Hommage aux morts, entre liberté et devoir

Nadia Morel, une élue du conseil municipal de la ville de Vannes a attiré les foudres de nombreuses associations et de la communauté militaire en refusant de se lever pendant une minute de silence pour les soldats tués en Afghanistan. Pour elle, il s’agit de ne pas trahir ses opinions politiques. Cet incident pose la question de la liberté de rendre hommage aux morts. Est-ce un acte de reconnaissance ou une obligation sociale, culturelle et politique ?

Des soldats français au cours d’une opération de sécurisation en Afghanistan au mois de septembre.

Au travers d’excuses à demi-mots maladroits, Nadia Morel, enseignante de profession, réclame de sa liberté d’expression le droit de ne pas se lever pendant la minute de silence du 16 octobre au Conseil Municipal de Vannes. La ville souhaitait ainsi saluer la mémoire des cinq soldats du 3ème Régiment d’Infanterie de Marine tombés en Afghanistan au cours de leur mandat des six derniers mois.

Pour l’élue, il s’agit de montrer qu’elle est « antimilitariste et pacifiste ». Elle a d’ailleurs déclaré vendredi dernier regretter que « certains aient pu être choqués ou heurtés ». « Certains », ce sont les militaires et familles de militaires qui vivent à Vannes et qui constituent un électorat important en plus d’être une force économique de premier ordre pour la ville. La conduite de Nadia Morel a pu surprendre de nombreux soldats qui attendent malgré tout un minimum de reconnaissance pour le travail difficile qu’ils font à l’étranger.

« Certains », ce sont aussi plusieurs associations, dont une grande partie est proche du monde militaire, qui ont tout de suite pris la parole pour exprimer leur désaccord avec l’attitude de Nadia Morel. L’une d’entre elles, l’Association Nationale de Soutien à nos Soldats en Opération a remis le même vendredi au conseil municipal une pétition de 1850 signatures exigeant des excuses de l’élue.

L’hommage, droit ou devoir

Nadia Morel a rappelé son droit en citant la législation nationale et européenne. Elle estime que sa liberté d’expression lui permet de manifester ses opinions comme elle l’a fait le 16 octobre. Elle se réclame de la définition de l’hommage : « témoigner son respect, sa reconnaissance, sa gratitude » tout en précisant : « je respecte le métier de soldat mais pas le combat meurtrier sur un sol qui n’est pas le notre ».

Les mots restent maladroits et pourraient entraîner des interprétations encore plus graves. Au delà de tout soutien à la mission elle même, qui est d’origine politique, il s’agit d’une reconnaissance envers les hommes, leur travail et envers un métier où le sacrifice pour la Nation tient une place de premier ordre. C’est cette même Nation qui charge les soldats de remplir cette mission par l’intermédiaire des élus. Les militaires Français opérant en Afghanistan ont en réalité été mandatés pour ce travail par l’ensemble des citoyens français au sens démocratique du terme via le processus électoral et législatif de notre pays.

Nadia Morel est tout à fait légitime dans ses opinions politiques. Surtout à un moment où les Français ne soutiennent plus le combat en Afghanistan. Une enquête IFOP analysait il y a peu que 82% des Français étaient contre l’envoi de renforts en Afghanistan tandis qu’un autre sondage CSA trouvait que 55% des sondés étaient tout simplement opposés à cette opération.

Au delà du coup politique et médiatique, raté ou non, de l’élue, c’est une réalité de la société française qui apparaît. Une grande partie des Français oublie qu’il y a derrière les opérations militaires des hommes et des femmes qui ont choisit ce métier pour défendre des valeurs et un pays. La responsabilité politique des opérations ne peut pas être mise sur leurs épaules. Les élus en particulier devraient être capables de faire cette différence et comprendre que lorsque l’on salue cinq soldats morts pour la Nation, ce n’est pas la mission que l’on reconnaît mais bien la valeur d’individus ayant consenti au sacrifice ultime.

Photo : SIRPA Terre

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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