Beaucoup de jeunes djihadistes frappent à la porte de l’armée avant de frapper à celle d’Al Qaida
Plus que la foi religieuse, ce serait le goût de l’action et la soif d’aventure qui motiveraient les jeunes candidats au djihad. Marc Trévidic revient sur cet attrait pour les armes et la guerre propre à beaucoup de jeunes gens dans l’histoire du terrorisme.
Dans un passé pas si lointain, tous ces jeunes désoeuvrés en quête d’absolu auraient été heureux de mourir pour la France. Aujourd’hui, ils ne veulent mourir que pour l’islam, et pas n’importe lequel.
La problématique a dépassé le combat habituel contre Al Qaida, les groupes terroristes internationaux, la lutte contre « les forces du mal ». Maintenant, l’idéologie est dans nos cuisines, dans nos cours, dans les coeurs et les âmes. Cette idéologie n’a pas d’exclusive.
Elle ne s’en prend pas qu’aux individus isolés, en mal-être, aux loulous multirécidivistes. Elle ne s’en prend pas qu’aux « Mohamed Merah ». Elle parvient à convaincre des ingénieurs, des médecins, des apprentis-boulangers et même des « Français de souche », puisqu’il paraît que cela existe. Le socle idéologique, cependant, n’est pas si solide. Les fondations ont parfois été bâties à la va-vite. Les « Mohamed Merah » sont souvent composés à 80 % de goût pour les armes et la guerre et à 20 % d’idéologie extrémiste. Mohamed Merah ne fut pas le premier à avoir souhaité d’abord s’engager dans la Défense, bataillons traditionnels ou légion étrangère.
Dans nos dossiers terroristes, nous en vîmes beau-coup frapper à la porte de notre armée avant d’aller voir du côté d’Al Qaida. Ces jeunes aspiraient avant tout à être embrigadés. Si ce n’était pas par un camp, ce devait être par l’autre. Nos apprentis terroristes islamistes partagent avec tous les terroristes du monde cette passion pour les armes et la bagarre.
Un jeune Corse encagoulé dans le maquis, qui parade lors d’une conférence de presse du FLNC en caressant son arme, a beaucoup plus de points communs avec un jeune jihadiste qu’il ne voudra l’admettre. Dans leur jeunesse, les hommes ont toujours aimé se battre. C’est la question de savoir qui pisse le plus loin. Ce n’est que bien plus tard qu’ils comprennent que le gagnant n’est pas forcément celui qui a la plus longue kalashnikov. Seulement voilà, à vingt ans, on trouve qu’une kalash c’est beau, que ça donne un genre. Nos terroristes d’extrême gauche, type Action directe, étaient à peu près faits dans le même moule que nos jihadistes du XXIe siècle. Rien n’a changé. L’idéologie n’est pas la même, certes, mais reste une idéologie, c’est-à-dire une raison de se battre, de jouer à la gué-guerre, de trouver un sens à la vie en tuant les autres. Être un guerrier, ça a de la gueule. Leur motivation ne réside-t-elle pas en partie dans le plaisir morbide de caresser le métal froid, de se sentir des hommes ?
L’idéologie d’extrême gauche ressemblait également à l’islamisme en ce qu’elle rejetait l’idée d’État-Nation. On n’était pas français ou allemand, on était citoyen du monde, camarade, frère. Aujourd’hui, nos jihadistes ne sont pas français, belges, anglais ou allemands, ils sont musulmans, c’est-à-dire citoyens de l’Oumma islamique, du Califat en reconstruction.
La ressemblance est encore plus frappante entre le terrorisme d’extrême droite et les plus radicaux de nos terroristes islamistes, ceux qui jettent l’anathème, l’accusation d’impiété, ceux que l’on appelle les takfiris et qui s’arrogent le droit de dire qui a le droit de vivre et qui doit mourir. Avec les islamistes les plus radicaux et les plus fascistes des quelques illuminés d’extrême droite, dont le tueur norvégien Anders Breivik et l’Américain Timothy McVeigh1 sont à ce jour les plus sanglants exemples, le terrorisme confine à la violence pure, à ce stade ultime où l’assassin, tel un Dieu, éradique au seul motif que la pensée pour les uns, le sang pour les autres, seraient impurs. Pour les terroristes d’extrême droite, à l’instar de leurs frères islamistes, l’État-Nation s’efface derrière la fiction de la race et de sa pureté. Les fondamentalistes religieux d’obédience takfiri tuent ceux dont la pureté de l’âme est jugée insuffisante, tandis que les fascistes tuent ceux dont le sang est jugé impur.
Terroristes, les 7 piliers de la déraison
Marc Trévidic
Editions JC Lattès
Janvier 2013
220 pages
18 €
Photo : Bjorn Christian Torrissen
