions, dont 6 rien que dans la région pacifique, reste largement plus impressionnante. Mais Washington souhaite éviter à tout prix un embrasement de la région. Un conflit aggravé avec la Chine serait catastrophique. Loin des conflits insurrectionnels, il s’agirait là d’une guerre industrielle comme nos pays n’en ont plus connu depuis soixante ans. Les conséquences économiques seraient d’autant plus désastreuses que la dette américaine est à présent largement dépendante de Pékin. Le bras de fer entre les deux géants risque donc de continuer, pion après pion, entre les Corées, la Birmanie, l’Inde ou encore Taïwan.

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Photo : US Marine corps & US Air Force / Staff Sergeant Myles Cullen

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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