Les femmes, des marines (pas) comme les autres

Depuis que le corps des marines accepte des femmes, les hommes ont bien été obligés de leur laisser une place, plus importante d’année en année. Ces femmes, qui sont sur le papier des soldats comme les autres, sont souvent limitées à certaines tâches. En Afghanistan, elles ont su prouver leur utilité. Paradoxe : c’est en tant que femmes qu’elles ont fini par s’imposer et non en tant que marines.

Le principal objectif des femmes marines en Afghanistan est de nouer le contact avec les Afghanes.

« Quand les féminines offrent des ours en peluche aux enfants, ils les acceptent. Quand ce sont des gars, des paquets de muscles, de munitions et de mitrailleuses ambulants qui essaient de leur donner, ils se mettent juste à pleurer. » Ce témoignage d’un sous-officier des marines opérant en Afghanistan, publié dans l’International Herald Tribune en mai dernier, est caractéristique. Les femmes qui ont gagné leur place dans cette unité prestigieuse l’ont fait à la force des bras, prouvant leur capacité à égaler les hommes dans le domaine des armes. Finalement, elles se retrouvent à jouer le rôle de mères poules en uniforme.

L’article entend montrer le courage de ces soldats. Tout au long du papier, ce sont pourtant des tâches précises qui sont évoquées : dialogue avec les femmes, contact avec les enfants, argumentation pour convaincre des malades de rencontrer le médecin, un homme. Le seul rôle guerrier évoqué est une patrouille de quelques heures pour laquelle la femme officier qui l’a dirigée admet avoir dû batailler contre son supérieur masculin.

« Si vous avez une queue de cheval, laissez la dépasser en dehors de votre casque. » Drôle de conseil donné lors de la formation de ces marines à Camp Pendleton en Californie où une quarantaine de femmes se prépare pour l’Afghanistan. Les femmes ne sont donc pas des marines comme les autres. Elles n’ont en tout cas ni le même travail, ni les mêmes consignes, ni les mêmes responsabilités.

Les femmes doivent toujours s'imposer pour participer aux patrouilles comme n'importe quel autre marine.

Les marines de sexe féminin composent depuis le mois de mai des équipes d’engagement féminines. Déjà utilisées en Afghanistan, ces escouades doivent compléter des sections de marines et leur permettre d’atteindre les populations que les hommes ne peuvent pas toucher : femmes et enfants. Pour les Afghanes, ces rencontres sont toujours une surprise. Des résultats considérés par le commandement de l’ISAF comme une partie cruciale de la « guerre des coeurs et des esprits ».

Cette situation n’est pas sans rappeler certaines réalités dans les armées françaises. Les femmes sont censées y être traitées comme les hommes, même si elles ont quelques différences physiques prises en compte dans leurs tests physiques ou dans leur place au sein des casernes, ne serait-ce qu’en terme de latrines et de douches. Mais qui n’a pas été témoin d’une de ces scènes d’anthologie d’un instructeur fier d’annoncer « à l’armée il n’y a pas de femmes, il n’y a pas d’hommes, il n’y a que des soldats » avant d’enchaîner quelques minutes plus tard, après qu’une pièce d’armement ne tombe sur le sol « tout le monde en position, les mecs vous m’en faites 20, les filles 10″. L’égalité entre les genres n’est finalement pas encore totalement acquise dans les métiers d’armes.

Photos : LCpl. Shawn Coover & Cpl. Lindsay L. Sayres

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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