Londres attaque sur le DubaïGate et expulse un diplomate israélien

La Grande-Bretagne prend les devant dans l’affaire du meurtre d’un cadre du Hamas à Dubaï. Les auteurs de l’assassinat, accusés d’appartenir au Mossad par la police locale et disposant de faux passeports européens sont toujours en liberté. Alors que tout semble désigner les services secrets israéliens, Londres chasse un diplomate bien particulier.

Copie d'un passeport français diffusée par la police de Dubaï et ayant appartenu à l'un des commandos.

Une trentaine de commandos qui exécute un cadre du Hamas, ça soulève des questions. Quand ils sont tous porteurs de faux papiers d’une qualité irréprochables et copiant les identités d’Européens ayant des liens avec Israël, ça en soulève encore d’autres. Les passeports britanniques, irlandais, français allemands et australiens étaient en effet des copies de documents confiés par leurs propriétaires réels à l’administration israélienne pour des inspections diverses.

A Dubaï, la police a tout de suite accusé le Mossad. Dans les pays d’origine des passeports, on s’est d’abord montré prudent pour ne pas commettre d’erreur diplomatique. Mais cette fois, la Grande-Bretagne passe à la vitesse supérieure. David Miliband, son ministre des Affaires étrangères, a ouvertement ouvert les hostilités envers le renseignement israélien, même si le Mossad n’est pas directement cité, déclarant avoir « des raisons convaincantes de croire qu’Israël est responsable de cette utilisation abusive de passeports britanniques ». C’est par ces mots que le ministre a annoncé devant la Chambre des Communes l’expulsion du territoire d’un membre de l’ambassade israélienne à Londres.

Selon le Times, le diplomate concerné est lui même un membre du Mossad. Il serait chef du bureau de la capitale britannique. Le choix n’est donc pas anodin. Le cadre du renseignement s’est vu accordé deux semaines pour quitter le pays. Il devrait être remplacé dans la foulée.

A Jérusalem, Avidgor Liberman, le ministre des Affaires étrangères israélien refuse d’admettre une implication de ses services secrets. « Aucune preuve convaincante ne m’a été fournie. » D’autres politiques ont cependant admis dans la presse anglo-saxonne, sous couvert de l’anonymat, que leur pays allait faire profil bas et ne rentrerait pas dans un jeu d’expulsions.

Procédures à Paris et à Sydney

L’Australie a profité de l’occasion pour annoncer qu’elle attendait les résultats de sa propre enquête. Quatre des passeports concernent des citoyens australiens. Le ministre des Affaires étrangères Stephen Smith a lui aussi indiqué prendre cette affaire « très au sérieux ». Sydney préfère cependant prendre son temps et laisser à ses enquêteurs, dont certains ont été déployés à Jérusalem, faire leur travail. Les conclusions concernant la sécurité nationale seront prises par la suite.

En France, une enquête a été ouverte par le parquet pour faux et usage de faux. Quelque-chose d’assez classique finalement. Discrètement et en coulisse, d’autres recherches pourraient cependant avoir lieu. En février, un chargé d’affaires israélien avait été reçu au ministère des Affaires Étrangères, des explications concernant ces utilisations abusives de passeports français lui étant réclamées.

Photo : Police de Dubaï

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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