La peur d’un Pearl Harbor numérique
Presque 70 ans après l’attaque des Japonais lors de la seconde Guerre mondiale, Pearl Harbor reste le symbole de l’attaque incapacitante. La destruction de la flotte du Pacifique avait alors laissé penser aux dirigeants américains qu’ils ne pourraient plus, faute d’une marine utilisable, entrer en guerre. Aujourd’hui, l’élimination de structures militaires semblables est presque impossible. A moins d’avoir recours à des attaques numériques.
Protéger les ordinateurs militaires est une chose, empêcher ceux des civils d'être infestés par des programmes espions offensifs en est une autre.
Internet est un outil qui a plusieurs usages. Système de communication, il est utilisé à la fois par les forces militaires et par les civils pour des fonctions aussi diverses que la gestion de la bourse, l’envoie de courrier ou la coordination de personnels de sécurité. Comme pour les transmissions en général, il est primordial pour un attaquant de pouvoir au mieux détruire ces réseaux et au pire y accéder et pouvoir les espionner.
Le recours aux cyber-attaques inquiète de plus en plus les autorités et les gouvernements car tous réalisent progressivement la vulnérabilité de nos sociétés dans ce domaine. Un pays comme les Etats-Unis est totalement dépendant du fonctionnement du réseau. Si ce dernier est coupé, tout s’effondre : communications, économie, médias, gestion des ressources, transports … Pire, la modification des données pourrait créer de véritables phénomènes de panique : fausses rumeurs boursières, désinformation.
Il est crucial pour la sécurité d’une nation de protéger les réseaux numériques. Le problème vient de la multitude de machines qui peuvent être utilisées pour attaquer une cible. De la même manière que la marine japonaise avait saturé l’espace d’informations en 1941 pour se rendre invisible aux yeux de l’armée américaine, des agresseurs virtuels peuvent infester des milliers, voir des millions d’ordinateurs domestiques et les utiliser pour relayer leur offensive depuis l’ensemble de la planète.
L’idée a déjà été envisagée à la fin des années 1990. Une fois les communications saturées, une offensive militaire pourrait viser les infrastructures vitales qui permettent à Internet d’exister. Les serveurs DNS décrits par SD sont des cibles de choix. Peu nombreux, ils sont indispensables au bon fonctionnement du réseau. Lors de l’expérience américaine, de nombreux services vitaux comme les secours à la personne, des commandements militaires ou l’alimentation électrique auraient pu être coupés.
Cyber-terreur
Aux côtés des Etats-unis, la Russie et la Chine sont deux des pays qui fournissent le plus d’efforts pour être capables de mener de véritables opérations de guerre virtuelle. Reste qu’Internet est un outil mondialisé partagé par l’ensemble des utilisateurs et que la destruction de l’économie de n’importe lequel de ces trois pays mettrait les autres en difficulté. C’est la grande différence avec la Guerre froide : les relations entre les pays sont tellement importantes qu’un conflit entre plusieurs grands Etats paralyserait le monde entier.
Reste donc les ennemis non-étatiques, probablement plus menaçants, du moins à court terme. Les groupuscules terroristes, notamment ceux qui sont affiliés à Al Qaida, ont une connaissance avancée d’Internet. Ils utilisent déjà la toile pour recruter, informer, enseigner et communiquer. Début février, l’amiral Dennis Blair, ancien patron du renseignement américain, avertissait les sénateurs de l’intérêt aigu de la nébuleuse islamiste pour ces méthodes. Il déclarait notamment que « les activités néfastes se multipliaient sur une échelle jamais vue et avec un degré de sophistication inégalé ».
Il ne s’agit pas ici d’une seule et unique attaque de grande envergure, comme pour le 11 septembre 2001, mais de la mise en place d’une multitude d’outils potentiellement dangereux. La mise en oeuvre de ces moyens ne causerait certainement pas de dégâts physiques importants, notamment en terme de nombre de victimes. Elle aurait cependant un impact moral colossal. Le choc causé en 1941 par l’attaque de Pearl Harbor était évident : l’ensemble de la société américaine s’était senti impuissant et craignait de ne plus pouvoir riposter. C’était la première fois que l’Amérique était atteinte sur son propre sol. Le 11 septembre était la seconde. L’avenir dira si le numérique porte les germes d’une troisième.
Photo : 1st Class Corey Lewis